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    • Richard Patrosso
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    France : Un Pays sans Gouvernement, ni Parlement

    le 9 juillet 2007 | 241 visites | 3.17 / 5 | 1 commentaire(s)

    Il n’y a pas de mal à ce que Nicolas Sarkozy soit visible. S’il apparaît omniprésent, c’est :
    - premièrement parce que Jacques Chirac était comme fantôme, inexistant ;
    - deuxièmement parce qu’il dispose d’un certain « état de grâce » suite à son élection qui est toute récente ;
    - troisièmement à cause du Monde de la communication de masse dans lequel nous vivons désormais.

    La situation française actuelle, que dénoncent certains, est donc d’abord due au style chiraquien de la Présidence dont nos consciences ne sont pas encore sorties. Et c’est logique : on n’efface pas douze ans de quotidien en quatre tours d’élections déroulés en moins de soixante jours. Par son manque de charisme, Jacques Chirac a tué les institutions de la Cinquième République. Par son dynamisme naturel, Nicolas Sarkozy, lui, ne les respecte pas. Il ne s’agit pas de dictature ou de troisième empire. La France n’est pas en danger. Seulement, au cours des cinq années à venir, la situation changera naturellement.

    D’abord parce que si la démocratie veut que nous choisissions un représentant à un instant t pour un certain nombre d’années, l’humeur commune de la société change avec le temps. Et ce qui était apprécié hier peut être détesté le lendemain. C’est pourquoi Nicolas Sarkozy a la légitimité du suffrage universel, mais qu’il n’aura plus la légitimité populaire dans quelques mois. Le vent -comme toujours- tournera. Il lui faudra alors négocier avec « la rue ». Celle-là même qui « ne gouverne pas », comme dirait l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin. Mais, parce que nous sommes dans une démocratie représentative, c’est « la rue » qui vote. Il faut donc entendre et négocier avec la rue. C’est là que le Parlement -représentation nationale- et le Gouvernement -représentant de cette représentation- entrent en jeu. Ils sont donc indispensables au fonctionnement démocratique de la société. Et le Président de la République devra « arbitrer » - comme le veut le cinquième article de la Constitution de 1958- et non « gouverner ». C’est le Gouvernement qui gouverne. C’est le Président qui arbitre. Chacun son rôle.

    Le problème, c’est que les Ministres (à commencer par le Premier d’entre eux !) ne dégagent aucun charisme nécessaire pour être respecté et remplir pleinement sa fonction. Ce n’est plus un Gouvernement, mais un casting de figurants. L’ouverture donne l’impression que les Ministres, qui ne sont pas de Droite, ne sont pas les vrais. Ils n’ont aucune légitimité dans les consciences. Les députés de la majorité doivent tous leur élection à Nicolas Sarkozy. Ils sont donc dépendants de lui jusqu’à apparaître comme des domestiques et non comme des législateurs. Tout cela amène le Président à être omniprésent. Et par son omniprésence, Nicolas Sarkozy efface encore plus le Gouvernement et le Parlement. Ce ne sont plus les Ministres qui s’expriment, mais les conseillers de l’Élysée qui commandent en donnant des interviews. S’ils pourraient paraître légitimes puisque choisis par un homme élu au suffrage universel direct, ils ne le sont pas car ils n’ont pas la confiance de l’Assemblée nationale, qui représente l’ensemble des citoyens.

    Pour sortir de cette situation sans précédent et qui ne mène à rien, il faut donc soit changer de Gouvernement et dissoudre l’Assemblée nationale : ce qui serait ridicule puisque nous sortons d’élections. Soit changer la Constitution pour un régime présidentiel à l’américaine : ce que fera peut-être le Chef de l’État dans les prochains jours, mais qui s’avèrera alors catastrophique sur le long terme.

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    Mots-clés : france et Nicolas Sarkozy

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  • 1 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Richard

    Analyse avec laquelle j’adhère volontiers. Plusieurs en France qualifient la présente situation politique en France de monarchie républicaine. Pour avoir déjà traité de cette question, en tant qu’observateur étranger, je m’inquiète de la tendance qui voudrait qu’il n’y ait qu’un président - modèle américain - qui soit l’hypergestionnaire de l’État. Il ne faut pas oublier l’équilibre du pouvoir aux États-Unis : l’exécutif, le Sénat et le Congrès. Si le président de la République française occupe tout le territoire, où se trouvera alors cet important équilibre de la balance du pouvoir ?

    Il m’apparaît clair que monsieur Sarkozy souhaite régner en maître absolu afin de mener à terme la rupture qu’il souhaite tant et les réformes promises. Cela ne durera qu’un temps. Un gouvernement par contre affaibli - sans Premier ministre articulé et délégataire d’une autorité morale - pourrait mener à des dérives regrettables. La première loi présentée au Parlement et défendue par Rachida Dati soulève déjà une controverse. Sans opposition, toutefois, que vaudront en l’état ces controverses et comment une population, qu’elle vienne de la rue ou non, pourrait-elle commander des amendements à cette loi si tous les députés d’obédience UMP n’agissent pas en leur âme et conscience, puisqu’ils forment une majorité écrasante ? La voix du peuple ne sera plus entendue qu’en sourdine au parlement.

    Monsieur Sarkozy est une personne gourmande, je crois. L’appropriation du pouvoir absolu n’est pas une bonne idée. La déstabilisation de l’opposition, qu’elle soit de gauche, du centre ou de la droite, voire même son annihilation complète, démontre un manque de vision et de clairvoyance. L’avenir confirmera mes appréhensions en la matière. Puissé-je avoir tort.

    La question fondamentale qu’il faut se poser, en conclusion, est la durée de la lune de miel entre le peuple qui a voté UMP et la présidence même, puisque, comme vous l’indiquez bien, le gouvernement n’est que faire-valoir et totalement exclu des grandes décisions de l’État. Et lorsque cette lune de miel sera compromise, comment sera gérée la première vraie crise du gouvernement, cette fois ? Bien sombres perspectives.

    Enfin, réfléchissons aux premiers échecs que subira Nicolas Sarkozy, que ce soit sur son propre territoire ou en Europe ou dans la gestion des affaires étrangères. Le peuple pourrait, à son tour, refuser sa grâce au président, pour marquer sa rupture avec son style et sa gestion.

    Comme disent nos voisins américains, wait and see.

    Pierre R.

    9 juillet 2007 | répondre | permalien

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