Le président de la République a fait une déclaration mercredi soir à 22H30 (20H30 GMT) au Palais de l’Elysée. Oui, Ingrid Betancourt a été libérée. Nicolas Sarkozy a aussi indiqué qu’elle était en « bonne santé ». Le président colombien, Alvaro Uribe, avait préalablement confirmé à son homologue français, Nicolas Sarkozy, la libération de l’otage franco-colombienne Ingrid Betancourt et des Américains Marc Gonsalves, Thomas Howes et Keith Stansell, en mission anti-drogue pour le compte des Etats-Unis au moment de leur capture. Onze militaires colombiens, principalement des officiers, ont également pu retrouver la liberté lors de cette opération
C’est un exploit. Le cauchemar s’est achevé. Personne ne pourra en disconvenir : cette libération est, à n’en plus douter, avant tout le résultat de la politique du président colombien Alvaro Uribe. L’obstination du président de suivre invariablement son plan de match a donné des résultats qu’il escomptait depuis si longtemps. Combien ont douté de la sincérité du gouvernement colombien d’aboutir à une solution négociée. L’auteur de ce blog, le premier. Et Ingrid Betancourt reste aujourd’hui la personnalité politique la plus populaire de Colombie, juste derrière le président Alvaro Uribe. Parce que les Colombiens ont en mémoire ces témoignages émouvants des otages libérés récemment et de cette vidéo diffusée en novembre dernier d’Ingrid Betancourt. « Ici la vie n’est pas la vie », écrivait l’otage franco-colombienne à sa mère.
Selon les premiers fragments d’information, distillés par le ministre de la Défense Juan Manuel Santos, entouré de son état-major, les otages séquestrés étaient divisés en trois groupes. Un agent colombien aurait réussi à infiltrer le secrétariat, nom donné à la direction collégiale de la guérilla marxiste. Ce « saint des saints » était composé de sept membres sous la gouverne de Carlos. Cette direction était déjà passablement fragilisée, faut-il le rappeler, depuis la mort de trois d’entre eux en mars dernier. Sous prétexte d’un ordre venu d’Alfonso Cano, nouveau chef des FARC, les otages ont réunis en un même lieu afin de les transférer de zone. Car les FARC avaient dispersé leurs prisonniers en petits groupes depuis près d’un an pour échapper au harcèlement de l’armée.
Une fois à bord de l’hélicoptère, des agents infiltrés de l’armée ont neutralisé les membres de la guérilla des FARC qui encerclaient les otages. Le vieux chef guérillero Cesar, maintenant pris au piège, venait de livrer les otages à l’armée colombienne. Une fois encerclés par l’armée, le chef du groupe et les autres guérilleros se sont rendus sans combattre. La stratégie d’infiltration des Farc, menée par l’armée colombienne, lente et parfois critiquée, a grandement facilité la libération du joyau des otages, Ingrid Betancourt, qui se trouve maintenant sur une base militaire, à une centaine de kilomètres de la capitale colombienne Bogota.
Depuis la mort de Manuel Marulanda qui n’avait jamais été atteint par la compassion, de plusieurs milliers de combattants qu’ils étaient il y a une quarantaine d’années, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ne comptaient plus que 6.000 à 8.000 rebelles, après une vague de captures et de désertions. Selon le ministre de la Défense, en une seule année, environ 2.500 combattants avaient déserté leurs rangs.
L’heure est maintenant à la joie. À l’espoir. Aux retrouvailles familiales sans la lumière crue de l’actualité et des petites rivalités. Sobrement, le président Sarkozy a annoncé qu’un avion de la République française transportera toute la famille d’Ingrid, les deux enfants Mélanie et Lorenzo, sa sœur Astrid, en direction de la Colombie, avec Bernard Kouchner à son bord, pour que cette dernière puisse retrouver les siens. « L’opiniâtreté du président Sarkozy à faire libérer notre ressortissante a été sans nul doute l’élément déterminant », a déclaré le porte-parole du président, Dominique Paillé. Ce qu’a voulu confirmer l’ex-mari d’Ingrid Betancourt, Fabrice Delloy : « S’il n’y avait pas eu cette mobilisation exceptionnelle, s’il n’y avait pas eu ce qu’a fait le président (Nicolas) Sarkozy en parlant d’Ingrid dans son discours d’investiture, s’il n’y avait pas eu tout ça, jamais nous n’aurions pu obtenir ce résultat ».
Ingrid Betancourt a remercié l’armée colombienne pour une opération qu’elle a, elle-même, qualifié d’absolument impeccable. « Ils nous ont sortis de manière impressionnante », a-t-elle dit, précisant qu’aucun coup de feu n’avait été tiré.
« Je crois que c’est un signe de paix pour la Colombie, que nous pouvons trouver la paix ». Elle semblait souriante et en bonne forme lorsqu’elle est tombée dans les bras de sa mère, Yolanda Pulecio. Pour Hervé Marro, du comité de soutien à Ingrid Betancourt : « Il n’y a que du bonheur, c’est l’aboutissement d’un combat pour Ingrid qui nous soulage énormément. On voit aujourd’hui que (le combat) paie, et qu’est-ce que ça fait du bien. La liberté, elle gagne parfois quand même ».
Les familles des trois otages américains libérés mercredi des mains des Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) ont remercié l’armée et les services de renseignement colombiens, a déclaré à l’AFP leur représentant Stephen Donehoo. « Les familles expriment leur reconnaissance aux soldats et aux services de renseignement de la Colombie, qui ont fait preuve de tant d’audace pour pouvoir libérer les 15 otages, dont certains ont été privés de liberté pendant plus de dix ans ».
Le président Nicolas Sarkozy a eu, mercredi soir, un geste d’élégance auquel il nous avait peu habitué ces derniers mois. Il a insisté pour dire que « dans la dernière ligne droite, c’est la Colombie et l’armée colombienne » qui ont eu la main. Il a du reste renoncé à faire le déplacement de Bogota pour rencontrer Mme Betancourt.
(Sources : AFP, Cyberpresse, El Païs, Le Figaro, Le Monde, Presse canadienne)
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