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Lorsque Julie Couillard rencontra Stéphane Sirois, en juin 1997, celui-ci était membre des Rockers, un club-école des Hells Angels. Lorsqu’elle l’épousa, trois mois plus tard, il ne l’était plus. Que s’était-il passé ? La réponse variera dépendamment de la personne qui répondra à la question. Couillard affirme que c’est elle qui exigea que Sirois quitte les Rockers alors que celui-ci raconte que c’est Maurice « Mom » Boucher qui l’obligea à choisir entre sa dulcinée et son appartenance au club-école. Lorsque le couple divorça, Sirois replongea dans le milieu des motards, cette fois-ci à titre d’agent-source. Il témoigna ensuite pour la couronne aux mégaprocès des Hells. Sirois vit aujourd’hui sous une autre identité dans un endroit tenu secret en vertu du programme de protection des témoins. Couillard, qui ne semble pas avoir conservé de bons souvenirs de Sirois, affirma récemment qu’elle accordait peu de valeur aux dires de son ancien époux. « En ce qui me concerne, ce que Stéphane Sirois a dit à mon sujet n’a aucune crédibilité », lança-t-elle. (72) « Elle est attirée par ceux qui ont de l’argent et du pouvoir », répliqua de son côté Sirois.
Commençons par le début. C’est vers l’âge de 17 ans que Sirois débuta sa carrière criminelle en tant que petit revendeur de drogue dans l’est de Montréal. Au début, il n’avait pas d’associés comme tel, seulement quelques contacts comme Jean-Guy Bourgoin et André Chouinard, qui faisaient alors tous deux partis des Chiefs, un gang aujourd’hui défunt. Bourgoin et Chouinard se joindront éventuellement aux Rockers, un club-école fondé le 26 mars 1992. Les Rockers constituent alors un pied-à-terre officiel en sol montréalais pour les Hells Angels. Bien que l’organisation des Hells comptait un « chapitre de Montréal », auquel « Mom » Boucher faisait d’ailleurs parti à l’époque, il reste que son local était basé physiquement à l’extérieur de la métropole, soit à Sorel (aujourd’hui appelée Sorel-Tracy), une ville de Montérégie. Notons qu’un passage dans un club-école, aussi appelés clubs affiliés, est généralement un apprentissage obligé pour toute personne désireuse de porter un jour les couleurs des Hells.
Chaque nouveau club-école est parrainé par un membre en règle d’un chapitre de l’organisation. Dans le cas des Rockers, c’est « Mom » Boucher qui joua ce rôle, du moins au début. Selon Sirois, les Rockers étaient ni plus ni moins que la création personnelle de « Mom ». « Si je devais décrire ce que les Rockers représentent, je dirais qu’ils sont l’image de Mom Boucher. Nous étions la fierté de Mom », de dire Sirois lors d’un de ses témoignages. (73) À l’origine, les nouvelles recrues n’étaient acceptées qu’à l’issue d’un vote unanime des membres, lesquels s’appelaient « frères » entre eux. Mais peu à peu, « Mom » s’était mit à imposé de nouveaux éléments au sein du groupe. (74) « Dans ce temps-là, Maurice Boucher était la seule personne qui pouvait proposer des choses ou prendre des vraies décisions », raconta Sirois. Selon lui, les Rockers seraient même devenus une sorte de vache à lait pour « Mom ». « À un moment donné, les Rockers devaient donner 500 $ à Maurice Boucher pour chaque kilo de coke vendu », affirma-t-il. (75)
Durant l’été 1994, une longue et sanguinaire de guerre de gangs éclata entre, d’une part, les Hells Angels et leurs clubs affiliés, et, d’autre part, une coalition appelée l’Alliance regroupant les Rock Machine, les Dark Circle et des petits clans de narcotrafiquants soucieux de préserver leur indépendance. L’explication généralement retenue quant à l’origine de ce conflit est celui d’une bataille pour le contrôle des territoires de vente de drogues. Les affrontements meurtriers vont éventuellement s’étendre à la ville de Québec. Désormais, les narcotrafiquants indépendants comme Sirois devaient choisir leur camp. « J’ai vite compris que c’était assez sérieux, ça tombait d’un bord et de l’autre. Quand j’ai su ce qui se préparait, je me suis dit qu’il valait mieux être du côté des Hells Angels », relatera-t-il plus tard en cour. (76) Sirois fut introduit aux Rockers par un dénommé Bruno Bandiera, lequel perdit la vie dans un attentat à la voiture piégée, à Longueuil, le 5 décembre 1994. Dans l’un de ses témoignages, Sirois raconta que la mort de Bandiera avait pesée dans sa décision de se joindre aux Rockers car il se souciait désormais de sa protection. (77)
Vers la fin de l’année 1994, Jean-Guy Bourgoin proposa aux membres du club-école que Sirois soit accepté en tant que « hangaround », ce qui fut approuvé par les autres Rockers. Sirois expliqua à la cour la signification qu’avait chacun des trois échelons hiérarchiques existant au sein du club : « Le hangaround, c’est celui qui fait les jobs de cochon, les jobs sales que les autres ne veulent pas faire : le ménage du local, les commissions, conduire des membres. Le striker a des fonctions un peu plus définies, mais sa vie sociale disparaît. Il faut toujours qu’il soit prêt quand on l’appelle, par exemple pour servir de garde du corps. Il doit faire les deux : la business (de drogue) et le club. Un full patch a un peu plus de temps libre, il participe aux messes (réunions), et il a le droit de vote à la table. » (78)
En mars 1995, le local fortifié des Rockers, rue Gilford, fut la cible de deux attentats à la bombe, et ce, à une semaine d’intervalle. À chaque coup, Sirois se trouvait sur les lieux, mais il eut la chance de ne pas être blessé. Le sang-froid qu’il démontra à ces deux occasions laissa d’ailleurs une forte impression auprès des Rockers. Après avoir fait suffisamment ses preuves, Sirois fut donc promu an rang de « striker », lors de la fête d’anniversaire du club-école plus tard durant le même mois. Un an plus tard, il devint membre à part entière, ou « full patch ». C’est d’ailleurs André Chouinard qui lui remit ses couleurs en mains propres.
Sirois fut éventuellement intégré à l’« équipe de base-ball » des Rockers, dont le mandat consistait, selon ses propres termes, à « donner des tapes sur la yeule aux autres, fracasser une couple de clubs, intimider ». (79) C’était à ce titre qu’il prit part au saccage d’un bar de Saint-Sauveur à coups de batte de base-ball, en 1995, parce que le propriétaire s’opposait à la vente de drogue dans son établissement. Sirois raconta aussi au tribunal qu’il avait participé à administrer une sévère raclée à deux types qui auraient « sali » l’image du club-école. « Ils sont tombés en convulsions sur le plancher, on les a réanimés avec la hose, à l’eau froide », précisa-t-il. (80) À un certain moment, Sirois fut même placé dans l’« équipe de football » des Rockers, qui elle était chargée de liquider les membres du camp adverse. Il affirma être parti à la « chasse » à quelques reprises, mais ne jamais avoir appuyé sur la gâchette en tant que tel. Cela n’empêcha pas Sirois de reconnaître qu’il a autant de sang sur les mains que n’importe quel autre de ses « frères » motards. « J’ai contribué à chaque meurtre qui ont été fait par les H.A. (Hells Angels) et les Rockers », avoua-t-il.
