17 janvier 2007 |
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Cet extrait du serment d’Hippocrate, digne et sage, et ligne directrice de la pratique médicale durant l’Antiquité jusqu’à nos jours, annonce l’irréductibilité d’un combat contre la mort, ou plutôt celui pour la vie. Dans le mystère et l’anthropocentrisme, l’homme a toujours fasciné, non pas par son caractère vivant, mais par sa complexité désarmante, son existence questionnée, sa fragilité accablante et sa cognition incommensurable. La forme humaine, par son corps, devient cette boîte vivante habillée de chair, circonscrivant tout l’interne intime de l’être : organes, sang ou encore intelligence. En plus du corps dans toute sa spiritualité, on le retrouve empli d’une chose, une certitude impalpable, unique et incomprise : l’esprit ; essence profonde de notre existence. Si le corps et l’esprit sont devenus objets d’une étude n’égalant aucune autre dimension investigatrice savante depuis des millénaires, leurs mécanismes, complexes, diffus et intrigants, ont laissé semble-t-il beaucoup plus d’interrogations que de réponses. L’homme s’est inscrit dans l’irréductibilité d’une idée de sa mort. La naissance de la médecine, comme celle de la psychiatrie a créé des savoirs, des pouvoirs comme le rappelait Michel Foucault. Des pouvoirs intellectuels et une maîtrise d’escient qui ont permis et légitimé l’auscultation de l’homme comme problème médical et psychiatrique caractérisée par sa faiblesse de vivre. Problème dans la mesure où, ayant la perfection logée au plus haut du ciel, l’homme reste susceptible de contenir anomalies, déviances ou morbidités. Émerge alors le devoir et le besoin de combattre la dysmorphie, la déraison, les trépidations de la folie ou encore les déficiences mentales. Se sont donc mis en place au cœur de séquences historiques, des structures, des organisations —hôpitaux, cliniques, l’internement— selon lesquelles leurs profondes intentions ont permis d’articuler une certaine validité. Comprendre la vie, éviter la mort, guérir et conjurer les malades. Toute cette attraction poussa finalement aux fondements d’une conception philosophique, voire éthique de la science qui nous étudie, qui nous guérit et qui semble nous comprendre. Nous parlons par là d’une éthique médicale, ou communément appelée la bioéthique. Voilà, malgré toute cette tergiversation, l’essentielle du questionnement du texte : cette éthique visant à contenir un respect envers le malade, et de définir les limites de la pratique peut-elle et doit-elle circonscrire des normes strictes et des règles morales scientifiques émanant du savoir médical autour de l’homme ? Autrement dit, cette réflexion morale et éthique a-t-elle, au sein de ses limites, une logique évoluant au même rythme que l’homme et ses besoins ? Sa rigidité est-elle viable ? Encore sensibles et délicats, des débats comme l’euthanasie, l’avortement, la stérilisation des déviants sexuels, la lobotomie ou encore la castration chimique font l’opposition de la conscience morale à la conscience scientifique. Dans ces cas où il y existe une incompatibilité face à une morale historique, voire universellement acquise à savoir la préservation de la vie par l’intermédiaire d’une connaissance ad hoc, la vie peut-elle ainsi devenir objet de dispute ? Pourquoi ce débat intimide-t-il autant ? La valeur précieuse de la vie tendrait-elle vers une reformulation de sa propre signifiance ? Voici donc une légère discussion sur les raisons et fondements qui préconisent l’entêtement, la persistance à conserver la vie et dénaturer la mort. Rien à considérer comme un hymne au trépas ni un déni de la vie ; simplement nous, maintenant !
« Euthanos » ou encore « bonne mort » se décrit comme un processus hâtif dans la cessation des souffrances donnant explicitement la mort. Ce processus euthanasique, qu’il soit passif —arrêt des traitements— ou encore actif —la mort par donnée par un tiers—, demeure de nos jours la controverse la plus ardente à l’égard de la vie et ses conditions inhérentes. Parce qu’être, c’est essentiellement être a priori vivant, l’homme tente de choisir sa vie et ignorer sa mort. Une mort ignorée puisque son interprétation, sa forme et son truisme se sont vu être appropriés par l’ensemble du savoir médical, de la raison éthique de l’homme vivant, ainsi méprisée par la doctrine chrétienne. L’homme peut-il (et devient-il) en possession réelle de son existence au moment précis il se retrouve circonscrit autour d’une littérature pathologique ou plutôt c’est cette scientificité, cette culture thérapeutique qui prescrit ce qu’il doit en être ? Ce qui choque certaines autorités dans l’action euthanasique n’est pas tant le résultat « létal », mais le « rituel déviant » recelant l’action délictuelle entreprise autour du malade - arrêt des soins palliatifs, suicide assisté- éveillant ainsi une prise de décision contraire à l’éthique articulée autour du travail médical.
