La visite du chef d’État libyen, le colonel Kadhafi, la semaine dernière en France a suscité moult réactions. Il est possible d’en tirer trois enseignements :
1/ Les attitudes de Rama Yade (pour qui « la France n’est pas un paillasson ») et Bernard Kouchner (qui déclare « manger son chapeau »), respectivement secrétaire d’État aux Droits de l’Homme et ministre des affaires étrangères, nous prouvent que même sous l’ère Sarkozy, qui aime être à la fois le Président, tous les ministres et l’opposition, il est possible de s’exprimer et d’avoir un point de vue différent de celui qui est présenté comme un chef d’État autoritaire et nerveux. Quelques dérapages sont donc possible dans ce « totalitarisme » présidentiel, comme pour faire mentir les mauvaises langues anti-Sarko. Mais cette liberté accidentelle est vite rattrapée ensuite dans des paroles qui sonnent faux prononcées par les mêmes électrons qui se sont crus libres et autonomes, n’appliquant pas la fameuse formule chevènementiste : « Un ministre, ça ferme sa gueule ou ça démissionne ! ».
2/ La presse, désormais présentée comme aux ordres du pouvoir ou plus précisément de l’UMPS, a su se rebeller pendant toute une semaine en condamnant la visite du colonel Kadhafi et en critiquant le Président de la république lui-même sur ce dossier. Hélas ! Malgré cette attitude non alignée sur la pensée sarkozyenne, le journalisme (si ce n’est pas se tromper que d’employer un tel mot) ne ressort pas grandi de cet épisode puisqu’il n’a fait que condamner le chef d’État libyen pour quelques attentats (un, c’est un de trop), mais n’a jamais consacré de longs articles d’explication à la dictature socialiste. Ce qui revient à se transformer en donneur de leçons colonialiste. Une critique n’est valable qu’avec une analyse constructive. Critiquer revient à analyser, expliquer ; non à condamner comme si cet acte relevait de l’évidence.
3/ La dernière réaction qu’il est possible de retenir au cours de ce fameux voyage vient de Kadhafi lui-même. Le chef d’État libyen a su dire que la France ne respectait pas les droits de l’Homme. Ce qui est bien vrai ! Et c’est la raison pour laquelle il faut savoir balayer devant sa porte (et même faire le ménage chez soi) avant d’aller faire la leçon aux autres. En effet, avant de condamner Kadhafi pour les tortures qui seraient pratiquées en Libye, les journalistes français pourraient parler de Ferzende Tastan. Cet homme que l’État français s’apprête à livrer à la Turquie (c’est-à-dire à la torture, voire à la mort) et qu’il aurait déjà livré sans les agissements de quelques citoyens engagés. C’est du marchandage humain immonde que pratique là cette « démocratie occidentale ». Des pratiques qui rappellent celles du III° Reich. Des pratiques qui ne doivent plus nous faire nier l’évidence : si la deuxième Guerre mondiale a détruit le nazisme, la période qui l’a suivie et dans laquelle nous sommes n’est pas du tout différente de ce temps-là. On déguise la barbarie afin de se donner bonne conscience. C’est toujours plus rassurant de se croire un saint quand on n’est pas différent de ceux qui nous indignent, nous font vomir et que l’on ne cesse de dénoncer, condamner… voire insulter. Le fameux nazi. Finalement si proche de nous. Et nous, si proche de lui.
Ferzende Tastan sur RESF Procès pour refus d’embarquement de Ferzende Tastan
/BOUCLE_video>Richard
Heureux de vous relire sur Centpapiers. Votre billet intéressant mais je ne le partage pas entièrement. Je dirais que la presse africaine, notamment libyenne, s’est bien amusée du tour joué à la France, certains allant jusqu’à titrer « La France reçoit une leçon du "guide" qui lui a dit ses quatre vérités sur les droits de l’Homme ». Je me suis, à mon tour, beaucoup amusé en lisant ces mots de la chronique de Michèle STOUVENOT : « Sortant d’une limousine dont les pneus crissaient sur le gravier élyséen, longue comme une journée sans Nicolas Sarkozy, blanche comme la dentition Hollywood de Sharon Stone ? Une vieille rock star en quête de box-office. Un mix de Mick Jagger et de Michael Jackson. La bouche pulpeuse et lippue, siliconée à la Michel Sardou, le cheveu noir corbeau Régécolor à la Jack Lang, le visage comme rafistolé par un Picasso du scalpel, le poil au menton hirsute, la moustache maigre, c’était Botoxman. Au Louvre, Belphégor. A l’Assemblée, Dark Vador dans La guerre des étoiles ».
Plus sérieusement, vous avez suscité ma curiosité sur le cas de Ferzende Tastan. Suffisamment pour que je me documente davantage. La déportation vers des pays où se pratiquent la tortures et les procès arbitraires devrait être bannie et est insupportable. Je vous appuie pleinement là-dessus.