Pendant ce temps, Sirois poursuivait ses activités de narcotrafiquant sur le territoire qui lui revenait, soit Anjou et Tétreaultville. Selon son témoignage, Chouinard était alors sa seule source d’approvisionnement en cocaïne. Sirois parvenait à écouler en moyenne de un à deux kilos de coke par mois et une quantité équivalente de haschisch. Il se lança éventuellement dans le commerce d’ecstasy. Ses gains, qui variaient de 16 000 $ à 24 000 $ par mois, Sirois les partageait « moitié-moitié » avec un autre membre des Rockers. Il devait aussi versé « 10 % de tout profit de toute activité criminelle » au trésorier du gang, au même titre que tous ses autres « frères » Rockers. Malgré son niveau d’activité criminelle, Sirois réussissa à ne jamais se faire traîner devant les tribunaux tout au long de ses trois années de service parmi les Rockers.
Entre-temps, la structure organisationnelle des Hells connut un important changement avec la création du chapitre des Nomads par « Mom » Boucher et d’autres motards influents, en juin 1995. Les Nomads étaient perçus comme le club-élite des Hells car ceux qui en étaient membre jouissaient de divers privilèges. Par exemple, ils n’étaient pas soumis à un territoire d’activités criminelles prédéfinis, contrairement aux membres des autres chapitres. Mais aussi, les Nomads devinrent collectivement les parrains des Rockers, de sorte que ceux-ci leur devait une obéissance absolue.
Dans une entrevue accordée récemment au magazine 7 Jours, Julie Couillard relata les circonstances dans lesquelles elle fit la connaissance de Sirois, en juin 1997 : « Un an après le meurtre de Gilles, j’ai rencontré Stéphane Sirois. Je ne sortais jamais, je travaillais tout le temps. Une copine m’a secouée en m’invitant à sortir... et je suis tombée sur lui. Il savait qui j’étais. Il m’a demandé si j’étais la veuve de Gilles Giguère. Je ne m’étais pas remise de la perte de Gilles lorsque je l’ai rencontré. Il était clean cut, il ne faisait pas bum du tout. Il n’a pas caché le fait qu’il était membre des Rockers. Je lui ai dit que je ne fréquentais pas de motard. J’avais eu ma leçon. Une semaine plus tard, je l’ai recroisé à un autre endroit. Je ne crois pas que c’était par hasard... »
Cette façon de présenter les choses sembla laisser Sirois quelque peu perplexe. Une semaine après que Couillard étala ses états d’âme dans le magazine 7 Jours, le Globe and Mail publia une longue entrevue avec Sirois lors de laquelle l’ex-Rocker raconta à sa façon sa première rencontre avec Couillard, dans un bar du nord de Montréal. « On faisait la fête. Ce club était connut pour être un repaire de motards. Pourquoi était-elle allée là si elle ne voulait pas rencontrer de motards ? », se demanda-t-il tout haut. (81) Toujours est-il que lui et Couillard buvèrent et dansèrent ensemble ce soir-là. Quelques jours plus tard, ils allèrent au casino de Montréal. Peu après, Sirois, qui était l’un des rares Rockers à être bilingue, dû s’envoler à Vancouver pour prendre part à une fête donnée par un club affilié aux Hells. « Julie savait que j’y était allé pour le club et elle était venu me prendre à l’aéroport à mon retour », raconta Sirois.
« On commençait à devenir proches, moi et elle. Je me suis mis à m’attacher à cette fille », continua Sirois. « Elle était différente. J’étais habitué aux danseuses, aux barmaids. Elle était plus raffinée et élégante. Elle avait plus de classe », déclara-t-il. Lorsque leur relation commença à devenir plus sérieuse, Couillard lui posa ses conditions. « Je lui ai dit que, s’il voulait qu’on se fréquente, il fallait qu’il sorte de là », relata Couillard en faisant référence aux Rockers. « J’avais trop peur de vivre une histoire rocambolesque comme avec Gilles ». Le moment semblait d’autant mieux choisi que Sirois « laissait entendre qu’il voulait changer de vie », selon elle. « Je n’avais pas pu sauver Gilles, je voulais sauver Stéphane », résuma-t-elle. Là où ça se complique, c’est que Sirois prétend à l’inverse que c’était plutôt lui qui aurait sauvé Julie Couillard...
Sirois prétendit au Globe and Mail qu’il n’apprit que plus tard qu’elle avait été la conjointe Gilles Giguère, et non le soir de leur première rencontre comme l’affirma Couillard au magazine 7 Jours. En apprenant cela, Sirois aurait alors ressenti le besoin d’aller voir « Mom » Boucher. « Je savais que Giguère avait été vraiment proche de Mom », expliqua-t-il. À ce moment-là, les médias avaient prit l’habitude de présenter « Mom » comme le « chef guerrier des Hells ». Dans l’un des procès, Sirois avait décrit « Mom » comme quelqu’un qui était « facilement approchable », mais ajouta qu’« il fallait avoir une bonne raison de lui parler ». Sirois se disait justement qu’il venait d’en avoir une.
Lorsque Sirois rencontra « Mom », celui-ci aurait été estomaqué d’apprendre que Julie Couillard était devenue sa nouvelle flamme. Le Nomad se mit ensuite à le mitrailler de questions : comment l’avait-il rencontré, de quoi avaient-ils discutés, quelles questions avaient-elles posées ? « C’était comme une inquisition », de dire Sirois. « C’est quoi que tu veux que je fasses, que je la laisse tomber ? », demanda-t-il à « Mom ». « Non, pour le moment, garde-là proche de toé », répondit « Mom », ajoutant : « Je te reviendrais là-dessus ». Sirois n’aura effectivement pas finit d’en entendre parler... Pour bien comprendre la réaction de « Mom », il serait probablement utile de revenir sur son arrestation pour port d’arme prohibée, en mars 1995. Car c’est à partir de cet événement que « Mom » Boucher se mit à développer une véritable obsession au sujet de l’infiltration policière.
La hantise de « Mom » débuta lorsqu’un enquêteur de la SQ eut l’imprudence de se vanter devant lui que la police avait un informateur infiltré au coeur des Hells. (82) Lors de son séjour derrière les barreaux, « Mom » Boucher eut amplement le loisir de méditer sur la question du fond de sa cellule. Il repassa dans sa tête le fil des arrestations et des saisies policières qui touchèrent son organisation au cours des derniers mois. Après mûre réflexion, il en vint à la conclusion que le policier ne bluffait pas. C’était la saisie d’une minifourgonette bourrée de dynamite durant l’hiver qui l’en avait convaincu. Selon lui, jamais la police n’aurait pu réussir un coup pareil sans l’aide d’une source bien placée à l’intérieur des Hells. « Mom » Boucher ne s’était d’ailleurs pas trompé car son intense remue-méninges se rendit jusqu’aux oreilles de la GRC... grâce à la source codée C-2994, alias Dany Kane.
