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    Cachemire : Il était une fois une bouteille de scotch...

    le 13 août 2007 | 194 visites | 3.21 / 5 | 0 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Cachemire : Il était une fois une bouteille de scotch...
    photos : Xavier-Antoine Lalande

    Il était une fois une bouteille de scotch. Il y a quelques années, la bouteille de scotch ne pouvait être vendue au Cachemire. Par la force du fusil et ensuite par des lois nationales, les militants cachemiris imposaient la fermeture de tous les commerces vendant la bouteille.

    Pour se procurer la précieuse liqueur, les Cachemiris devaient s’organiser clandestinement afin de s’approvisionner à Jammu et acheminer la marchandise illégalement jusqu’a Srinagar. Cette opération comportait sa part de risques, les individus y participant risquaient la prison et mettaient leur vie en danger s’ils se faisaient pincer par la police locale ou l’armée indienne.

    Les années passaient, les gorges s’asséchaient. Tranquillement, le réseau clandestin se perfectionnait. Ceci coincidait avec la lente disparition des militants opposés à la prohibition. Parallèlement au réseau clandestin, les forces militaires, stationnées éternellement dans une province qui ne voulait pas les voir, commençaient elles aussi à se sentir sèches. Flairant la bonne affaire, les valeureux soldats décidaient de prendre en main le commerce de la bouteille de scotch. Le principe s’avérait simple, il fallait rendre plus efficace les contrôles routiers pour éliminer toute concurrence clandestine. Après, il fallait s’assurer que le commerce ne contrevenait pas aux lois préétablies. En exigeant des contrôles routiers sur tous les véhicules pouvant transporter de la marchandise et en intimidant les suspects, il devenait facile pour l’armée de gagner le monopole.

    Il ne restait qu’à régler le problème des lois. Par une astuce machiavélique, les militaires décidaient d’installer leur commerce dans une zone qu’ils occupaient. En agissant de la sorte, ils contournaient la législation cachemirie puisque dans leur zone s’appliquait uniquement la législation indienne. C’est ainsi que dans toute la ville de Srinagar (500 000 habitants), un seul commerce d’alcool enregistrait des ventes et quelles ventes !

    En possession totale du marché, les militaires triplaient le prix de la bouteille de scotch. Ainsi, avec l’argent amassée, ils allaient assurer leur avenir ainsi que celui de leurs enfants.

    Coopération canadienne possible ?

    Cette histoire, vous l’aurez compris, se raconte au présent. Ceci représente l’une des nombreuses histoires auxquelles le peuple du Cachemire doit tolérer par la force et la politique. La corruption va plus loin que ce que l’histoire précédente rapporte. Pour s’assurer du bon déroulement des affaires, l’armée négocie certainement avec les entreprises de production d’alcool telles McDowells (Inde) et Seagram(Canada). Sur chaque étiquette collée sur chaque bouteille d’alcool, il y est inscrit l’avertissement : « For sale in Jammu and Kashmir State only ». De plus, contrairement à la politique appliquée dans le reste du pays, aucun prix ne figure sur les étiquettes des bouteilles. Le client, comme j’ai pu l’expérimenter, décide du prix à payer à condition bien sûr que le prix entraîne une marge de profit intéressante pour le détaillant. Par exemple, pour une bouteille de vodka de 10 onces, en Inde, le prix régulier est entre 90 et 110 roupies (entre 2,50$ et 2,90$). Ici, dans le meilleur des cas, le prix double.

    La coopération avec les fournisseurs privés ne peut être expliquée que par trois façons. Premièrement, l’armée achète directement du fournisseur et prend elle-même en charge le processus d’étiquetage et l’ajout de la notification. Cette option est peu plausible parce qu’elle nécessite des moyens et une organisation impossible pour l’armée. Si le processus venait à être découvert, les preuves seraient trop évidentes. Deuxièmement, il s’agit d’exiger ou de demander une complicité directe de la part de fournisseurs tels McDowells ainsi que de la canadienne Seagram. La participation de ces deux distilleries dans le processus paraît évidente puisque, dans le commerce exploité par l’armée sur M.I. Road, les deux profitent d’un oligopole sur les tablettes. Aussi, la compagnie, par le processus d’impression des étiquettes, peut s’assurer de la délivrance de la marchandise commandée par l’armée et ainsi, peut-être, toucher sa part du gâteau. Enfin, et non la moindre, il s’agit d’une incestueuse et corruptionnelle participation des compagnies, de l’armée, du gouvernement provincial et national à diverses étapes jusqu’à la mise en tablette. En multipliant les acteurs impliqués, chacun, dans l’éventualité de la découverte du pot aux roses, peut rejeter la responsabilité sur l’autre jusqu’à ce que la nouvelle meure avec le temps. Connaissant le niveau de corruption général de l’État indien, cette dernière option est plus qu’envisageable.

    L’armée assure elle-même le transport de la marchandise en plus de sélectionner les employés qui gèrent le commerce. Ainsi, des camions militaires, supposés assurer la sécurité de la frontière longeant le Pakistan, servent a enrichir des intérêts personnels au sein de la haute fonction militaire.

    Une terre occupée et isolée

    Si au moins l’armée ne s’en tenait qu’au commerce de l’alcool, la situation serait moins dramatique. Malheureusement, cette pratique s’applique aussi dans l’importation et l’exportation de fruits et légumes. La situation géographique de la ville n’aide pas le sort de la population. Par son isolement, l’Inde est le seul marché exploitable pour le Cachemire. Comme si ce n’était pas assez, cette province possède un climat qui ressemble à celui du Québec. Quatres saisons dont un hiver qui empêche toute forme d’agriculture sur les terres fertiles de la vallée. En période hivernale, cette particularité rend le territoire complètement dépendant des transactions effectuées avec l’Inde, donc l’armée. Seulement une route et un aéroport relie Srinagar au reste du pays. L’armée est en parfait contrôle des deux accès.

    À chaque année, les habitants de la vallée espèrent toujours voir plus de touristes dans la région parce que c’est le seul investissement direct de capitaux étrangers que l’armée ne peut contrôler. Que fait l’armée pour contrer la croissance de l’industrie touristique ? Elle répand la peur en alimentant un contexte d’insécurite qui n’est qu’illusion. C’est ainsi que des habitants se font canarder pour ensuite être déguisés en militants terroristes. Au nom du respect de quelques actes de loi louches dignes du Patriot Act états-unien, les autorités s’empêchent de révéler les noms, c’est entre autres ainsi que 80 000 Cashmiris se sont évaporés du territoire depuis 15 ans. Le processus s’avère efficace puisque la plupart des gouvernements occidentaux déconseillent à leurs citoyens de fouler les terres de ce paradis terrestre. Seule, le contrôle perdure et l’argent s’accumule.

    Devant ces situations : Si vous étiez l’armée, vous vous dépêcheriez à partir ? Vous encourageriez une démobilisation ? Vous planteriez des bombes à des endroits touristiques profitables pour la population locale ?

    Cet article a été rédigé en avril 2006 après une visite de 15 jours à Srinagar en mars 2006. Il est le résultat d’une dizaine d’entretiens réalisés avec des musulmans et des hindus de la communauté locale ainsi que deux policiers à travers des discussions formelles et informelles.

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    Mots-clés : inde , cachemire et pakistan

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