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    Hérouxville et les limites du multiculturalisme

    le 31 janvier 2007 | 1621 visites | 3.89 / 5 | 10 commentaire(s)
    Hérouxville et les limites du multiculturalisme
    photo : clarita

    Sans le savoir et de façon un peu insolite et désincarnée, le village de Hérouxville, sied en Mauricie entre Shawinigan et Saint Tite, a ouvert un panier de crabes sur les limites à la tolérance multiculturelle qu’une société d’accueil peut légitimement imposer aux étrangers voulant s’y installer.

    Loin de vouloir provoquer un débat national sur la question des accommodements raisonnables, les élus du paisible village mauricien, dont la page d’accueil du site Internet propose une image de l’église romaine locale, ont récemment fait adopter un règlement stipulant que dans cette municipalité de 1337 âmes blanches et une âme noire nul ne peut lapider (sic !) une femme infidèle, que les hommes et les femmes sont égaux et que les signes religieux sont interdits dans l’espace public (école, hôtel de ville et autres places publiques).

    Sans rire, le conseiller Aubin, au demeurant fort sympathique, veut marquer le pas aux étrangers qui auraient, par un hasard divin, l’envie de s’installer dans son village. Né et vivant au Québec depuis 40 ans, je n’ai jamais entendu parler de ce bucolique village de ma vie, et ce même si j’ai de la parenté vivant à St Gérard des Laurentides, une banlieue de Shawinigan récemment annexée à la ville du p’tit gars de Shawinigan, le très déshonorable Jean Chrétien.

    Cette réaction, au demeurant courageuse et inattendue provenant d’un village québécois d’arrière pays où l’immigration est inexistante, est symptomatique du malaise de plus en plus répandu dans la population québécoise sur ce qu’on appelle à tort les accommodements raisonnables, lesquels ayant une portée strictement légale et consentis exceptionnellement par les tribunaux. Un malaise provincial porté généralement par les médias, le phénomène multiculturel étant une réalité socioculturelle appliquée essentiellement à la dynamique de Montréal.

    La mondialisation culturelle, l’information et la communication

    Dans son livre « l’Autre mondialisation », le sociologue des communications et directeur de recherche au Centre National de Recherche Scientifique de Paris, Dominique Wolton, développe la thèse de la mondialisation culturelle à travers l’information présentée dans les médias. Mettant les responsables médiatiques en garde contre les digressions intellectuelles abusives dans le traitement de l’information concernant nos rapports à l’autre. L’autre qui, autrefois, était différent et éloigné géographiquement, culturellement et politiquement, est maintenant tout aussi différent mais beaucoup plus près grâce notamment à la télévision.

    L’omniprésence de l’Autre dans nos vies et son insertion dans notre intimité culturelle augmentent les facteurs d’incompréhension, de conflits potentiels et de rejet. Une présence qui passe beaucoup par la télévision. Une télévision qui est un média d’information autant qu’un médium de communication. Et pour qu’une information devienne une communication entre l’émetteur et les récepteurs, il faut une représentation symbolique juste et représentative des différentes composantes socioculturelles de la société québécoise.

    Le multiculturalisme médiatisé

    Le cas d’Hérouxville est symptomatique d’une crispation de plusieurs québécois face aux demandes multiples de groupes minoritaires au Québec. La vision de ses conseillers municipaux sur les « accommodations raisonnables » sociaux reflète une crainte, un danger et, dans une certaine mesure, d’une humiliation de ne pas se sentir respectés et considérés par des individus qu’on a accueillis et dont on souhaite une soumission aux valeurs et à l’esprit laïc de la société québécoise.

    Contrairement aux journalistes Yves Boisvert et Michel C. Auger de La Presse, je ne me moquerai pas de cette crainte légitime exprimée par les habitants de Hérouxville sur cette question sensible d’un certain multiculturalisme. Bien sûr, les lois canadiennes et québécoises prévoient l’égalité citoyenne, la dignité humaine pour TOUS LES CITOYENS, la liberté de conscience, de parole et de mouvement pour tous et pour toutes, tout en sanctionnant la soumission de la femme à l’homme, le crime d’honneur, l’excision et toutes les autres formes de barbarisme religieux anachroniques.

    Cependant, les réalités sociales, culturelles et politiques du monde rapportées par les médias du Québec et d’ailleurs, notamment depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, indiquent une polarisation antagoniste entre l’Occident et le monde arabo-musulman (l’Autre). Les multiples attentats contre des civils, les menaces envers l’Occident, les procès pour complot terroriste au Canada, en France, en Angleterre et en Espagne, les assassinats de Pim Fortuyn et de Théo Van Gogh aux Pays-Bas, les livres de femmes musulmanes telles Hayan Hirsi Ali et Irshad Manji qui dénoncent, dans des livres, à la télévision et dans journaux, le comportement barbare et régressif d’une frange de leur communauté.

