
Le cinévore que je suis a manqué de s’étouffer de dépit, affalé sur un siège moelleux d’un cinéma de Montréal. Les risques du 7e art, quand on ne prête pas assez attention au menu.
L’arête qui m’a raclé la gorge, c’est le film Feu à volonté, traduction de Shoot’em up.
Je me demande encore comment la plantureuse Monica Bellucci a pu se perdre dans ce navet à peine digne d’un menu de cantine. J’ose espérer que le réalisateur signe ici un film sous couvert du second degré.
Comme son nom l’indique, ça flingue à tout va, et les corps des méchants s’entassent comme les poubelles un jour de grève des éboueurs à Naples. Il faut donc aimer le sang qui gicle, et le bruit, les révolvers étant plutôt bavards dans les films US. L’histoire ? Aussi épaisse que du papier à cigarette. Je vous résume. Un mec viril et solitaire protège un nouveau-né qu’un méchant convoite, car un sénateur américain a besoin de sa moelle épinière pour survivre. Le problème, c’est que l’élu en question veut légiférer sur la vente des armes à feux, ce qui n’arrange pas les affaires d’un gros fabricant de pistolets qui tuent des gens. D’où le fil rouge du film : occir le bambin pour tuer le vioc. Je vous avais prévenus, on est à marée basse côté scénario.
Mais le gentil et ténébreux Clive Owen (pour vous les filles) n’a que faire du mioche, lui qui bouffe des carottes à longueur de journée. Oui, c’est aussi un film écolo, ce qui ne rend pas pour autant le héro aimable. Ceci dit, il est doté d’un regard d’aigle, d’où sa précision chirurgicale une arme à la main.
Alors il confie le nouveau-né à une pute, qui joue les nourrisses pour des bébés de 40 piges. Allez viens téter maman… Remarquez, si la nurse ressemble à cette panthère de Monica Bellucci, je veux bien enfiler des couches et faire « Areuh ».
Les choses se corsent quand les méchants se lancent à la poursuite de la bimbo sensible (si si, elle pleure à un moment) et de la brute au grand cœur, même si, pour des raisons de suspens, on ne le remarque pas tout de suite.
Donc, bugs bunny Owen va trucider le grand méchant loup et ses sbires, au prix de cascades et de pirouettes qui frôlent l’absurde à défaut de défier l’apesanteur. Il dégomme par exemple une meute de salauds avec son pistolet tout en forniquant avec son Magnum plein de poils, Monica prêtant à peine attention au déluge de feu qui manque de lui perforer les mamelons. Et, comble du surréalisme, le héros effectue parfois des cascades d’ovnis avec le môme dans les bras. Et devinez quoi ? Et bien, le rejeton n’a même pas une égratignure. Il vient de naître à la vie et il est déjà un warrior. C’est à se demander si sa mère - dégommée au début du « chef d’œuvre » d’une balle dans la tête - ne s’est pas gavée d’épinards pendant sa grossesse.
Je vous ferai l’économie des répliques à deux piasses qui sont censées faire rire. C’est téléphoné d’avance, et aussi succulent qu’un coussin péteur.
Moi, je dirai que ce film m’a troué le cul, cribblé qu’il a été par autant de balles navrantes. A défaut d’un film d’action innovant ou euphorisant, j’ai assisté à une histoire décousue, avec la violence gratuite pour personnage principal, et le générique pour exutoire.
Donc, je vous invite à faire des économies en vous abstenant d’aller voir ce « machin ». En plus, on devine à peine la nudité de la belle Monica et ses faux airs de Joconde que Léonard de Vinci n’aurait pas renié. Un peu de coquetterie aurait sans doute sauvé cette production du néant.
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