Depuis octobre 1994, Kane avait décidé de trahir ses compagnons motards parce qu’il n’acceptait pas que ceux-ci le laissent poiroter au bas de l’échelle de la hiérarchie criminelle malgré ses années de loyaux services. À l’époque, Kane fut un participant des plus dévoués dans la guerre contre l’Alliance, de sorte qu’il avait toujours une impressionnante quantité d’informations de première main à offrir, au grand bonheur de ses contrôleurs de la GRC. Ni « Mom », ni les autres membres des Hells n’arriveront à démasquer Dany Kane à temps. Ce pourquoi la question de l’infiltration demeura entière pendant bon nombre d’années dans la tête de « Mom ». De nouvelles mesures de sécurité seront d’ailleurs prises pour dissuader les nouveaux venus de se mettre au service de la police. Ainsi, les aspirants Nomads durent fournir aux Hells des coordonnées détaillées, dont les adresses et les numéros d’assurance-sociale, sur leur conjointe et les membres de leur famille. (83)
Quelques jours après sa première rencontre avec « Mom », Sirois fut convoqué au bureau du Nomad sur la rue Bennett, dans Hochelaga-Maisonneuve. Cette fois-ci, « Mom » fit clairement comprendre à Sirois que Couillard le rendait « très nerveux », lui et l’usurier Bob Savard. « Ils soupçonnaient qu’elle avait joué un rôle dans le revirement de Gilles. Qu’elle avait été une informatrice de police et qu’elle pourrait remettre ça. La sonnerie d’alarme venait d’être déclenchée. Maintenant, elle était de retour », déclara Sirois. Durant la conversation, « Mom » aurait mimé une arme à feu avec ses doigts en faisant référence à Giguère. « Je savais exactement ce qu’il voulait dire ? il l’avait fait tué, point à la ligne. Il m’a dit que quand Gilles est mort, elle était pour y passer, elle devait être la prochaine », relata Sirois. « Il était vraiment nerveux, et ça me faisait flipper. Je ne voulais pas savoir tout ça mais c’était trop tard ? il me l’a dit et maintenant je connaissais ce secret », commenta-t-il.
Dans un autre article paru récemment dans le Globe and Mail, une source proche de « Mom » Boucher affirma au quotidien torontois que l’influent motard s’était mis à soupçonner Couillard dès 1996 d’être elle-même de mèche avec la police. (84) Selon la source, Bob Savard lui avait conseillé de se tenir loin d’elle après que lui et l’ex-caporal de la SQ Gaétan Rivest eurent appris de source policière que Couillard aurait été une informatrice. Il n’en fallut pas plus pour que « Mom » devienne persuadé que Couillard cherchait à pénétrer son cercle intime en développant des liaisons amoureuses, d’abord avec Giguère et ensuite avec Sirois. Toujours selon cette même source, « Mom » n’aurait jamais cesser de penser que Couillard est une informatrice, et ce, même encore aujourd’hui.
Fait particulier, « Mom » aurait aussi acquis la certitude que le contrôleur de Couillard à la SQ était nul autre que le sergent Guy Ouellette, aujourd’hui à la retraite. Lors des sept dernières années de sa carrière, Ouellette avait fait parti de Carcajou et des escouades régionales mixtes qui menaient la lutte aux groupes de motards. Il témoigna en cour à de nombreuses reprises à titre d’expert sur les groupes de motards, notamment à l’enquête de cautionnement de Giguère et de Savard, en 1996. Régulièrement cité dans les médias au sujet des motards, Ouellette a aussi co-écrit avec le journaliste Normand Lester un livre sur la vie de « Mom » Boucher, paru en 2005. À l’instar de Julie Couillard, Ouellette s’intéressa à la politique après avoir goutté au monde des motards. Ainsi, lors des élections québécoises de mars 2007, l’ex-policier se présenta dans la circonscription de Chomedey, à Laval, sous la bannière du Parti libéral du Québec. Durant la campagne, Ouellette avait lancé à la blague que les Hells allaient probablement voter pour lui parce qu’ils préféraient le voir en politique plutôt que témoigner contre eux en cour. (85) L’ex-policier siège aujourd’hui à l’Assemblée nationale et occupe la fonction d’adjoint parlementaire du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis.
« Mom » et Sirois se rencontrèrent une troisième fois pour discuter de « l’affaire Julie Couillard », cette fois-ci à la résidence du Nomad, à Contrecoeur. « Il m’a officiellement dit de la laisser tomber », raconta Sirois. « Flush-là », lui aurait ordonné « Mom ». Sirois sorti secoué de cette rencontre. « Je marchais sur des oeufs. Je devais donner l’impression qu’avec « Mom », tout était ’oui, monsieur’. Je devais veiller à ce qu’il soit heureux, mais la laisse était courte. Si elle commençait à parler, j’étais mort », se disait-il. C’est alors Sirois se mit à imaginer une porte de sortie pour se déprendre de cette situation de plus en plus inconfortable. Il allait marier Julie Couillard et quitter les Rockers, de sorte que cette femme qui rendait certains caïds si nerveux ne fasse plus parti du décor. « Si je renonce à mes patches, elle croiera que je l’ai fait pour elle. Mom pensera que je l’ai fait pour lui. Je laisserait une bonne impression sur les deux fronts », pensait Sirois qui croyait avoir eu un éclair de génie.
Un quatrième et dernier face-à-face se tint entre « Mom » et Sirois, cette fois-ci sur un terrain vague protégé par des sbires qui faisait le guet. Sirois compris alors assez vite que « Mom » était loin d’être enchanté par son projet de mariage. « Ça fait un crisse de frette entre toé pis moé », lui lança le Nomad. « Inquiète-toé pas, elle parlera pas », rétorqua Sirois, qui cherchait désespérément à se faire rassurant. Mais il en fallait beaucoup plus pour apaiser « Mom ». « C’est quoi qui va arriver si elle se met à ramener les choses du passé pis à faire des vagues ? C’est quoi qui va arriver si elle se met à brasser de la marde par rapport à Gilles ? », demanda-t-il. « Ça arrivera pas », s’empressa de répondre Sirois. « Pis si ça arrive ? », insista « Mom ». « Je ferai ce que j’aurai à faire », promis alors Sirois. « Cela signifiait que s’il fallait qu’elle y passe, j’allais devoir m’en occuper moi-même. Cela n’a jamais été mon intention, mais il fallait que « Mom » le croit », précisa Sirois au Globe and Mail. « Okay, c’est entre toé pis moé, parles-en jamais à personne d’autre », conclua « Mom », qui indiqua à Sirois que tout irait bien s’il respectait l’entente. Sirois semblait avoir remporté son périlleux pari.
Quant à Guy Ouellette, qui n’avait pas daigné retourner les nombreux appels que lui avait laissé le Globe and Mail, il fut bien obligé de sortir de son mutisme lorsque le quotidien torontois publia l’article traitant des doutes de « Mom » au sujet de Julie Couillard. Lors d’un entretien avec La Presse Canadienne, l’ex-policier démentissa formellement tout lien avec Julie Couillard en affirmant ne l’avoir jamais rencontré. (86) Il ajouta de même qu’il serait « très, très surpris » d’apprendre que Couillard aurit été une informatrice rémunérée. Durant son entrevue avec le Globe and Mail, Sirois tint lui-même à préciser qu’il était personnellement persuadé que Couillard n’avait jamais travaillé pour la police. « Je suis sûr qu’elle n’a jamais été une informatrice, mais je suis sûr que tout le reste des gens pensaient qu’elle en était une », confia Sirois.
« Ce n’est pas important si elle était une informatrice ou non », s’empressa-t-il d’ajouter. « Ce qui compte, c’est le fait que « Mom » et sa gang croyaient qu’elle l’était ? c’était là le danger », insista Sirois. Pourtant, le simple fait que Couillard était encore vie mettait du plomb dans l’aile de cette théorie. Guy Ouellette ne cacha pas son scepticisme quant aux menaces qui auraient pesées sur la vie de Couillard. « S’il y avait vraiment eu un contrat, elle ne serait plus là », opina-t-il de façon catégorique. Il est vrai que quatorze mois s’étaient écoulés entre le meurtre de Giguère et le premier flirt entre Sirois et Couillard, ce qui était bien plus de temps qu’il n’en fallait pour rayer cette femme de la surface de la terre. Même en admettant que l’idée de mettre un contrat sur la tête de Couillard ait effleuré l’esprit de « Mom », il reste que le passage à l’acte ne s’était jamais matérialisé. Comment Sirois expliquait-il cela ? « Je suppose que ça n’en valait plus la peine », spécula Sirois. « Maurice Boucher avait de plus gros poissons à frire plutôt que de s’inquiéter de Julie », ajouta-t-il. Peut-être bien.