    La perception des Québécois en ce qui a trait au multiculturalisme devient de plus en plus négative, au fur et à mesure où les groupes minoritaires et immigrants tentent, par des demandes qui vont à sens contraire de la laïcité, de l’égalité entre les hommes et les femmes et de le la mixité basée sur le respect mutuel dans l’espace public, de se soustraire de nos valeurs et de notre mode de vie.

    La responsabilité des médias demeure, à ce jour, importante dans la perception qu’ont les Québécois des demandes d’accommodement, lesquelles tendent vers un communautarisme régressif et une exclusion de la société d’accueil. Polarisant le débat vers une crispation des tendances, notamment en offrant une tribune démesurée aux extrémistes religieux (catholiques, islamiques et juifs), les médias réduisent non seulement la réalité à ce type de discours, mais teintent de façon fausse la réalité sociale du Québec, laquelle tend vers une tolérance exemplaire des différences culturelles acceptables dans une société guidée par la laïcité et les droits de l’Homme.

    Le multiculturalisme et ses limites

    Des droits de l’Homme qui doivent s’appliquer à tous et à toutes. Des droits qui s’accompagnent de responsabilités correspondantes. Pour donner un exemple, je citerai l’écrivain et essayiste québécois Neil Bissoondath qui, en 1995, a écrit un livre sur les délires du multiculturalisme au Canada, Le Marché aux Illusions, la méprise du multiculturalisme.

    Dans cet essai, l’essayiste né à Trinidad, arrivé à Toronto à 18 ans et vivant à Québec depuis plusieurs années, cite la famille Ignatieff (comme dans Michael Ignatieff) qui, arrivant de Russie après la révolution d’Octobre, s’est fondue à la vie canadienne, ajoutant à l’esprit russe le mode de vie canadien pour forger une nouvelle identité hybride et enrichie.

    La conclusion de Bissoondath est simple : la propension hystérique et irrationnelle des Canadiens – et des Québécois dans une moindre mesure – à offrir aux immigrants une vie sans adaptation marquée à la vie du pays (principe fondateur du multiculturalisme), déclenche deux attitudes chez eux. D’une part, elle déresponsabilise le nouvel arrivant sur son adaptation à la réalité du pays. D’autre part, elle stigmatise et légitime un communautarisme qui se rapproche du racisme envers la société d’accueil.

    Que personne ne s’offusque lorsque des parents juifs orthodoxes empêchent leurs enfants, pour des questions religieuses, de jouer avec des jeunes québécois (expérience vécue à répétition durant ma jeunesse), que des responsables d’institutions publiques ou communautaires permettent de transgresser notre vouloir vivre ensemble laïc en multipliant les agressions contre ces principes de mixité sociale, que personne ne réagisse contre la pratique odieuse du voilage des femmes semblent être très dangereux pour le tissus social québécois. Et d’une lâcheté condamnable.

    Et si je ne m’abuse, les gens de Hérouxville se sont courageusement élevés contre ceux qui, au nom de la liberté religieuse et du multiculturalisme, bafouent une réalité sociale et les acquis historiques d’une société qui ne souhaite pas revenir au temps des ténèbres. Un cri de fierté, d’orgueil et de dignité auquel j’ajoute ma voix de moderne qui croit en la raison, la liberté, le contrat social moderne et la responsabilité civique de chacun.

    Pas de liberté pour les ennemis de la liberté, et pas de tolérance pour les ennemis de la tolérance. Tel pourrait être leur leitmotiv. Alea jacta est

    Mots-clés : québec et Général

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  • 10 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Guillaume D

    Enfin !

    On vise au bon endroit ! P*tain.. il me semblait que ce débat ’pernicieux et délicat’ n’était pas à la bonne place. Ou plutôt, ce n’était fichtrement pas le bon débat ! Faudrait se rappeler c’est quoi vivre en société (urbaine et rurale tant qu’à y être)

    31 janvier 2007 | répondre | permalien
    • GG

    Je suis content de voir qu’ils y a des gens (à Hérouxville ou ailleur) qui prennent la peine de mettre les points sur les i, et qu’ils osent dire clairement ce qu’ils croient être et ce qu’ils veullent. Là c’est clair, et les autres savent à quoi s’en tenir.

