6 septembre 2008 |
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Andrew Grenon, 23 ans, et Mike Seggie, 21 ans, Chad Horn, 21 ans faisaient partie du 2e bataillon du Princess Patricia Light Battle Group, basé à Shilo, au Manitoba. Une attaque des insurgés, survenue au cours d’une patrouille de sécurité dans le district de Zhari, près de Kandahar, dans le sud de l’Afghanistan, a fauché ces trois caporaux. Le nombre de soldats canadiens décédés en Afghanistan depuis le début de la mission en 2002 ? Quatre-vingt-seize soldats canadiens ont perdu la vie en Afghanistan depuis le début de la mission canadienne en février 2002. Le bilan des victimes canadiennes atteint maintenant le nombre de 99. Il s’agit de 96 soldats, de deux travailleurs humanitaires et d’un diplomate. Environ 2500 soldats canadiens sont actuellement en Afghanistan, dans la même région où les soldats ont été tués. Le brigadier-général Denis Thompson, qui en a fait l’annonce lors d’un point de presse, a salué le courage de ces soldats qui devaient revenir au pays au cours du présent mois.
Le Premier ministre du Canada, qui n’a d’obsession que ses prochaines élections, a émis un communiqué. Après les condoléances d’usage, il se dit convaincu que : « Placée sous le mandat de l’ONU et dirigée par l’OTAN, la mission en Afghanistan présente toujours des défis. Le gouvernement du Canada reste résolu à respecter l’engagement qu’il a pris envers le peuple afghan, qui a souffert des décennies de guerre et de chaos. Nous ne nous laisserons pas décourager par les actes des talibans. […]Leur sacrifice ne sera pas oublié ». Et qu’en a dit le chef de l’opposition, monsieur Stéphane Dion : « Leurs vaillants efforts pour ramener la paix et la stabilité au peuple afghan à un endroit où le péril les guette sans cesse ne seront pas oubliés et nous inspireront toujours de la fierté ».
Nous avons trop de morts en Afghanistan. Le Canada ne fait plus de cérémonie d’accueil des dépouilles en présence du Premier ministre.
La population française rejoindra-t-elle la population canadienne sur l’impopularité qu’exerce sur ces dernières la présence de leurs militaires respectifs en Afghanistan ? Plus de la moitié des Français (55 %) estiment qu’il faut retirer les troupes françaises d’Afghanistan, selon un sondage CSA pour Le Parisien. Comment peut réagir une population lorsqu’elle lit, dans un grand hebdo, le Paris-Match, ce qui suit : « Tant que vous resterez chez nous, nous vous tuerons. Tous ». Cet avertissement vient du chef militaire taliban, le commandant afghan Farouki, qu’auraient rencontré deux journalistes de Paris-Match. Le colonel Jacques Aragones, chef de corps du 8e RPIMa, a, par suite de ces déclarations, sur place, déclaré que ces menaces n’entamaient en rien sa détermination, ni celle de ses hommes. Fait surprenant, 48 % des sondés font confiance au président Nicolas Sarkozy sur le dossier de l’Afghanistan alors que 46 % ne lui font pas confiance.
En France, rien n’est simple.
Le 18 août dernier, 10 soldats français ont péri en Afghanistan et 21 autres ont été blessés au cours de combats contre les talibans à 50 km de Kaboul. Et cette mort tragique a fait débats. Deux en réalité. Le premier concerne le comportement du président en Afghanistan et son allocution aux Invalides. Le deuxième débat, lancé par le Canard Enchaîné, vise une possible exécution de quelques uns de ces soldats morts sur le champ d’honneur.
Jean-Dominique Merchet, journaliste de Libération spécialiste des questions de Défense, écrivait, sur Secret Défense : « Si neuf morts et dix-huit blessés dans une embuscade (hors accident du VAB) justifient que le dirigeant d’un État membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies se précipite, toute affaire cessante, en Afghanistan pour remonter le moral des troupes, quelles leçons vont en tirer nos ennemis sur le terrain ? S’ils sont rationnels, les talibans ont compris depuis hier que les Français représentaient une cible de choix, eu égard à la résonnance politique et médiatique que leur mort suscite. Nous n’avons pas souvenir que le Premier ministre britannique - un pays qui sait ce que le mot résilience veut dire - se soit rendu tout exprès en Afghanistan, alors que 116 soldats y ont déjà trouvé la mort ». Et le message du président a été pour l’essentiel celui-ci : « La meilleure façon d’être fidèles à vos camarades c’est de continuer le travail, c’est de relever la tête, c’est d’agir en professionnels ».Il y a lieu de se questionner. De son passage à Kaboul, le président a laissé une impression de malaise. Un sourire de trop esquissé on ne sait pour quelle raison.
