Refaire à l’identique le Manège militaire de la Grande Allée, détruit par un incendie majeur, n’est pas forcément la meilleure décision.
L’incendie qui a détruit le Manège militaire de Québec dont la façade donnait sur Grande Allée est un dur coup. On imagine difficilement l’endroit sans ce monument, dont la valeur architecturale avait été reconnue à juste titre par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada. Pourtant, ce ne serait pas le premier bâtiment ayant marqué l’histoire architecturale - outre l’histoire militaire, culturelle et sociale - à disparaître.
Pourquoi tant de hâte à demander la reconstruction à l’identique ? Ne pourrait-on pas prendre un peu de recul ? N’y aurait-il pas une alternative plus adaptée aux besoins actuels du secteur où se dressent les ruines malheureuses, comme se le demande avec justesse la présidente du Conseil des monuments et sites du Québec, Louise Mercier ?
Québec a ce curieux don de vouloir figer dans le temps tout ce qui se situe à l’intérieur d’un périmètre considéré comme « historique » et à laisser à peu près n’importe quoi se construire à l’extérieur de ce périmètre. Nous manquons sérieusement d’une vision qui saurait combiner le passé, le présent et le futur pour faire évoluer notre ville globalement vers ce qu’il y a de mieux pour l’ensemble de ses citoyens.
Le plus absurde, c’est la propension à agir à coup de dictats lancés par médias interposés. L’actuel maire de Québec- qui n’est pas le seul à utiliser les médias pour faire pression sur les gouvernements provinciaux et fédéraux - exige ainsi la reconstruction rapide du manège militaire. Pourtant, c’est ce même maire qui a mis fin au projet de L’Îlot des Palais, un projet qui avait justement l’audace de combiner le passé, le présent et le futur.
Ne pas préserver à tout prix
Je vais vous étonner, mais je suis assez d’accord avec l’idée, prônée par le maire de Québec, de retrancher la côte d’Abraham des limites de l’arrondissement historique pour pouvoir remplacer ce qui reste de l’Église Saint-Vincent-de-Paul par un projet architectural qui aurait le génie de faire la transition entre les vieux murs et le quartier Saint-Roch tout en bas qui attend encore qu’on reconnaisse toute son importance dans l’histoire de sa ville.
Saint-Roch - je le sais puisque j’y vis - est le quartier à travers lequel on passe à toute vitesse pour aller passer ses journées dans les bureaux de la Haute.
Trêve de parenthèse, ils sont nombreux des quartiers de Québec laissez pour compte d’une lutte politique qui n’a pas fini de s’étirer entre les élites des anciennes villes. Peut-on cesser ces enfantillages et enfin s’atteler à l’essentiel : un plan d’ensemble où chaque partie de la Ville a sa place, complémentaire de celle des autres, dans un développement qui vise résolument la qualité de vie de tous les habitants.
Présentement, je m’excuse auprès de mes concitoyens de l’image, Québec a l’air d’une poule sans tête qui s’agite frénétiquement en attendant de tomber dans l’oubli.
L’alternative : une consultation suivie d’un concours public
Il est tout à fait légitime de faire preuve d’une grande prudence dans le périmètre historique de Québec. Mais en même temps, figer un paysage urbain dans le temps n’est pas non plus une solution. Il n’y aurait jamais eu le Château Frontenac, ni l’Édifice Price - deux joyaux architecturaux de Québec, si on avait voulu à tout prix préserver le bâti de leur époque.
Tout le monde politique saute dans le train du maire Labeaume parti à toute vitesse dans une direction sans même prendre le temps d’examiner d’autres possibilités. Pourquoi tant de hâte ? Ce n’est pas le premier dossier où Régis Labeaume bouge plus vite que son ombre. C’est peut-être une attitude efficace dans le domaine des affaires, mais c’est drôlement irrespectueux des institutions démocratiques.