L’euthanasie devient alors plus qu’un acte, mais un rapport, une relation entre la souffrance du malade et la raison médicale. Pourquoi par exemple continuer des traitements palliatifs sur des patients inexorablement sans possibilité de recours ? En fait, le noyau de la réflexion s’anticipe dans la présence d’une réelle morale et une réelle éthique à travers l’acharnement thérapeutique. Cet acharnement caractérisé par la lourdeur des soins devenus disproportionnés à l’égard du bien qu’en retire un patient est-il viable ? Il y a donc une médecine capable de maintenir en vie, mais inapte à enrayer les souffrances. Avec autant de questions qui construisent un discours en faveur d’une dignité humaine, la logique médicale se retrouve incomprise chez plusieurs. Évidemment, deux camps s’affrontent au sein des communautés médicales : le refus de la mort ou son assentiment. Ce qui renvoie à notre méditation initiale où le pouvoir médical s’est historiquement approprié une réflexion de la mort et s’est construit une réponse à celle-ci. Le puissant discours thérapeutique a consolidé les progrès pour guerroyer contre la mort. En effet, la notion de mort nous a toujours habités et s’est imprégnée dans la culture occidentale comme un fatalisme nécessairement apprivoisé. Elle a par exemple, dans son évolution, connu plusieurs genres. Au Moyen-Âge, la mort elle seule s’illustrait en spectacle —exécution, torture— sans aucune pudeur et aucune frayeur. Puis, celle-ci a connu un renouvellement dans sa forme en redonnant l’émergence d’une mythologie cristallisée chez Thanatos traduisant de nouveau le discours de la mort comme irréductible chemin d’un éternel salut. Ensuite, jusqu’à l’apparition d’une beauté maîtrisée, la mort devenait belle, souple, sensible et sensuelle. Inaugurée par les penseurs, peintres et écrivains romantiques du XVIIIe siècle tels le poète Baudelaire et le peintre De Lacroix, la mort se mariait au drame et à l’érotisme. L’omniprésence de la mortalité dans la littérature, le théâtre, les mythes ou encore les rituels sociaux a créé une curiosité à l’égard de celle-ci autant sous la figure de ses personnages que l’imaginaire d’où elle émane. La mort non seulement a été questionné et pensé à travers ces symboles, ces images, mais aussi à travers une réflexion sur sa nature. Puis, l’essence de la mort, depuis le IXe siècle, s’est transcendée sous une forme de tabou, de rejet, de dégoût et de peur. Toujours de pair avec la maladie, le sujet « mort », « défunt » ou « mourant » perdait une identification sociale ; une compréhension presque mystique. La mort, principalement causé par les maladies (en faisant fi de la mort naturel ou des guerres), a été rapatriée par la raison scientifique où celle-ci s’est construite depuis l’Antiquité autour de l’homme malade et mourant. L’espérance de vie faible et les lents progrès de la médecine ont en revanche permis l’émancipation d’une mort sacralisée jusqu’à sa contemplation esthétique. Dès lors, depuis quelques siècles, concordant avec l’avènement de la science pure, le rapport avec la mort et la maladie est devenu purement scientifique. Un rapport maîtrisable par le discours médical, et psychiatrique. Prenons la peine de mentionner que la plupart des décès ont lieu désormais dans les hôpitaux. Conséquemment, tout ceci ne se veut pas une diatribe contre la médecine, mais une constatation sociale et historique du pouvoir médical en relation avec la mort, la vie et l’humain. Or, nous ne sommes pas sans savoir que les positions chrétiennes face à ces disputes éthiques sont reconnues, mais je ne les soulèverai pas ici. Aujourd’hui, l’homme se retrouve à faire face, comme le précise André Monjardet dans Euthanasie et Pouvoir Médical : Vivre Librement Sa Mort (1999), à une mort médicalisée où le savoir médical lui oblige à affronter une réalité purement construite ou plutôt déviée. La médecine a-t-elle à choisir la mort de chacun ? Le débat euthanasique est devenu et s’est édifié comme une problématique majeure de toute une société, voire de l’Occident.
Parce que le suicide soulève en plus une signification et une péjoration lourde et délicate, l’euthanasie s’étiquette chez plusieurs comme un simple fait suicidaire sadique ; un meurtre laxiste. Là n’est pas la question sur sa signification et son geste, mais préférablement le besoin de souligner l’interaction entre la maladie, la mort et la connaissance scientifique. Cette discussion, comme celle sur la peine de mort, se classe à un niveau de difficulté éthique inébranlable. Finalement, le choix du thème n’était pas de faire changer les mentalités, mais survoler une réalité sociale et historique de la notion de moralité et de l’inauguration de la mort pour en propulser les idées. Ce texte ce veut une introduction à un grand débat, la prochaine fois je resterai sage.
« Si la maladie n’est pas seulement incurable mais s’accompagne de souffrances vraiment atroces et incessantes, les prêtres et les magistrats adressent au patient une exhortation : puisqu’il ne peut plus assurer aucune des fonctions propres à la vie, qu’il est une charge aux autres et à lui-même et qu’il ne fait plus que survivre à sa propre mort, qu’il ne s’obstine pas à se laisser dévorer plus longtemps par le mal et l’infection qui le rongent : et puisque la vie est pour lui un tourment, qu’il n’hésite pas à accepter la mort ; qu’il s’arme donc d’espoir et qu’il abandonne cette vie cruelle comme on fuit une prison et un chevalet de torture ; ou bien qu’il s’en débarrasse lui-même ou, tout au moins, et par un acte de volonté, qu’il invite les autres à l’en délivrer »
Saint Thomas More, L’Utopie, 1516
Canonisé en 1935.
Voici une dossier intéressant :
Ligue des droits de l’hommes
ُُُُAvec son concept sur le Pouvoir, Foucault explique bien la tendance des sociétés modernes en ce qu’il a appelé ” l’économie politiques des corps “, le pouvoir ne travaille pas à la base de la morale, cette dernière le sert de justification dans son activité pour se renforcer. Là oû il y a des couples : hôpital psychiatrique, caserne, école, usine, prison,…etc, il y a un exercice de pouvoir, la morale, le savoir viennent au service du pouvoir. La théorie que développe le pouvoir sur Euthanasie ne peut que renforcer le pouvoir et le justifie. Ainsi le grand titre de notre contemporanéité.
7:47, le Vendredi 18 mai 2007Vous devez être connecté pour publier un commentaire.




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