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    Gaz de France partenaire dans une manipulation de l’opinion publique québécoise ?

    le 28 octobre 2007 | 918 visites | 3.70 / 5 | 3 commentaire(s)
    Gaz de France partenaire dans une manipulation de l'opinion publique québécoise ?
    photo : gnackgnackgnack

    Le gouvernement du Québec vient de donner le feu vert à la construction d’un terminal méthanier qui va défigurer un ensemble paysager et patrimonial reconnu parmi les plus émouvants du pays et du continent.

    Le gouvernement du Québec vient de donner le feu vert à la construction d’un terminal méthanier qui va défigurer un ensemble paysager et patrimonial reconnu parmi les plus émouvants du pays et du continent. Or, le projet né d’un consortium formé des entreprises Gaz de France, Gaz Métro et Enbridge ne répond nullement aux besoins énergétiques du Québec mais il aura un impact majeur sur son patrimoine paysager s’il devait se concrétiser, selon le réputé historien de l’art Michel Lessard.

    Le dernier obstacle administratif auquel faisait face le projet, la conformité à la Loi sur la protection du territoire agricole québécois, a été levé malgré que la commission chargé de voir à l’application de cette Loi ait recommandé de ne pas dézoner les terres où sera construit le terminal.

    Dans un document qu’il a fait parvenir au premier ministre du Québec et à plusieurs médias québécois en septembre dernier, Lessard, écrit qu’« amorcer la gangrène industrielle lourde dans un tel site tout à fait en dehors de la trame continue du port de Québec (à 10 km en aval de celui-ci), témoigne de la très grande pauvreté culturelle et du piètre engagement environnemental de nos élites économiques et politiques, à l’heure du développement durable. » Lessard rappele que le site choisi par les promoteurs fait parti d’un panorama naturel et culturel unique et exceptionnel, nationalement et mondialement reconnu.

    Pour Lessard, « implanter une borne d’accostage hideuse, de 600 mètres, en bordure du chenal, pour y recevoir de gros méthaniers ventrus, de 150,000 tonnes, dangereux, bruyants et sur éclairés, ériger une usine de gazéification polluante, équipée de torchères hirsutes et de gros réservoirs clinquants et disgracieux de 46 mètres de haut en plein territoire agricole habité depuis une quinzaine de générations (...) apparaît comme une totale aberration et ce, même pour des esprits éclairés favorables au progrès économique. »

    Le terminal Rabaska, du nom de l’entreprise formée par le consortium, emploiera tout au plus une trentaine de personnes. Or, le projet aurait très bien pu être installé à Cacouna, en aval de Québec, qui a été aménagé spécialement pour servir de port méthanier à la fin des années soixante. Un projet de partenariat avait même été envisagé avec un autre projet de port méthanier à Cacouna, mais la gourmandise financière d’un des promoteurs du projet Rabaska l’aurait fait échoué.

    L’ancien président d’Hydro-Québec, André Caillé, à la tête aujourd’hui d’un organisme international d’évaluation en matière énergétique, a reconnu que le Québec n’a pas besoin de gaz naturel. Les deux ports méthaniers sont construits pour servir ses voisins américains qui ne veulent pas de l’implantation de ces dangereux postes à gaz sur leurs propres littoraux, sinon à plusieurs kilomètres off shore.

    Curieusement, au moment où les États américains refusent d’accueillir chez eux, en Californie et sur la côte atlantique, ces entreprises dangereuses et polluantes, écrit lessard, les projets de ports méthaniers se multiplient dans les provinces maritimes canadiennes et au Québec.

    Pour l’historien de l’art, Gaz de France a joué un rôle déterminant dans la décision du gouvernement du Québec. Cette entreprise de l’État français, maintenant associée à la multinationale Suez, possède les contrats d’approvisionnement en Afrique du Nord. C’est elle qui transportera éventuellement la matière combustible et explosive sous pression dans le Saint-Laurent avec ses méthaniers construits, selon sa technologie, à Saint-Nazaire. C’est elle ensuite qui pompera 40% des profits dans le consortium Rabaska. Suez-Gaz de France possède de gros investissements dans la production d’énergie sur la côte Est des États-unis, du Maine à la Floride. Elle a donc besoin de pouvoir approvisionner les établissements assurant cette production. Pour l’entreprise française, cette aventure dans son ancienne colonie signifie des milliards de dollars de bénéfice, une mine d’or.