Le ministère de la Défense va sans doute céder à la pression politique et c’est dommage. Ottawa pourrait prendre le temps de consulter la population sur une possible vocation non militaire des lieux et par la suite lancer un concours public d’où sortirait un projet digne de la richesse historique des lieux, mais adapté aux besoins actuels de Québec.
Il est vrai que c’est plus long qu’une ligne de presse écrite alors que la fumée sortait encore des ruines.
/BOUCLE_video>Michel,
Je comprends votre point de vue, mais je dois dire que dans ce cas, il serait triste de voir disparaître ce monument historique. Je m’explique : Montréal fut la victime de feux majeurs dans le passé et aussi de mauvaise gestion de restauration de l’architecture. Ce fut l’objet de plusieurs de nos cours dans le temps quand j’étudiais l’architecture. C’est pourquoi aujourd’hui Montréal compte si peu de quartiers historiques. C’est aussi pourquoi le coeur de la ville de Québec est si beau et unique en Amérique du nord. Nous sommes les seuls à avoir cet héritage architectural français sur tout le continent.
Je pense qu’on devrait le reconstruire selon les plans originaux tout en modifiant les usages qu’on en fait et faire des modifications pour joindre les autres composantes environnantes comme St-Roch.
Amicalement
Ce que je trouve triste dans cette affaire, c’est que tout se passe à vitesse grand V. La présidente du Conseil des monuments et sites du Québec est la seule qui a eu le courage de poser publiquement la question et proposer qu’il puisse y avoir une alternative. On pourrait tout aussi bien construire là un ensemble architectural qui deviendra historique et qui même rendrait hommage à l’architecte qui a dessiné le Manège. On pourrait même décider de faire un jardin exceptionnel sur les lieux où se dressent les ruines en ce moment.
Toutes les options devraient être sur la table, y compris une reconstruction de l’enveloppe à l’identique avec un intérieur qui aurait changé de vocation (par exemple, des locaux pour les ministères qui vont quitter d’ici quelques années les édifices que vient de vendre la Société immobilière de Québec.
Pour ce qui est du quartier Saint Roch, on y a fait de belles réalisations urbanistiques et même architecturales, mais c’est limité aux zones commerciales à l’est des rues Dorchester pour le boulevard Charest et de la Couronne pour la rue Saint-Joseph (à une ou deux exceptions près) ; ailleurs, on tarde à s’occuper des zones résidentielles qui ont l’air, dans certains cas, de véritables lieux sinistrés. Il y a plusieurs espaces inoccupés où on pourrait construire des coops d’habitation, il y a aussi beaucoup de petits édifices et de petites maisons à rénover sans pour cela chasser ceux qui y vivent, il y a aussi un plans de circulation automobile à revoir entièrement pour décourager la circulation de transit dans les rues résidentielles, le pavement des rues laisse aussi à désirer, le mobilier urbain (par exemple, des jardinières urbaines) est inexistant, nulle part on rend hommage aux pionniers de ce quartier ouvrier (on aurait pu profiter de la construction neuve qu’on s’apprête à faire du côté est de la Bibliothèque Gabrielle-Roy pour y incorporer un centre d’interprétation de l’histoire de Saint-Roch, comme je l’ai proposé à la dernière rencontre publique sur le plan du quartier).
En somme, beaucoup reste à faire, mais la volonté politique n’y est pas. On préfère faire des « shows de boucane ».
Michel,
J’ai eu la chance d’habiter Limoilou pour un certain temps que j’ai bien aimé. Je dois dire que le quartier Saint-Roch semblait être bizarrement développé et sous-financé comparé aux autres quartiers environnants.
Évidemment que selon notre religion capitaliste, l’argent ne va pas aux défavorisés et leurs quartiers, mais bien là où l’argent se trouve et rapporte le plus.
Donc au lieu de mettre en valeur toute la ville, on fait de l’urbanisme à trente sous.
Mais je constate qu’il y a encore des citoyens bien engagés comme vous dans leur communauté et je vous lève mon chapeau pour cela !

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