Pierre R.
D’une part, et comme le disait Spinoza, quand on s’habille ça ne se fait pas d’un coup, il y a tout un processus de transformation. Et Sarkozy s’installe dans cinq ans de transformations et de la France et du Monde surtout de l’Afrique.
D’autre part, le concert des critiques s’inscrit dans une immédiateté peu conforme à la pensée des sages qui voient toujours à long terme. La vision selon deux camps bien détranchés est archaïque et vous y plongez à pieds joints bien que vous paraissez jeune. Vrai que nous sommes au temps des paradoxes ultimes.
Et enfin, un homme, qui aime Carla Bruni et qu’elle l’aime en retour, ne saurait se tromper tout le temps...du moins en matière de goût.
Carla nous cache t’elle Kadhafi ? Je pense que oui, et un petit conte de Noèl avant noél c’était tout trouvé.
Il a le droit a la fois de Carla, mais pas en faire des tas.
Pour Kadhafi, il a aussi nécesité de le recevoir, mais là le Guide l’a largement dépassé dans la communication, qu’en aux commentaires de l’opposition ils seront vites oubliés !
Bonjour Pierre,
Bonjour à tous,
Depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir (2002), la France pratique la politique du chiffre en matière d’immigration. Le sans-papiers est présenté comme un profiteur (si ce n’est une racaille ou un voyou) et selon nos dirigeants, il est logique de les raccompagner chez eux. Occupé par certaines activités, je n’avais jamais pris le temps de m’occuper du sujet des sans-papiers. C’est ainsi, par hasard et par relation, que j’ai connu le cas de Ferzende Tastan. C’est alors que la réalité m’est venue en pleine figure. Les expulsions de sans-papiers n’ont rien de logique (ce dont je ne doutais pas), mais sont de véritables barbaries (à un point qu’il a fallu que je le vois de mes propres yeux pour l’admettre). Les dirigeants de mon État appellent expulsion l’action d’envoyer des individus, comme Ferzende Tastan, à la mort. Car si Monsieur Tastan rentre « chez lui », c’est la prison à vie, la torture et la mort qui l’attendent. Nous, citoyens français, nous sommes complices de cela quand nous ne réagissons pas. Et nous sommes des barbares quand nous provoquons de telles actions. Des actes qui me rappellent ceux qui étaient pratiqués entre 1933 et 1945. Je suis le premier à condamner cette période de l’Histoire et les politiciens français aiment s’indigner de cette période et répéter « plus jamais ça ». Mais, voilà que je découvre que nous pratiquons sous forme déguisée ce que nous aimons à dénoncer pour se sentir une bonne personne. Ma conclusion est donc : tout ça pour ça ? . Je n’en tire aucune gloire et même si ce qui se passe actuellement en France (et qui n’a certainement pas été inventé lors de l’arrivée de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur en 2002) me fait penser automatiquement au III° Reich, je voudrais préciser que pour ma part, je ne peux toujours pas qualifier Monsieur Sarkozy de fasciste parce que je le vois partisan de la mondialisation financière et non nationaliste, et, je ne peux pas dire que nos policiers actuels sont des nazis parce que je pense nazi celui qui adhère aux thèses du nazisme. En revanche, je m’indigne que les policiers de France se retranchent derrière leur devoir de réserve quand il s’agit de cas comme celui de Ferzende Tastan. Cette attitude me rappelle celle des gardiens des camps d’extermination. Et en admirateur de la Résistance, ça ne passe pas. Un policier doit savoir se rebeller quand il le faut. Un policier doit protéger la population, non emmener un individu à la mort.
Désormais, je considère tous les politiciens de France qui savent ce qui se passe, qui sont ou ont été aux responsabilités et qui laissent faire ou appuient ce genre d’expulsion, comme d’affreux personnages. Je n’ai jamais été sarkozyste, mais je considère à jamais Monsieur Sarkozy comme un homme immonde. Je n’ai jamais voulu tomber dans l’opposition ridicule du s’opposer pour s’opposer, mais, je ne nie pas la réalité que je connais et cet homme n’a que mon mépris. Quand à ma révolte, je la veux saine. Les noms d’oiseaux ne sortiront pas de ma bouche. Mais ma vie doit être consacrée à la lutte contre les injustices. Car soit on lutte, soit on laisse faire et par conséquent on collabore. La barbarie, l’immonde et l’injustice n’auront jamais mon soutien, mais toujours mon opposition active.
Richard
Merci pour la réponse. Comme je vous l’ai indiqué, je partage ce sentiment d’injustice que vous dénoncez fort bien contre un individu. Toute injustice se doit d’être dénoncée dans la mesure où elle ne devient pas elle-même une injustice. Vous avez exposé fort bien votre point de vue. Merci.
Pierre R.

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