    Certains financiers majeurs du Québec ont investi dans Suez-Gaz de France, notamment la famille Desmarais comme le signalait avec précision Le Canard Enchaîné, édition du 5 septembre 2007. Monsieur Desmarais était présent à la fête privée qui a suivi l’élection du président Sarkosy et il est de notoriété publique qu’il fait partie du cercle des intimes du président de la France.

    Lessard n’est pas tendre envers le président français : « il a dû sourire d’aise, monsieur Sarkozy, grand ami des Desmarais quand on lui a annoncé, à ce repas privé, que le Québec s’inclinait devant les desideratas de nos cousins français et de certains bailleurs de fonds de son élection à la présidence. Le cadeau de la France pour le 400ième de Québec, comme plusieurs l’ont souligné avec un brin d’humour triste... »

    S’il se réjouit du dynamisme de nos gens d’affaires qui contribuent à notre prospérité et notre qualité de vie, Michel Lessard leur reproche leur très grande pauvreté culturelle. Rabaska est pour lui le dernier exemple en ligne au Québec d’une longue liste de gâchis où toutes les fonctions sont brassées dans des alignements et des architectures gênants et honteux. Il faut dire que le Québec n’a ni politique de protection des paysages et des littoraux, ni politique du patrimoine.

    Le GIRAM, un groupe régional de sensibilisation en écologie et en patrimoine, a découvert que la plupart des mémoires favorables au projet Rabaska présentés devant le Bureau des audiances publiques sur l’environnement (BAPE), un organisme public chargé d’examiner les projets économiques qui peuvent avoir un impact sur l’environnement qui avait accepté le projet Rabaska, étaient en grande partie des textes copiés collés rédigés par des agences ce communication au service du projet. Les citoyens n’avaient qu’à signer et à remettre à un messager qui se chargeait de les acheminer à la commission du BAPE. Certains de ces mémoires auraient même été signés par des citoyens bidons.

    Il semble que le consortium a dépensé d’importantes sommes d’argent dans une vaste opération de relations publiques visant à donner l’impression que la population de la région était favorable au projet.

    Par ailleurs, le BAPE n’a pas tenu compte de la dimension patrimoniale du projet et la Commission des biens culturels du Québec, un organisme public chargé de conseiller le gouvernement du Québec, n’a pas été invitée à émettre un avis.

    La première levée de terre du projet Rabaska aura lieu en juin 2008, si tout va bien. Le directeur de Rabaska inc, Glenn Kel­ly, a en effet admis que cer­tains ­ports méthaniers ne ver­ront ja­mais le ­jour, par­ce qu’ils n’au­ront pas ac­cès au gaz dis­po­ni­ble. On se demande bien dans ce cas pourquoi avoir choisi, comme emplacement d’un de ces projets de port méthanier, un lieu patrimonial unique au monde.

    Publie.ca!
    Mots-clés : france , québec , Économie et Pauvreté

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  • 3 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Le Québec n’a ni politique de protection des paysages et des littoraux, ni politique du patrimoine.

    C’est clair que ca n’aide pas.

    Je comprend mieux maintenant pourquoi dans les laurentides je n’avais pas d’acces a un grand lac entouré tout au tour de propriétés privées et d’une plage "publique" payante, cloturée et souvent fermée.

    29 octobre 2007 | répondre | permalien

    Bonjour monsieur Monette,

    Bel article éclaircissant de plus en plus les enjeux de ce projet qui représente un affront aux processus démocratiques de notre province.

    Ce dossier me fait penser au projet de prolongement de l’autoroute 30 sur la Rive-Sud de Montréal. Un dossier de désinformation par un lobby sans pareil, illogique, crapuleux, dans lequel les citoyens se font toujours "baiser" par en arrière, sans pouvoir se protéger.