Peut-être existe-t-il une autre explication. Avec le bénéfice du recul, « Mom » a peut-être réalisé que Couillard n’a jamais représenté une véritable menace, ni pour lui, ni pour les Hells. Après tout, c’était Giguère qui était vraiment proche de lui, et non elle. Même si l’on retient l’hypothèse non-prouvée où Couillard aurait décidé d’offrir des informations à la police, on a du mal à imaginer ce qu’elle aurait bien pu leur apprendre de plus que Giguère ne leur aurait pas déjà dit. Que « Mom » ne la trouva pas digne de confiance est une chose. Ordonner son assassinat en est une autre. Bref, rien ne prouve que Julie Couillard aurait été en danger de mort si Sirois ne l’avait pas épousé. Au contraire, il apparaît plutôt vraisemblable que « Mom » cessa de se soucier d’elle... jusqu’au jour où Sirois décida d’aller lui parler de Couillard !
En fait, il y aurait peut-être lieu de s’interroger sur la responsabilité que portait Sirois dans toute ce mélodrame. N’était-ce pas lui qui fit d’abord monter d’un cran la paranoïa de « Mom » en allant lui causer de Julie Couillard ? N’était-ce pas lui qui désobéissa ensuite à « Mom » en refusant de la « flusher » comme le Nomad le lui avait pourtant ordonné de le faire ? Et enfin, n’était-ce pas encore lui qui joua avec le feu en décidant de marier cette même femme qui, d’après les croyances de « Mom », aurait poussé Giguère dans les bras de la police ? Dans un contexte pareil, comment « Mom » pouvait-il faire autrement que de s’imaginer qu’il était en train d’assister à une répétition du même scénario qui était survenu dans le cas Giguère ?
Enfin, on ne peut écarter la possibilité que Sirois puisse avoir lui-même exagéré quelque peu le danger qu’aurait courut Couillard, soit parce qu’il était lui-même devenu un peu paranoïaque, soit parce que cela aurait servit ses propres intérêts. Ainsi, peut-être y avait-il du vrai quand Sirois aurait laissé entendre à Couillard qu’il voulait changer de vie, comme celle-ci l’a prétendu à 7 Jours. N’oublions pas que c’était une époque périlleuse pour porter des couleurs. Peut-être Sirois voyait-il dans son idylle avec Couillard un prétexte idéal pour quitter ce milieu honorablement... et en vie. Bien entendu, tout ceci ne reste qu’une hypothèse parmi d’autre.
De la « boîte à lunch » jusqu’au « body-pack »
C’est au début d’août 1997 que Stéphane Sirois renonça à ses patches et quitta les Rockers. « J’ai remis ma business (de drogue), j’ai pris ma retraite, pis j’ai pris ma boîte à lunch. C’est le terme qu’on emploie, nous autres, pour dire qu’on devient un citoyen ordinaire », raconta-t-il à la cour lors de l’un de ses témoignages. « La police avait su, par des informateurs, que son départ était dû à sa femme qui craignait qu’il ne lui arrive malheur », écrivit l’auteur Jerry Langton dans son livre « La face cachée des Hells ». (87) On aura évidemment deviné que la femme en question était Julie Couillard. Ses « frères » Rockers se seraient alors montrés compréhensifs à son égard, peut-on lire également dans le même livre. « Ça arrive tout le temps », lui aurait dit l’un deux.
Comme c’est souvent le cas dans le milieu interlope, il existe plus d’une version à l’histoire. Ainsi, des sources du milieu laissèrent entendre récemment à La Presse que Sirois était tombé en disgrâce parce qu’il se serait mis à négliger ses activités de narcotrafic depuis que Julie Couillard avait fait son entrée dans sa vie. De plus, avant de prendre sa « boîte à lunch », Sirois décida de vendre un coin de rue à des gangsters italiens qui contrôlaient un bar du quartier Hochelaga-Maisonneuve. « On voulait vendre des stupéfiants dans un parc situé juste en face du bar. Pour éviter des problèmes, j’ai décidé de leur vendre la place », déclara Sirois dans un de ses témoignages au mégaprocès des Hells. (88) Apparemment Sirois devait-il aussi beaucoup d’argent au club-école, ce qui n’aidait en rien à mieux le faire paraître.
Enfin, le fait que Maurice « Mom » Boucher se méfiait de Julie Couillard, celle qu’il avait choisit pour épouse, ne fit rien pour arranger les choses. Dans son entrevue au Globe and Mail, Sirois affirma avoir invité ses amis motards à son mariage, mais que « Mom » leur avait donné pour consigne de ne pas y aller. Le 19 septembre 1997, soit le jour même de son mariage, Sirois reçut un téléphone de la part de certains de ses anciens « frères » Rockers qui le harcelait à propos d’une dette de 5000 $, alors qu’il était en route pour se rendre à ses noces. (89) « J’étais fâché », se rappella-t-il. « Ces gars-là m’appellent le jour de mon mariage ! J’étais prêt à prendre une balle pour eux. » Dans le magazine 7 Jours, Couillard décrivit son union avec Sirois comme un projet voué à l’échec dès le départ : « J’ai été marié 15 mois, ça a été très bref. Ma famille était contre cette union, mon entourage aussi. On me disait que je n’étais pas moi-même. J’étais probablement dépressive. (...) « Imaginez : j’avais épousé cet homme trois mois après notre rencontre. J’aurais dû aller en thérapie plutôt que de me marier avec lui ; ça m’aurait coûté moins cher ! »
« Il voulait redevenir un honnête citoyen et gagner sa vie », relata Couillard. Mais c’était là quelque chose qui était plus facile à dire qu’à faire pour un type comme Sirois qui, à l’époque, n’avait guère connu que la criminalité comme moyen de subvenir à ses besoins. Couillard déchanta d’ailleurs assez rapidement. « En revenant de voyages de noces, j’ai appris que sa situation était assez précaire sur le plan financier », se rappella-t-elle. « Je croyais en mon propre baratin », affirma de son côté Sirois pour décrire l’attitude qu’il avait à l’époque. « Je croyais que je pourrais y arriver sans mes patches et dormir sans crainte la nuit et être avec une belle femme qui m’aimait », expliqua-t-il. Le jeune couple exploita brièvement une boutique de cellulaires et de téléavertisseurs, à Laval. Mais les embûches se multiplièrent rapidement. « Les hommes d’affaires ’clean’ que je connaissait ne voulaient rien savoir de moi à cause de mon passé chez les motards et mes amis motards me fuyaient », expliqua-t-il.
Durant l’entrevue avec le Globe and Mail, Sirois cacha mal sa frustration face aux efforts que Julie Couillard déploya dans le magazine 7 Jours pour polir sa propre image quelque peu malmenée récemment dans les médias et ainsi se donner le beau rôle. « Je n’était pas un saint, mais elle non plus », affirma-t-il. Selon Sirois, Couillard n’a jamais coupé les ponts avec le milieu interlope. « Elle n’a pas prit ses distances avec Gilles et elle n’a pas prit ses distances avec moi non plus quand je faisais des combines », clama-t-il. Sirois précisa que les « combines » auxquelles il faisait allusion étaient une série de transactions immobilières louches et une plantation de marijuana. Un membre différent de la famille immédiate de Couillard sera mis à contribution dans les deux cas.
