Le Premier ministre d’Israël, Ehoud Olmert, n’était pas sans savoir qu’un tsunami se préparait lorsque le juge à la retraite, Eliahou Winograd, qui préside la commission d’enquête, lui a remis copie de son rapport de plus de 600 pages, rédigé sur la base de 74 témoignages de responsables politiques et militaires et d’experts. La Commission Winograd était chargée d’étudier les opérations militaires menées au Liban entre le 12 juillet et le 14 août 2006. La publication attendue du rapport confirme les pires craintes : incompétence, absence de coordination, manque cruel de synchronisation entre les armées, tout s’y trouve. Israël, une puissance régionale, fait piètre figure contre le Hezbollah du Liban.
Un mur de béton se dresse autour du Premier ministre, en prévision des réactions que suscitera le rapport Winograd. Au bénéfice d’Ehoud Olmert, le rapport n’appelle pas explicitement à une démission de ce dernier, dont la responsabilité dans les ratés de la guerre avait déjà été mise en avant lors d’un rapport intérimaire de la commission publié en 2007. Aucun ministre du gouvernement ne semble vouloir des élections anticipées en Israël. Ehoud Barak, chef du Parti travailliste et ministre de la Défense, avait prévu le coup, un peu plus tôt : « Le premier ministre n’était pas seul à blâmer dans cette affaire », laissant entendre son peu d’appétit pour des élections que pourrait susciter le dépôt de ce rapport dévastateur. « Je vous le dis, il n’y aura pas d’élections anticipées », a renchéri le ministre des Finances, Ronnie Bar-On, membre du parti centriste Kadima d’Olmert. « Le rapport ne déclencherait pas une nuit des longs couteaux au sein du parti Kadima », a déclaré le ministre du Logement, Zeev Boim. Le fait que le parti de droite Likoud, dirigé par l’ex-premier ministre Benyamin Netanyahou, soit donné gagnant par les sondages expliquerait en partie cette situation.
Une partie significative du rapport est consacrée aux trois derniers jours de la guerre. Vendredi 11 aout 2006, alors que les ambassadeurs français et américain à l’ONU travaillaient activement à un cessez-le-feu qui engagerait Israël, le Hezbollah et le Liban, Olmert avait donné le feu vert à une opération de grande envergure. La décision de lancer l’opération à un moment où les négociations aux Nations unies étaient sur le point d’aboutir, alors qu’Olmert savait qu’il n’avait que 60 heures devant lui, ainsi que le nombre élevé des pertes, ont transformé cette opération militaire en l’un des événements les plus controversés de la guerre, sauf que « les forces de Tsahal n’étaient pas prêtes pour une telle opération », a expliqué le juge Winograd. (DesInfos).
De façon plus générale, le président de la Commission, Eliahou Winograd, a rappelé quels étaient les buts de cette Commission : « répondre à la crise profonde dans la population suite à cette guerre non gagnée et la nécessité de réparer les défaillances ». Comme l’indique Arouts7 : « les membres de la Commission ont rappelé à plusieurs reprises le manque de préparation de l’échelon militaire, l’absence de vision stratégique de l’échelon politique, et surtout les défaillances dans les relations et la communication entre eux ». « Les buts trop ambitieux déclarés au début du conflit, et les hésitations dans les décisions, ont réduit les marges de manœuvres de l’armée et des responsables politiques. Les alternatives étaient réduites, et Israël a été entraîné dans la dernière offensive » a indiqué Eliahou Winograd.