    Nous aussi nous avons eu des audiences publiques (BAPE) en 2002 du temps de monsieur Boisclair comme ministre de l’environnement. Puis, Thomas Mulcair a eu ce dossier entre les mains (juste avant la patente du mont Orford) avant sa démission. Après que le BAPE ait produit son rapport (qui favorisait le tracé de 8.8 km en zone agricole au sud de St-Constant à celui de 7 km sur la route 132). Il y a eu une élection provinciale sur cet enjeu. Le député libéral Jean Dubuc avait mis ce dossier au coeur de ses promesses électorales. S’il était élu : l’autoroute allait passer dans le champ plutôt qu’au coeur de nos quatre petites villes de banlieue. La magouille voulait un projet comme l’autoroute Décarie à Montréal entre le nord et le sud de Candiac, Delson, St-Constant et Ville Sainte Catherine (sous le niveau zéro du fleuve avec 4 stations de pompage). Une affaire de science fiction, presque. Au lieu de continuer cette voie de contournement des matières dangereuses à 100 km/heure, qui passe dans le champ depuis Sorel encore un petit bout dans le même champ volé jadis à mes amis de Kahnawake. Et il a été élu avec 937 voix de majorité dans ce château fort péquiste. L’autoroute allait passer en zone verte. Le bon sens était là de nombreuses manières.

    Par la suite il y a eu d’autres audiences publiques pour décider du rond-point qui allait faire passer cette voie de contournement de Montréal loin des résidences. Or imaginez qu’un millier de mémoires ont été présentés au BAPE, dans cette vague de désinformation, un peu comme dans le projet Rabaska, tous avec l’intention d’invalider les premières audiences et retourner en arrière sur le processus démocratique qui avait eu lieu.

    Aucunement, jamais, il n’avait été question de remettre ce dossier sur la table. Jamais il n’avait été question de construire 2km au cout de 55 millions de dollars entre Candiac et Delson, JAMAIS. Je parle ici d’un détournement de fonds qui a eu lieu sous nos yeux et contre lequel je me bat depuis 2003. Informez vous ! Des milliers de citoyens savent que ça n’a aucun sens ce qui est arrivé dans notre région. Rappelons que dans ce cas précis on parle d’un projet qui bloque (niaise) depuis 1968. Dans lequel des dizaines de commerçants ont été expropriés trente années avant les débats. On a dans les faits maintenu cette région en état d’incertitude, empêchant son développement de l’intérieur. Et à la fin de tout le débat, selon les structures les plus démocratiques qui soient, on fait quand même ce que l’on ne voulait pas.

    Or, pour revenir à votre article, certains mémoires ont même été signés par des enfants (très cultivés) ! Des cultivateurs qui se sont mis à écrire comme François Ricard !

    Récemment, dans le journal le devoir, on essayait de faire un lien biscornu entre le projet Rabaska et l’autoroute 30. Ma réponse à cet article dénonce le jeu que l’UPA et la CPTAQ. Ils sont, du moins dans ce dossier que je connais très bien, les pires désinformateurs qui puissent s’organiser pour « fourrer le peuple » et cela irrémédiablement par cette magouille.

    Il faudrait publier un article de fond sur cet autre dossier — en faisant un lien avec les autres « non sens » comme celui que vous présentez ici —. Il faut que l’on dénonce le plus tôt possible, fortement, ces viols flagrants de notre démocratie. Afin de trouver un moyen, définitif, pour éviter que les intérêts de certains petits groupes d’individus (ou personne morales) ne viennent détruire ce que nous, les membres de la communauté, les propriétaires, désirons collectivement.

    Ha oui, dans l’autre dossier, il est aussi question d’une entreprise française, La Lafarge, qui aide à la désinformation.

    « Je te bloque ; tu me débloques. Et on fourre tout l’monde des deux côtés. »

    On va finir par comprendre, je crois !

    29 octobre 2007 | répondre | permalien

    Bon enfin,

    Le Ministre Jean-Marc Fournier vient de faire taire (j’espère) les opposants qui se battent envers tout bon sens pour désinformer et servir les intérêts privés à l’encontre même de ceux de la communauté.

    Je vous laisse un lien vers un blogue que je viens d’écrire pour répondre à Monsieur le ministre Fournier.

    Ça c’est un bon sujet pour Centpapiers... dans lequel il faudra que ça passe ou [...] que ça casse ! Ça fait trois ans que je dis la même chose que le ministre dit aujourd’hui.

    D’après-moi on l’tient notre poi$$on.

    charlesmarsan.blogspot.com

    19 novembre 2007 | répondre | permalien

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