    Mon opinion est que le multiculturalisme sera toujours un problème tant que nous ignorerons tout des autres cultures. Et nous ne pouvons pas nous fier aux médias pour nous instruire puisqu’il s’agit toujours de nouvelles à sensation. L’ignorance est notre première peur.

    De l’autre côté les immigrants doivent faire leur part pour s’intégrer. Nous savons tous qu’il est difficile de s’intégrer à un groupe si nous ne parlons pas des mêmes choses, que nous n’avons pas une tenue vestimentaire adéquate, que nos opinions sont trop différentes, etc. Eh bien, c’est la même chose pour eux. Il faut donc ne pas être trop critique, mais ils doivent s’aider et apprendre un français correct, adopter nos vêtements et changer un peu de mentalité...

    1er février 2007 | répondre | permalien
    • marcalainmercier

    • site

    Que pensez-vous de la parodie ? http://www.erouleville.com ...

    4 février 2007 | répondre | permalien
    • L’Œil du correcteur d’épreuve

    « [...] dans cette municipalité de 1337 âmes blanches et une âme noire nul ne peut lapider (sic !) une femme infidèle, que les hommes et les femmes sont égaux et que les signes religieux sont interdits dans l’espace public (école, hôtel de ville et autres places publiques). »

    Le mot « lapider » ne contient ici aucune coquille typographique ou de faute de français. Pourquoi y a-t-il « (sic !) » qui ne sert qu’à ça, mettre l’imprimeur et les lecteurs au courant que le mot qui précède doit être exactement comme l’auteur l’a écrit. L’expression latine qui signifie « tel quel » ne peut jamais servir d’interjection ni d’exclamation non plus.

    Si j’ai mal compris, dites-le moi.

    L’article est fort intéressant. Merci.

    4 février 2007 | répondre | permalien

    Dernier exemple de manipulation médiatique crasse sur le sujet des accomodements. À la radio de CBC franco, on a fait entendre la sortie de Jacques Proulx de Solidarité-rurale du Québec à “Tout le Monde en Parle” en la présentant comme un commentaire sur la « connerie » en cours à Hérouxville.

    J’ai écouté l’émission et la phrase cité a été coupée au montage pour en éliminer le début dans laquelle il était clair que c’était les médias qu’il accusait de connerie dans leur couverture de cette nouvelle. Il était bel et bien opposé à l’action des citoyens de Hérouxville mais la phrase présentée s’adressait carrément aux médias.

    C’est vraiment digne du ministère de la désinformation d’une république de banane. Ce dernier exemple d’abus confirme la dégénérescence en cours.

    But de l’opération : rappeler une nième fois jusqu’à quel point le Québec profond est « gnochon » tout en se lavant les mains de ses responsabilités. Un bel exemple de nation wreckingQuoi de neuf docteur ?

    Je résume...

    L’accommodement raisonnable ultime serait l’abandon de l’identité québécoise au profit du multiculturalisme.

    La manœuvre machiavélique de Trudeau avait alors hérissé Hubert Aquin : "On noie le poisson canadien français !" L’abération du bilinguisme "coast to coast" procède de même, le vol du référendum de 95 également.

    "Il n’y a pas d’élégance à être un bon perdant quand l’enjeu perdu est la liberté." - John Hay Whitney

    TFYQA

    6 février 2007 | répondre | permalien
    • ANONYME

    Mon cher Jean-François,

    Votre observation fait la démonstration, encore une fois, de l’attitude outrecuidante (message à Patrick Lagacé : mon Patrick, outrecuitant veut dire désinvolte et arrogant) du Canada anglais envers le Québec. De Toronto où l’essence québécoise est réduite aux pires clichés colonialistes régressifs, les incultes qu’on appelle les leaders d’opinions savent que le Québec s’en va en élections bientôt. Ils le savent sans doute avant les Québécois eux-mêmes, ce qui leur permet de déclencher les hostilités avant que la guerre ne soit déclarée par Jean "Desmarais" Charest. Rien de mieux qu’une violence psychologique pour tenter, une inième fois, de diviser les Québécois pour les réduire à une tribu primitive dont le nationalisme est, nous le savons tous (une touche d’ironie ici), intolérant. Et permettre aux libéraux de se faufiler entre PQ et ADQ pour reprendre le pouvoir qu’ils ne méritent pas.

    Une tactique - ou l’expression réelle de leur niveau de connaissance du Québec - que le journaliste et ex-ombudsman de Radio-Canada Mario Cardinal a relevée à plusieurs reprises dans son excellent livre coup de gueule "Il ne faut pas toujours croire les journalistes". When Canada is at stakes (quand le Canada est en danger), les règles ne tiennent plus. Il faut combattre le virus séparatissssssss en utilisant tous les moyens nécessaires, de la perfidie aux mensonges, de la rhétorique guerrière aux menaces les plus puériles, etc.