Le 16 avril 1998, Patrick Couillard, le frère de Julie, contracta une hypothèque de 116 619,37 $ pour une maison du quartier Saint-François (Laval), sur la rue de Tilly. L’hypothèque avait été approuvée par un cadre d’une succursale de la Banque Laurentienne que Sirois connaissait. Cinq jours plus tard, Patrick Couillard vendit cette même maison à sa soeur Julie pour 75 000 $, un prix bien en-dessous de l’évaluation municipale qui s’élevait à 112 900 $. La même journée, Julie Couillard revendit la même propriété à son frère Patrick pour 123 000$, soit une différence de près de 50 000 $. Puis, au début de juin, le couple Couillard-Sirois acheta de nouveau la maison de la rue de Tilly, cette fois-ci au prix de 104 090 $, tandis que le propriétaire fit l’acquisition de leur résidence, sur la rue La Périère, pour 103 000 $. Lorsque Globe and Mail appris que le contact de Sirois à la Laurentienne avait cessé de travailler à cet endroit, le journal chercha à savoir pourquoi mais la banque refusa de fournir quelque explication que ce soit. (90)
Précisons que Patrick Couillard est le propriétaire et unique employé de Proforme, une entreprise de « massothérapie et de conseils alimentaires » et qu’il offre ses soins au Pro gym, un centre de conditionnement physique, situé au 4500 rue Hochelaga, près de la rue Bennett. À l’époque, Pro Gym était un lieu de fréquentation réputé pour « Mom » Boucher et d’autres motards du chapitre Nomads et de leur filiale les Rockers. Ainsi, en 1998, le nom du gymnase revint à plusieurs reprises lors du témoignage d’Aimé Simard au procès de cinq membres et associés des Rockers qui étaient accusés de complot et de complicité relativement au meurtre de Jean-Marc Caissy, un présumé revendeur de drogue des Rock Machine. Témoin vedette de la couronne, Simard était une recrue des Rockers qui était devenu délateur après avoir avoué être l’assassin de Caissy et de deux autres personnes. Après avoir abattu Caissy, il fit l’erreur de cacher l’arme du crime dans un casier au Pro Gym. Simard ignorait que le concierge du gymnase coupait les cadenas qui barraient encore les portes de casiers après minuit. L’arme a donc été trouvée et remise à la police, qui remonta jusqu’à Simard et procéda à son arrestation. (91)
Pro Gym fera à nouveau l’actualité en mars 2003, lorsque le jury au mégaprocès des Hells visionna des vidéos d’opérations de filature filmés par la police. Ainsi, pas moins du tiers des vingt-quatre courts métrages présentés en l’espace de deux journées de procès avaient été tournés à ce centre de conditionnement. Les images vidéos montraient des motards arrivant et repartant sans équipement de sport, ainsi qu’un va-et-vient incessant entre le gymnase et le stationnement où se trouvaient les véhicules des Hells et leurs acolytes. (92) Lors d’un de ses témoignages, Sirois révéla l’un des attraits que cet endroit exerçait sur les Hells. « Le Pro Gym avait l’avantage de se trouver juste en face d’un poste de police », déclara-t-il. Le procureur de la couronne ne cacha pas son étonnement. « Drôle d’avantage ! », s’exclama ce dernier. « C’était un avantage du point de vue de la sécurité », précisa ensuite Sirois. (93)
Le 12 mai 1998, la GRC reçut un tuyau au sujet d’une plantation de marijuana située dans une maison de la rue Mylène, à Laval, et qui avait été mise sur pied par un individu qui sera vite identifié comme étant Stéphane Sirois. Cette information donna lieu à l’ouverture d’une enquête policière lors de laquelle Julie Couillard fut notamment mise sous surveillance. Dans un affidavit produit dans le cadre de cette enquête, la GRC décrivit Couillard comme une personne qui était « connue de nos services », tandis que Sirois fut présenté comme un « motard criminalisé ». Le 1er juin, trois agents de la GRC prirent en filature le couple Couillard-Sirois alors qu’il se rendait à la maison de la rue Mylène, dont les fenêtres étaient obstruées en permanence par des stores et des toiles. Ils restèrent à l’intérieur de la résidence suspecte durant une heure avant de quitter pour revenir à leur domicile.
Dix jours plus tard, la GRC passa à l’action en procédant à une descente à la maison de la rue Mylène. Les policiers trouvèrent une serre hydroponique contenant 496 plants de marijuana. Marcel Couillard, le père de Julie, fut arrêté sur place et dut répondre d’accusations de production et de trafic de marijuana. Le couple Couillard-Sirois s’en tira toutefois sans accusation. Julie Couillard offrira éventuellement son témoignage à l’enquête préliminaire de son père, où elle affirmera n’avoir jamais rien vu d’anormal à la résidence de la rue Mylène. Deux ans plus tard, Marcel Couillard régla le dossier en plaidant coupable à une accusation réduite de possession d’une substance prohibée, en échange du retrait de l’accusation de trafic de marijuana.
Mais revenons au mois de juin 1998. Alors que le conflit opposant Hells à l’Alliance persistait, l’escouade Carcajou mit en branle une ambitieuse enquête baptisée Projet Rush. Son but : mettre hors d’état de nuire l’état-major de la machine de guerre des Hells en ayant recours à la loi antigang, récemment entrée en vigueur. Mais pour y arriver, la police aura besoin d’un super-espion, c’est-à-dire un homme capable de se servir de la confiance dont il jouissait déjà dans le milieu interlope pour piéger efficacement les principaux acteurs de la « guerre des motards ». Carcajou ne pouvait plus compter sur les services de Dany Kane, car cet informateur de la GRC subissait un procès pour meurtre en Nouvelle-Écosse à ce moment-là. Le sergent-détective Robert Pigeon caressait alors l’espoir que Sirois accepte de devenir un agent-source, soit une taupe bénéficiant de l’immunité en matière d’infractions criminelles afin de mener à bien sa mission d’infiltration.
Le s-d Pigeon savait que le départ de Sirois des Rockers ne s’était pas fait en douceur. Aussi, voyait-il en Sirois un potentiel prometteur. À l’époque où il était « full patch », Sirois avait eu amplement l’occasion de se familiariser avec les rouages internes des Rockers et leur façon de fonctionner au jour-le-jour. Comme il avait déjà occupé la position de secrétaire au sein du club-école, Sirois avait déjà une bonne idée des sommes d’argent que chacun des membres versaient à la caisse des Rockers. Peut-être que l’enquêteur de Carcajou ignorait-il toutefois que les anciens amis motards de Sirois le snobait depuis son mariage avec Couillard. Quoi qu’il en soit, le s-d Pigeon décida de tenter sa chance. Est-ce l’effet du hasard si le s-d Pigeon approcha Sirois le 15 juin, soit seulement cinq jours après la descente de la GRC à la maison de la rue Tylène ? Il est peu probable que non.
Aborder un homme du milieu pour faire de lui un agent-source représente une opération délicate dont les chances de succès ne sont jamais assurées. C’est pourquoi les policiers méticuleux vont naturellement veiller à mettre toutes les chances de leur côté pour atteindre leur but, en tâchant de bien choisir tant la manière que le moment de leur approche. L’intervention de la GRC avait probablement mit Sirois dans une position des plus vulnérable. La perte d’une plantation de marijuana qui avait vraisemblablement nécessité un certain capital de départ entraînait un manque à gagner qui devait faire mal au porte-feuille du couple. Et avec un beau-père dans le pétrin, l’atmosphère devait être plutôt lourde au sein du ménage...