De plus, le président de la Commission constate que : « Bien que jouissant d’une supériorité aérienne, Israël a perdu la guerre. Aussi bien au niveau politique, qu’au niveau militaire, les chefs de l’exécutif se sont lourdement trompés ». De manière plus cinglante, la Commission en vient à la conclusion que : « Israël a commencé la guerre. Et la guerre a été une grande erreur, une erreur majeure ». Pour l’auteur du rapport, « la guerre a été un fiasco total ». C’est ce qu’il a déclaré devant les journalistes. Pire. Selon le juge, s’il n’y a pas eu défaillance dans la décision du cabinet Olmert de lancer cette offensive : « la décision d’entrer en guerre a été prise sans aucune stratégie ». Et Eliahou Winograd de conclure : « À l’avenir, pour dissuader nos ennemis, Israël a besoin de dirigeants forts et d’une armée puissante ». Malgré tout, le rapport estime que le Premier ministre, Ehoud Olmert, a été guidé par « une approche sincère des intérêts d’Israël ». Cela étant dit, il reste que, selon la Commission Winograd : « Tsahal n’a pas répondu aux besoins de défense du pays, par le fait que les missiles ont continué à pleuvoir sur Israël tout au long du conflit, ce qui a eu des conséquences graves, même sur les événements futurs ».
Entre 1.035 et 1.191 civils et combattants libanais ont été tués durant la guerre au Liban, tandis que côté israélien 119 soldats et 40 soldats ont trouvé la mort, selon des chiffres provenant des deux camps.
Le juge Eliahou Winograd s’est déclaré satisfait de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Selon lui, le fait que cette résolution, établie à partir d’un document préparé par la France et les États-Unis, ait été votée à l’unanimité est une « victoire » pour Israël - bien qu’elle n’ait été ensuite appliquée qu’à moitié. Cette résolution appelait la milice chiite libanaise Hezbollah à cesser immédiatement toutes ses attaques et Israël à cesser immédiatement toutes ses opérations militaires offensives au Liban. Le projet avait été critiqué par le Liban et la Ligue arabe pour ne pas avoir exigé un retrait immédiat de Tsahal et pour avoir autorisé Israël à poursuivre ses opérations contre le Hezbollah. Pour la Commission, les acquis de la guerre sont, notamment, le cessez-le-feu, et l’éloignement du Hezbollah de la frontière libanaise. Elle a dressé des compliments aux réservistes et aux soldats pour leur engagement et leur dévouement.
Notons en terminant que ce rapport, tant attendu, ne comporte pas, premièrement, « de conclusions personnalisées, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de responsabilités personnelles » et, deuxièmement, ce qui est très important, que le rapport inclut « toutes les conclusions contenues dans le Rapport intermédiaire ». Pour sa part, après avoir essuyé ces critiques plutôt réservées de la part de la commission Winograd, le Premier ministre, Ehoud Olmert, a publié un communiqué dans lequel il affirme qu’il garde toute sa confiance en « Tsahal, ses commandants, ses soldats et ses capacités ». D’après Olmert, Tsahal continue et continuera à s’entraîner, à s’améliorer, à se renforcer et à être prêt à affronter n’importe quels défis et missions.
Les couteaux ont commencé à voler au-dessus de la tête du chef du gouvernement. Le député Aryeh Eldad (Ihoud Léoumi-Mafdal) a commenté le rapport de la commission Winograd en affirmant que le Premier ministre Ehoud Olmert « occuperait dans l’histoire la place du plus mauvais dirigeant d’Israël ». Et d’ajouter : « La sentence est rendue. Les citoyens israéliens exigeront des comptes des marionnettes du gouvernement, qui permettent à un dirigeant raté et sans jugement de continuer à diriger Israël ».
(Sources : AFP, Arouts7, Cyberpresse, Guysen International News, Le Monde, Presse canadienne)
/BOUCLE_video>Omert : criminel de guerre. Notez aussi qu’Israël viole régulièrement les espaces aériens du Liban et de la Syrie en faisant des incursions avec leurs jets militaires.
François
Effectivement, Israël est souvent épinglé mais il y aura toujours les États-Unis pour s’objecter aux Nations Unies à l’adoption d’une résolution de blâme à l’encontre d’Israël.
Pierre R.
Exactement ! C’est d’ailleurs arrivé encore cette semaine, les É-U ont utilisé leur veto. Mais de toute façon, même si les résolutions passent, Israël ne les respecte jamais. (Voir la liste des 65 résolutions de l’ONU dans mon article Abattez le mur d’apartheid.)
Alors, de votre point de vue, est-ce qu’on peut conclure que l’ONU n’est pas utile, ou qu’Israël est un état voyou que personne ne semble être en mesure d’arrêter, ou bien les deux ?

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