Cela fait quelques mois que je vois régulièrement, à la télévision, une publicité pour le programme de revenu résidentiel CHIP (Canadian Home Income Plan Corporation) qui me met mal à l’aise. Depuis quelques semaines, la banque de Montréal s’est également mise à diffuser une pub télé pour le même produit : le prêt hypothécaire inversé.
Les serveurs cache de Google conservent un excellent article de Bruno Leblanc (Les Affaires) sur ce type de prêt hypothécaire dont le solde ne cesse de croître au fil du temps, au lieu de diminuer au fil des remboursements, comme c’est le cas pour les prêts hypothécaires traditionnels. En effet, l’emprunteur ne rembourse pas chaque mois les intérêts, donc ceux-ci s’accumulent et grugent très rapidement ce qui reste de valeur libre à la propriété.
Ce qui me met mal à l’aise, là-dedans, ce n’est pas l’existence de tels produits financiers qui peuvent avoir leur utilité afin de permettre à des personnes âgées de vivre décemment malgré une retraite mal préparée. C’est la façon de vendre ce produit dans les publicités dont j’ai parlé plus haut : on y voit des personnes âgées baignant dans un confort rassurant. On joue sur les sentiments familiaux, la joie des enfants, le sourire des petits enfants...
Or, justement, quelle est la principale victime de ce type de prêt ? Essentiellement, c’est le patrimoine transmissible aux descendants. Le prêt hypothécaire inversé, c’est la fin de l’héritage immobilier. Ultimement, en contractant un prêt de ce genre, les personnes âgées dilapident leur héritage et jouissent donc, d’une certaine manière, aux frais et aux dépens de leurs enfants.
Je ne suis pas de ceux qui vilipendent les baby-boomers pour leur égoïsme et leur insouciance envers l’avenir de la planète et celui de leurs descendants. À leur place, nous aurions probablement tous agi de la même façon. Reste que cette génération d’après-guerre a vécu dans une relative opulence sans se soucier d’offrir des chances égales aux générations suivantes. Elle a accumulé les déficits budgétaires et pillé les ressources naturelles sans préparer l’avenir, en ne pensant qu’à son bonheur présent, telle la cigale de La Fontaine.
Sauf que maintenant, ce sont souvent ses descendants qui se trouvent dépourvus de sécurité matérielle, qui ont des difficultés à acquérir leur première maison, qui doivent vivre avec la précarité du marché du travail actuel, faire face à la crise énergétique et aux conséquences appréhendées du réchauffement climatique. Il me semble que ce serait le temps, pour tout le monde, de se serrer quelque peu la ceinture, non ?
Eh bien non ! Les bonzes de la finance et de la publicité préfèrent jouer sur l’instinct de jouissance immédiate du grand mammifère que nous sommes plutôt que sur le sens des responsabilités de l’humaniste qui sommeille en chacun de nous. C’est vraiment déplorable et j’ai pensé, ce matin, que cela méritait d’être dit. Ce type de publicité relève tout simplement de ce que j’appelle la "communication irresponsable". Avis aux communicateurs concernés.
Autres liens intéressants :
un excellent article de Bruno Leblanc
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