    Étant en guerre séculaire avec le Québec, les Canada anglais ne cherche toujours la faille qui lui permet de renforcer non seulement sa domination historique sur le Québec, mais qui conforte les Canadiens anglais que cette province est arrièrée. Ce qui est contraire à la réalité.

    J’avais pensé voter vert aux prochaines élections provinciale et fédérale. Je dois faire acte de contrition. Tant et aussi longtemps que la guerre n’aura pas été endiguée (l’indépendance du Québec), je devrai oublier mes énormes réserves sur les capacités d’André Boisclair et voter pour le seul parti susceptible de canaliser (et même ici j’ai mes doutes) les forces indépendantistes pour nous mener, une seconde fois (après le référendum volé de 1995 par les forces occultes du fédéral), à la victoire, décisive cette fois-là.

    Alea jacta est

    6 février 2007 | répondre | permalien
    • ANONYME

    Tôt ou tard la notion de « traître à la nation » refera surface face au vol du référendum de 95.

    Le droit d’utiliser cette notion a été légalement acquise grâce au jugement de la Cour d’appel du Québec dans l’affaire Hervieux-Payette. Cette grande leçon de droit civil aura pris 20 ans à se conclure et constitue un chapitre important de l’histoire judiciaire du Québec.

    L’extraordinaire coalition que le peuple québécois avait réussi à mettre en place qui permettait à Parizeau, Bouchard et Dumont de s’exprimer d’une seule voix serait aujourd’hui pour le moins improbable et souligne encore plus le déshonneur du vol de cet exercice démocratique pourtant exemplaire de la part du Québec.

    "Il n’y a pas d’élégance à être un bon perdant quand l’enjeu perdu est la liberté." - John Hay Whitney

    Nos maîtres ont sauvagement méprisé le peuple du Québec pour contrecarrer illégalement et frauduleusement cet unique rendez-vous avec l’histoire.

    Dans la vie d’une nation, ce genre d’ignominie est aussi dramatique qu’impardonnable ! Pas surprenant que l’on essaie de balayer le tout sous le tapis.

    Option Canada et la date des élections

    Le mépris n’aura qu’un temps !

    Les tyrans ne sont forts que par le silence de leurs victimes. - Michel de Castillo

    TFYQA

    6 février 2007 | répondre | permalien
    • jean-marc

    bonjour et merci monsieur le maire d herouxville de dire tous haut se que pense les quecbequois tous car on na ete acces tasser dans les coin que la on se la ferme mais pour combien de temp encor , il ya les englais qui on faite les lois au quebec affiche en englais nous produis ,et la nous on nais oubliger de faire se que eux veule dans un hopital a montreal qui a fait netoiyé la cantin passeque un ambulancier la personne ne parle de sa et pourtan ces un leux publique non,et de donner des temp de prié et nous on doit enlené nos croix dans nous ecole et quoi encor ,il est temp que le gouvernement face quel que chose la j aimerais savoir can tu recais ta citoin canadienne il devrais vivre comme nous , non , pourquois il choix til le canada paseque il peuve reproduire se quil fuis dans leur pays mais si il ne son pas bien dans leur pays pourquois le reproduire ici quil retourne faire leur religon la bas non au leux de nous inposer leur religon ,a l imigration il devrais dit qui ici onvie comme ca si sa te plais reste si non va en ontario ou a une place qui va vivre comme sa non .... merci herouxville et si vous avec besoin de fidelle on nais la nours notre maire est troup occupé pour faire de l $$$ maire de trois-rivieres...

    8 février 2007 | répondre | permalien
    • Sylvain Bélanger

    C’est jamais ce qu’on fait qui importe mais bien la raison pour laquelle on le fait. Et faire les choses par ignorance, peur, manque d’éducation ou haine a rarement été une bonne idée. Des préoccupations faces à l’immigration peuvent être bien justifiées mais peu peuvent agir avec un esprit éclairé. Et ca semble pas le cas à Hérouxville... A tous ceux qui sont en admiration avec les règles de vie de Hérouxville, quand avez vous parlé à un immigrant la dernière fois ? Sortez, voyagez, enrichissez votre esprit... Vous allez cesser de craindre l’inconnu et vous allez comprendre mieux la situation de l’immigration au Québec. "On ne discute du goût des huitres qu’avec ceux qui ont déja gouté" (Proverbe Russe...)

    15 février 2007 | répondre | permalien
    • mm

    zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

    16 mars 2007 | répondre | permalien

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