Mais Sirois refusa de mordre à l’hameçon que lui tendait le s-d Pigeon. « Je voulais faire une petite vie tranquille », expliquera plus tard Sirois. Cependant, pour une raison ou une autre, Sirois décida de conserver la carte d’affaires du s-d Pigeon. Il faut dire qu’aucune perspective d’avenir intéressante ne semblait s’offrir à Sirois. En fait, les choses ne faisait qu’aller de mal en pis. À un certain moment, son épouse Julie Couillard ne voulait plus rien savoir de lui. « J’ai demandé le divorce, il a refusé », raconta Couillard à 7 Jours. « Il ne voulait pas quitter ma maison. Il était tout le temps dépressif, il prenait des pilules et menaçait de se suicider. J’ai compris que je m’étais fait arnaquer : il savait que j’étais une femme d’affaires, que j’avais des sous que j’avais durement gagnés. »
Sirois confirma au Globe and Mail qu’il s’était mis à sombrer dans la boisson et les médicaments. Il mentionna aussi avoir cherché à mettre fin à ses jours, ce qui entraîna son hospitalisation. Alors qu’il était en train toucher le fond, Sirois décida de revenir sur la parole qu’il avait donné à « Mom » et de tout raconter à Couillard. « Je lui ai craché le morceau, mes rencontres avec Mom et ses menaces contre elle », confia Sirois. « Si je ne t’avais pas épousé, tu serais morte », lui a-t-il dit, sans détour. On peut facilement imaginer que cette soudaine révélation a dû apparaître aux yeux de Couillard comme une manoeuvre désespérée visant à sauver un couple qui était au bord du naufrage. Couillard eut du mal à se convaincre qu’elle devait la vie à un pauvre type en pleine déchéance qu’elle regrettait amèrement d’avoir marié.
L’incrédulité de Julie Couillard était telle qu’elle préféra aller vérifier par elle-même les dires de Sirois en s’adressant directement à l’usurier Bob Savard, l’ancien associé de Gilles Giguère et homme de confiance réputé de « Mom ». Couillard rapporta par la suite à Sirois que Savard l’avait rassuré à l’effet qu’elle n’avait absolument rien à craindre. « Savard et Mom ont une haute estime de moi », aurait-elle dit à Sirois. L’initiative audacieuse de Couillard plongea ce dernier dans un état de panique. « À mes yeux, je suis cuit », se disait Sirois, qui était persuadé que l’indiscrétion de son épouse allait rapidement se rendre jusqu’aux oreilles de « Mom ». Sirois se mit à craindre de subir des représailles pour s’être montré trop bavard auprès d’une femme qui, selon lui, continuait de susciter son lot de méfiance chez les Hells. « Il ne me reste plus que quelques jours à vivre. J’ai fait ça pour sauver sa vie et maintenant elle va mettre fin à la mienne », se lamentait-il.
Sirois raconta qu’il retourna à la maison qu’il avait partagé avec Couillard pour récupérer une arme à feu de calibre .38 qu’il avait enterré dans la cour arrière. En jetant un coup d’oeil au travers de la porte patio, il affirma avoir aperçu Couillard en compagnie d’un individu qu’il reconnaissait comme étant un petit petit revendeur de drogue lié aux Hells. Sirois affirma qu’à ce moment-là, il regarda son arme et « songea à faire l’impensable » pour la première fois. Mais au lieu de cela, il décida plutôt de faire quelque chose de tout aussi impensable, c’est-à-dire d’offrir sa collaboration à la police, qui représentait désormais sa seule planche de salut à ses yeux. C’est ainsi que le 12 mars 1999, Sirois contacta le s-d- Pigeon pour l’informer qu’il était désormais disposé à offrir ses services à Carcajou, qui sera bientôt rebaptisée Escouade régionale mixte (ERM). Son divorce avec Couillard eut lieu trois mois plus tard. Bref, à en croire Sirois, ce serait à cause de Couillard s’il quitta les Rockers, puis ce serait encore de sa faute à elle s’il se rangea ensuite dans le camp de la police. Y a pas à dire, cette Julie Couillard semble décidément avoir le dos large...
Comme le veut la procédure en pareil cas, Sirois partagea avec la police toutes les informations qu’il détenait sur le milieu des motards. Le 23 juin, il signa un contrat d’agent-source dans lequel il s’engagea à recueillir des informations incriminantes sur certains motards figurant sur une liste dressée par l’ERM. Les Nomads étaient les cibles prioritaires tandis que les membres « full patch » des Rockers se trouvaient au bas de la liste. La valeur totale du contrat s’élevait alors à 100 000 $ : un versement de 50 000 $ était prévu au moment des arrestations, suivie d’une tranche additionnelle de 20 000 $ au terme de l’enquête préliminaire et enfin un dernier paiement de 30 000 $ à la condamnation des accusés. (94) À cela s’ajoutait 500 $ par semaine pour couvrir les dépenses durant toute la durée de la mission d’infiltration. L’ERM accepta également d’effacer ses dettes, qui s’établissaient à 6500 $, et s’engagea à lui fournir une nouvelle identité pour recommencer sa vie sur un nouveau pied une fois l’opération terminée. La valeur du contrat de Sirois semble avoir été revu à la hausse par la suite puisque l’ex-Rocker révéla lors d’un témoignage en cour quelques années plus tard que les sommes qu’il avait reçut et celles qui lui était dû s’élevaient à un total de 422 000$. (95)
Lorsqu’il fut prêt à entreprendre sa mission, Sirois voulut y aller avec prudence. Il sentit le besoin de tâter le terrain, question de mesurer l’ampleur des dégâts que Couillard pourrait avoir causé par rapport à sa réputation dans le milieu. André Chouinard fut l’un des premiers motards qui il renoua. Narcotrafiquant prolifique, Chouinard avait rapidement gravi les échelons et faisait maintenant parti du chapitre des Nomads aux côtés de « Mom » Boucher et compagnie. Lors d’un de ses témoignages, Sirois décrivit ainsi sa première rencontre avec Chouinard : « Le contact avec Chouinard a été bon. On a commencé par discuter de choses et d’autres, pis on est passé à des sujets plus sérieux » (...) « On a parlé de la femme avec qui je m’étais marié. Elle avait raconté toutes sortes d’affaires à mon sujet à des gars du milieu, pis je voulais savoir comment ses histoires avaient été perçues. Chouinard m’a dit d’oublier ça, que tout le monde savait que c’était rien qu’une salope pis une mauvaise langue. » (96) (Et dire que Sirois raconte aujourd’hui qu’il croyait dur comme fer que les Hells voulaient sa peau à cause des indiscrétions de Couillard !)
Une fois rassuré, Sirois en vint éventuellement à parler « business ». « Je l’ai questionné là-dessus pendant plusieurs minutes parce que je voulais savoir si ce serait possible pour moi de réintégrer le club pis de reprendre mes activités. Quand j’ai épousé cette personne, y m’ont dit que j’avais plus le droit de travailler. J’ai dit à Chouinard que j’avais divorcé et que je voulais qu’on me donne la permission de recommencer à travailler, c’est-à-dire de vendre de la drogue à Montréal. » À en juger du résultat, Sirois avait su se montrer suffisamment convaincant aux yeux de Chouinard. « Il m’a donné sa bénédiction et m’a dit qu’il me mettrait en contact avec quelqu’un. La première chose que je devais faire pour réintégrer le milieu, c’était de monter une maison de marijuana. » Chouinard enjoigna Sirois de s’approvisionner auprès du Rocker Jean-Guy Bourgoin, ce qu’il fit. À une occasion, l’agent-source acheta 250 grammes de cocaïne. À un autre moment, Sirois fit l’acquisition de quatre kilos de haschisch. Les fournisseurs étaient payés avec l’argent de la police.
