Cela commencerait-il à sentir le roussi pour Rachida Dati ?
Son image personnelle continue de se dégrader, la révélation de sa liaison avec l’un des grands patrons du CAC 40, n’aidera probablement pas à conforter la légende de petite fille pauvre, juste travailleuse et méritante (allez savoir pourquoi, d’ailleurs...). Les journalistes people continueront sans doute à vérifier une biographie officielle qui comporte quelques incohérences, mais ce n’est pas l’objet de cet article.
C’est surtout la gestion calamiteuse de son ministère qui a fait quasiment l’unanimité contre elle.
On se souvient des démissions en série de ses plus proches collaborateurs, de l’annonce récente d’une franchise sur l’aide juridictionnelle démentie par F. Coppée, de la brutalité de la féminisation des procureurs sans aucunement tenir compte des situations personnelles des magistrats encore en activité.
Mais c’est évidemment la mise en place de la nouvelle carte judiciaire qui soulève un tollé, y compris dans les rangs de la majorité. Outre les critiques résumées dans mon article précédent, il apparait de plus en plus que suppressions et maintiens de tribunaux d’instance se font au gré d’accointances politiques, violemment dénoncées par A. Montebourg dans son intervention visible ici.
Des informations révélées par des sources diverses indiquent qu’il y a, semble-t-il, une volonté particulière du pouvoir de protéger R. Dati.
On apprend ainsi, par le Nouvel Observateur, que des fonctionnaires des renseignements généraux ont rendu visite à des magistrats afin de les dissuader de participer à la journée de mobilisation du 29 novembre... [1] Le media du Web, Bakchich, révèle que la Fédération UMP des métiers du droit et de la justice a adressé un mail à ses adhérents pour qu’ils interviennent lors du passage de la Garde des Sceaux à l’émission de Jean-Jacques Bourdin, sur RMC, jeudi 22 novembre, en posant de manière « masquée » de bonnes questions, bien orientées, du genre « Que comptez-vous faire pour les délinquants sexuels ? ou « Les manifestations de magistrats sont-elles bien compatibles avec leur statut ? ». L’auteur de l’article précise que les « amis » de R. Dati ne se sont pas bousculés...
Les caciques de l’UMP continuent officiellement, et les dents serrées, de lui assurer leur soutien indéfectible. Même le"patron" vient de lui donner un coup de main évident en choisissant la date de la grève des personnels judiciaires pour ses annonces relatives au pouvoir d’achat, manière de reléguer le mouvement au deuxième plan médiatique...
« On » cherche bien à sauver le soldat Dati envers et contre tout, peut-être pas seulement en raison de sa proximité personnelle avec le chef de l’Etat.
Il y a, en effet, un enjeu politique et symbolique essentiel derrière cela. Il serait en effet catastrophique que les ministres choisies pour leur jeunesse, leur appartenance au sexe dit « faible » et pour « représenter la diversité » se révèlent toutes incompétentes. Ce serait d’une gravité extrême car, d’une certaine manière, on prouverait, symboliquement, exactement le contraire de ce que l’on voulait démontrer, à savoir que les personnes issues de l’immigration africaine et nord-africaine ont toute leur place au sein de la République, y compris aux plus hauts postes de l’Etat...
Or si R. Dati fait l’objet de toutes les critiques, Rama Yade vient de subir un camouflet invraisemblable en n’étant pas invitée à accompagner le chef de l’Etat en Chine au motif à peine dissimulé qu’elle risquait d’y commettre des bourdes (là, ce n’est pas le Darfour, il ne s’agit pas de rigoler, il y a des achats d’Airbus à la clé...). Quant au « plan anti-glandouille » de F. Amara, pas de chance, les jeunes de Villiers-le-Bel ont, hélas, montré qu’ils pouvaient trouver tous seuls de quoi s’occuper. Cette affaire vient au plus mauvais moment rappeler qu’il y a urgence et que l’on attend toujours de savoir en quoi le fameux plan pour les banlieues va consister. Si l’on prend le cas d’une autre femme ministre, Christine Lagarde, (la spécialiste des notes de service rédigées en anglais à ses collaborateurs), et qui n’est plus, parait-il, en odeur de sainteté, on comprend bien que sa disgrâce éventuelle n’aurait pas du tout la même valeur symbolique que celle de R. Dati, R. Yade ou F. Amara. Alors, faut-il sauver le soldat Dati pour sa valeur symbolique ? C’est une hypothèse.
Il en est une autre, plus tordue : R. Dati dont on connait à la fois les liens personnels avec Sarkozy et le caractère vindicatif, sait « beaucoup de choses ». Cela éclairerait d’un jour nouveau son parachutage dans le 7e arrondissement de Paris : une compensation de son éviction future du gouvernement ?
Mais ce n’est qu’une construction totalement romanesque et toute ressemblance avec des personnages ayant existé, etc, etc, etc....
http://tempsreel.nouvelobs.com/
http://www.bakchich.info/article2037.html
http://www.agoravox.tv/article.php3 ?id_article=19325
http://www.agoravox.fr/article.php3 ?id_article=31990
/BOUCLE_video>[1] Le 29 novembre, le Syndicat de la magistrature et trois syndicats de fonctionnaires judiciaires (Usaj, CGT, CFDT) ainsi que le Conseil national des barreaux (CNB), représentant les 46.000 avocats français, ont appelé à la grève contre la réforme de la carte judiciaire. Les juges d’instance se joignent également à la mobilisation. L’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) a pour sa part simplement souhaité se joindre à la "mobilisation nationale" et aux rassemblements organisés dans les juridictions
Merci, Léon, pour cet article et ses liens intéressants !
Mais la photo était inutile, amis de Cent Papiers : Mme Dati ne risque pas de tourner à gauche.
Amicalement
Philippe Renève
Léon
Bravo. À propos de mesdames Dati et Yade, des rumeurs ont circulé que l’une ait évincé l’autre dans le cadre du voyage en Chine. Il semblerait qu’une certaine rivalité entre les deux femmes ministres se traduise par des petits coups bas.
Rachida Dati aurait renoncé à juger les « fous ». La rétention de sûreté et la déclaration d’irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental, marotte de Nicolas Sarkozy, n’aurait pas franchi l’étape du Conseil d’Etat. Que dire enfin du rapport de force que veulent installer magistrats, avocats et personnels de justice qui se sont mobilisent par milliers pour protester contre la réforme de la carte judiciaire qui prévoit la suppression de plus de 300 juridictions d’ici à 2011. Vous l’avez fort bien signalé dans votre analyse.
D’autre part, ce jeudi même, la presse française annonce que la cote de confiance du président français Nicolas Sarkozy, confronté à une tension sociale et aux inquiétudes croissantes des Français sur leur pouvoir d’achat, est passée pour la première fois sous la barre des 50% dans un sondage d’opinion, s’établissant à 49% dans une enquête TNS-Sofres.
Force est de conclure que ça bouge en France. À suivre. Merci de cette analyse éclairée.
Pierre R.
Bonjour,Pierre. Merci de votre commentaire. Concernant la réforme de la carte judiciaire, il commence à y avoir quelques évaluations financières sur son coût : les seuls que l’on puisse déterminer avec une certaine précision concernent l’immobilier,beaucoup des déménagements obligeant à laconstruction de nouvelles cités judiciaires . Si on ajoute à cela les "compensations"dont le montant est encore inconnu, cette réforme risque d’être ruineuse,alors qu’elle était supposée "rationaliser les moyens".

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