Lorsqu’il discutait avec des motards ou négociait des transactions de drogue, Sirois portait sur lui un minimagnétophone qui enregistrait les conversations. Le petit appareil, communément appelé un « body pack », fut utilisé à seize reprises entre le 14 octobre 1999 et le 1er février 2000. Les enregistrement compromettants furent joués ensuite aux jurés lors des procès des Hells. Le tribunal pu alors constater à quel point Sirois savait se montrer insistant auprès de Bourgoin et de Chouinard afin de retrouver sa place au sein des Rockers. « J’ai pris assez de risques, moé, dans le temps... j’étais un esti de bon frère... j’ai sauté deux fois, j’ai manqué me faire tirer, j’aurais pris une balle pour n’importe lequel de mes frères, n’importe quand... » répétait infatigablement Sirois. Du même souffle, l’agent-source leur répétait qu’il ne se pardonnait pas sa « gaffe » d’avoir lâché le club-école pour un vulgaire mariage... (97)
Chaque fois qu’il en avait la chance, Sirois demandait à Bourgoin de plaider sa cause lors d’une des « messes » des Rockers. Toutefois, Bourgoin conseillait à Sirois d’être patient en lui expliquant que les choses n’étaient plus ce qu’elles étaient. Le club-école comptait alors vingt-cinq membres, dont certains qui étaient prêts à tout pour grimper dans la hiérarchie. « Moé, dans mon livre à moé, c’est des psychopathes », lui confia Bourgoin en parlant d’eux, ce dernier étant évidemment loin de se douter qu’il livrait le fond de sa pensée à un agent-source qui enregistrait ses moindres paroles. (98) Bourgoin évoqua aussi un autre problème : des rumeurs courrait à l’effet que Sirois s’était endetté auprès de la pègre italienne. Comme le club-école était responsable des dettes de chacun de ses membres, les Rockers étaient devenus plutôt pointilleux sur les créances des nouveaux aspirants.
Sirois disait aussi qu’il ne voulait pas commencer au bas de l’échelle, comme « hangaround », et demandait s’il n’y avait pas moyen de brûler les étapes. « Pour montrer ta bonne volonté, trouve-moi des renseignements sur l’aut’bord », lui répondit Chouinard, en faisant référence au camp adverse. Les propos les plus incriminants que Sirois parvint à recueillir furent enregistrés lors d’une conversation avec Bourgoin, en décembre 1999. À un certain moment, la discussion tourna autour de la liquidation des Rock Machine, la principale formation de l’Alliance. Bourgoin révéla que toutes les têtes des Rock Machine étaient mises à prix et que la valeur des primes variait en fonction du rang de celui qui était éliminé : 100 000 $ pour un « fullpatch », 50 000 $ pour un « striker » et 25 000 $ pour un « hangaround ». (99) Prétendant ne pas s’intéresser à « l’hostie de bonus », Sirois chercha à savoir s’il était possible de réintégrer les Rockers sans avoir à tuer. Réponse de Bourgoin : « Oui, sauf que ça prend plus de temps ».
Sirois décida de mettre un terme à sa mission à la suite de l’assassinat de Claude De Serres dans les Laurentides, le 3 février 2000. De Serres était un autre agent-source travaillant pour le compte de l’ERM. Il avait infiltré un réseau de vente de drogue dirigé par Serge Boutin, un membre des Rockers. Les Hells découvrirent le rôle d’agent-source de De Serres après avoir réussit à subtiliser l’ordinateur portatif d’un policier ontarien spécialisé dans les enquêtes sur les motards, au début de décembre 1999. L’ordinateur contenait une véritable mine de renseignements, notamment sur les Rock Machine. Bien que les fichiers informatiques identifiaient seulement de De Serres par son prénom et son numéro d’agent-source, Boutin n’eut aucune difficulté à le démasquer. (100) En ne retirant pas De Serres du milieu, les policiers firent preuve d’insouciance, voire de négligence criminelle, par rapport à la sécurité de leur agent-source. On peut donc difficilement donner tort à Sirois de ne plus s’être senti en sécurité après la découverte du cadavre de De Serres.
Le 7 juillet 2000, Robert Savard fut abattu par deux tueurs cagoulés dans un restaurant de Montréal-Nord où il venait déjeuner régulièrement en compagnie de Normand Descôteaux, un ancien joueur des Nordiques qui s’était reconverti au prêt usuraire. Savard est mort sur le coup tandis que Descôteaux se servit d’une serveuse comme bouclier humain pour éviter de connaître le même sort. Bien qu’il fut grièvement blessé, Descôteaux réussissa à s’en tirer. Quant à la serveuse, qui fut également blessée, elle intentera une poursuite au civil contre Descôteaux l’année suivante. Le lendemain du meurtre, La Presse consacra un article à sa une dans lequel Savard fut présenté comme « un acteur très important du crime organisé montréalais ». (101) Le meurtre de Savard ne sera jamais élucidé, comme plusieurs autres d’ailleurs. Sa mort laissa un gros vide dans le marché du prêt usuraire montréalais que certains cherchèrent à combler, dont Gaétan Rivest, l’ex-caporal de la Sûreté du Québec qui avait été le partenaire de Savard dans le défunt journal Le Juste Milieu. L’année suivante, Rivest fut d’ailleurs condamné pour extorsion et menace dans deux affaires liées au prêt usuraire. (102)
Le 28 mars 2001, l’ERM lança l’Opération Printemps 2001, la plus grande rafle contre les groupes de motards de toute l’histoire du Canada. Deux mille policiers procédèrent à l’arrestation de 118 membres, aspirants ou complices des Hells ainsi qu’à 250 perquisitions dans 75 villes différentes du Québec. Pratiquement tous les membres des Nomads et des Rockers se retrouvèrent sous les verrous ou sous mandat d’arrestation. Cette razzia représentait l’aboutissement du Projet Rush (42 arrestations), mais aussi de d’autres enquêtes d’envergure, soit le Projet Océan (49 arrestations) qui s’attaquait à un vaste réseau de narcotrafic lié aux Hells qui aurait généré des revenus annuels de 100 millions $ (103), et le Projet Bobcat (26 arrestations), qui visait les membres et associés des Evils Ones, un club de motards de l’Outaouais affilié aux Hells.
Les preuves recueillies par Sirois aidèrent l’ERM à porter des accusations de complot pour meurtre contre les motards ciblés par le Projet Rush. Notons d’ailleurs que Sirois fut le seul des trois agents-sources qui oeuvrèrent pour l’ERM qui était demeuré en vie au moment des arrestations. Les circonstances entourant le meurtre de l’agent-source Claude De Serres ont déjà été évoquées ci-haut. Quant à Dany Kane, qui avait signé un contrat d’agent-source avec l’ERM après avoir été informateur pour la GRC, il fut retrouvé mort chez lui, en août 2000. Le coroner conclua au suicide, mais des doutes demeurèrent sur la véritable cause de son décès comme en témoigne le livre du journaliste Daniel Sanger portant sur la vie de Dany Kane. (104) En plus de Sirois, la couronne fit également entendre six délateurs (témoins repentis).
La couronne avait initialement annoncée qu’elle ferait témoigner Sirois lors du second procès de « Mom » Boucher pour le meurtre de deux gardiens de prison, qui se déroula en avril 2002. Pour des raisons inconnues, la couronne décida toutefois de changer son fusil d’épaule en cours de route, de sorte que Sirois ne témoigna jamais contre « Mom ». Cela n’empêcha pas le jury déclarer « Mom » coupable, avec pour conséquence que le Nomad purge aujourd’hui une peine vingt-cinq ans d’emprisonnement. Sirois fut entendu pour la première fois au mois de juillet suivant, lors du procès de dix-sept membres ou associés des Hells qui devaient répondre d’accusations de complot pour le meurtre de 134 personnes, de gangstérisme et de trafic de drogue.
Dans La Presse, la journaliste Christiane Desjardins vanta les talents de conteur de Sirois, en écrivant qu’il témoignait « avec une précision chirurgicale, sans aucune hésitation ni trou de mémoire. » (105) Desjardins nota également que Sirois semblait à l’aise dans son rôle de témoin de la couronne : « Fait extrêmement rare pour un délateur, il ne semble nullement gêné de sa nouvelle vocation devant ses ex-collègues motards, qu’il fixe d’ailleurs longuement et très souvent, sans jamais baisser les yeux. » Notons que certains journaux mentionnèrent au passage qu’il avait été question d’« une certaine Julie » lors de son témoignage, mais son nom de famille sera toutefois passé sous silence. La défense venait à peine d’entamer le contre-interrogatoire de Sirois lorsque le juge Jean-Guy Boilard décida soudainement de quitter le procès à la suite d’une décision du Conseil de la magistrature le blâmant sévèrement. Le mégaprocès, qui en était rendu à sa quinzième semaine, dû ensuite être repris à zéro avec un nouveau juge et jury.
Lorsque Sirois revint à nouveau à la barre, en octobre 2003, le nombre d’accusés avait chuté à neuf à la suite du plaidoyer de culpabilité de certains d’entre eux, dont Bourgoin qui fut condamné à quinze ans de prison. Lors des plaidoiries devant le jury, l’avocat de la défense François Bordeleau, qui représentait deux accusés, n’hésita pas à s’en prendre à Sirois, qu’il qualifia de témoin taré. « C’est le pire des tarés, car il témoigne pour se venger de son milieu », a-t-il dit, en rappelant que Sirois avait dû quitter les Rockers à cause de son mariage avec « une certaine Julie ». (106) Le 1er mars 2004, le jury déclara les neuf accusés coupables de vingt-six des vingt-sept accusations portées contre eux. Ils furent condamnés à des peines allant de dix à vingt-deux ans d’emprisonnement. Quant à André Chouinard, il n’avait pas été jugé en leur compagnie parce qu’il était encore un fugitif à l’ouverture du mégaprocès. Craignant d’être extradé aux États-Unis, Chouinard accepta de plaider coupable à des accusations réduites de complot pour meurtre, importation de cocaïne, trafic de stupéfiants et gangstérisme. Il écopa à une peine de vingt-deux ans de pénitencier.
Sirois témoigna ensuite contre Walter Stadnick et de Donald Stockford, deux membres des Nomads qui subirent un procès séparé en anglais sous les mêmes chefs d’accusations, en juin 2004. L’agent-source avait peu de choses à dire qui touchait spécifiquement aux deux accusés, sinon que ceux-ci participaient aux réunions des Nomads et que Stadnick était considéré comme un leader par les autres motards. (107) Sirois raconta aussi le voyage qu’il effectua à Winnipeg en compagnie de Stadnick et de Stockford, à l’hiver de 1996. Les deux Nomads voulaient mettre sur pied un premier chapitre des Hells dans cette ville du Manitoba. Durant le périple, Stadnick avait confié à Sirois qu’il rêvait du jour où les Hells Angels serait le seul et unique club de motards d’un bout à l’autre du Canada. Le juge Jerry Zigman déclara Stadnick et Stockford coupables de la plupart des accusations portées contre eux et les condamna à purger vingt années de prison chacun. Enfin, Sirois témoigna au procès de Gregory Wooley, un membre des Rockers qui était accusé de l’assassinat de Pierre Beauchamps, un présumé fournisseur de drogue des Rock Machine. Durant son témoignage, Sirois affirma que Wooley lui avait confié qu’il était l’auteur du meurtre, ce qui s’avéra toutefois insuffisant pour convaincre le jury, qui acquitta l’accusé. (108)
Sources :
(72) The Globe and Mail, « Woman who dated Bernier had links to biker gang », Tu Thanh Ha, Julian Sher and Daniel Leblanc, May 8, 2008, p. A7. (73) CHERRY Paul, « Les procès des motards », Les Éditions de l’Homme (2005), p. 199. (74) Cherry, p. 204 (75) Cherry, p. 205 (76) La Presse, « Un autre délateur témoigne », André Cédilot, 7 octobre 2003, p. A18. (77) Cherry, p. 203. (78) La Presse, « Un procès orphelin », Christiane Desjardins, 27 juillet 2002, p. A8. (79) Le Devoir, « Point final avec de gros poings », Brian Myles, 16 juillet 2002, p. A3. (80) La Presse, « Saccage de bars et bâtons de baseball », Christiane Desjardins, 16 juillet 2002, p. E1. (81) The Globe and Mail, « ’If I didn’t marry you, you’d be dead’ », Julian Sher, June 6, 2008, p. A14. (82) « La route des Hells », p. 74, 75. (83) The Gazette, « Jail guards and judges were targets, trial told », Lisa Fitterman, November 19, 1998, p. A3. (84) The Globe and Mail, « Bikers weighed killing Couillard as suspected police informant », Rhéal Séguin, May 31, 2008, p. A10. (85) The Canadian Press, « Biker expert jokes about getting Hells Angels votes in Quebec election », Nelson Wyatt, March 8, 2007. (86) La Presse Canadienne, « Julie Couillard n’était pas une source de la police », Jocelyne Richer, 31 mai 2008. (87) LANGTON Jerry, « La face cachée des Hells », Au Carré (2006), p. 278. (88) La Presse, « Pour avoir la paix, les Rockers ont ’vendu’ un coin de rue 5000$ à d’autres trafiquants », André Cédilot, 10 octobre 2003, p. A12. (89) Cherry, p. 198. (90) The Globe and Mail, « RCMP won’t explain silence on Couillard », Tu Than Ha, June 13, 2008, p. A7. (91) La Presse, « Le tueur Aimé Simard avait commis des ’erreurs de débutant’ », Yves Boisvert, 23 mai 1998, p. A7. (92) La Presse, « Les Hells et les Rockers faisaient plus d’exercice à l’extérieur du Pro-Gym », André Cédilot, 21 mars 2003, p. B8. (93) Cherry, p. 211 (94) Cherry, p. 200-201. (95) http://www.canlii.org/en/qc/qccs/doc/2004/2004canlii2116/2004canlii2116.html (96) Cherry, p. 210. (97) La Presse, « Un espion de la police raconte comment il a appâté des motards influents », André Cédilot, 8 octobre 2003, p. A21. (98) La Presse, « La drogue comptable et autres petits à-côtés », Christiane Desjardins, 18 juillet 2002, p. E1. (99) Le Devoir, « Toutes les têtes des Rock Machine étaient mises à prix », Brian Myles, 19 juillet 2002, p. A3. (100) Cherry, p. 301. (101) La Presse, « Robert Savard ? Un shylock près des Hells », Raymond Gervais, 8 juillet 2000, p. A1. (102) La Presse, « ’Je vais te le masser le coeur, moi’ ? L’ex-policier Gaétan Rivest admet être usurier », Christiane Desjardins, 31 mars 2001, p. A7. (103) La Presse, « Le gang des Nomads décapité, les Hells perdent leur réseau de distribution de drogue », André Cédilot, 29 mars 2001, p. A6 (104) SANGER Daniel, « Énigmatique Dany Kane ? Un informateur chez les Hells », Les Éditions de l’Homme (2005). (105) La Presse, « Comment Sirois est devenu agent-source de la police », Christiane Desjardins, 17 juillet 2002, p. A9. (106) La Presse, « La défense s’attaque à un agent source », André Cédilot, 14 février 2004, p. A29. (107) http://www.canlii.org/en/qc/qccs/doc/2004/2004canlii2116/2004canlii2116.html (108) La Presse, « Wooley trahi par son ADN », André Cédilot, 12 mars 2004, p. A11.
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