55% des Français souhaitent un retrait des troupes françaises en Afghanistan. Sera-t-elle écoutée, cette population, qui n’a pas été consultée au départ sur le choix du président de déplacer dans une zone à risques ses militaires ? Que peut cette population lorsque lui parvient une déclaration présidentielle aussi surprenante que celle-ci, devant des soldats atterrés par l’émotion et le destin tragique de dix des leurs : « Je vous dis en conscience que si c’était à refaire, je le referais. Pas la patrouille… et l’enchaînement des événements, mais le choix qui m’a amené à confirmer le choix de mes prédécesseurs d’envoyer l’armée française ici » ?
Il y a eu ce terrible malentendu des tirs amis. « Nous n’avons aucune information qui pourrait indiquer que les soldats français ont été tués par des avions de l’Otan », avait déclaré la porte-parole de l’Otan à Bruxelles, Carmen Romero. Réaction épidermique du président Sarkozy : « Vous n’avez pas honte ? » a-t-il lancé aux journalistes, dans la cour de l’Élysée, avant de partir pour les Invalides, qui l’interrogeaient sur cette hypothèse ? Et cette autre réalité, si cruelle, selon laquelle l’embuscade aurait été préparée à la suite d’une trahison des Afghans avec qui les soldats français travaillaient.
Pour ajouter une couche à la complexité afghane, Claude Guéant, secrétaire général de l’Élysée, affirme, dans une interview accordée au Parisien, dimanche 24 août, que la « majorité des assaillants » qui ont tué dix soldats français lundi et mardi en Afghanistan « n’étaient pas afghans ». Selon monsieur Guéant, une sorte d’internationale du terrorisme islamiste se déplacerait d’un pays à l’autre. Il s’agirait en réalité du retour d’Irak de combattants islamistes.
Le 21 août 2008, aux Invalides, ce mot du président : « Jamais à quel point je n’ai mesuré ce que peut être la solitude d’un Chef de l’État ». Il faut revoir ces images pour tenter de comprendre la mesure de cette déclaration. Claude Guéant a expliqué au Parisien que le président : « a eu la conscience physique de la responsabilité présidentielle dans l’engagement des forces armées. Cette responsabilité peut conduire à des décisions douloureuses ».
C’était en décembre 2007. Visite surprise de Nicolas Sarkozy à Kaboul. Il profite de l’occasion pour déclarer : « Il se joue ici une guerre, une guerre contre le terrorisme, contre le fanatisme que nous ne pouvons pas et ne devons pas perdre ». Le président Sarkozy avait répété également que : « La contribution première des forces armées françaises, c’est d’aider à la formation d’une armée afghane, d’une police afghane ».
Qu’a dit Stephen Harper, à la même époque, lors de sa visite en Afghanistan aux soldats canadiens : « Votre travail est bien plus que la défense des intérêts nationaux du Canada. Votre travail est aussi de démontrer le rôle de chef de file international de notre pays ».
En 2007, Stephen Harper déclarait devant la Chambre des communes du gouvernement du Canada : « Les soldats qui servent en Afghanistan, et les familles et amis qui les appuient au pays, se classent parmi les Canadiens les plus admirables que j’aie jamais connus. Leur compassion à l’égard du peuple afghan, leur résolution face à un adversaire barbare, leurs compétences et professionnalisme manifestes, ainsi que ceux des diplomates et des coopérants avec qui ils collaborent, font honneur à notre grand pays. Notre mission en Afghanistan est noble et nécessaire. Elle permet d’améliorer les choses, pour les hommes qui étaient opprimés par les talibans, pour les enfants qui étaient forcés à vivre dans l’ignorance, et pour les femmes qui ne bénéficiaient d’aucun droit ».
En février 2006, le Canada prend la relève des États-Unis à la tête du commandement dans le Sud de l’Afghanistan. Depuis, il consacre 10 $ au combat pour chaque dollar destiné à la reconstruction.
Un sondage La Presse Canadienne-Harris Décima indique qu’une majorité de Canadiens (61 pour cent) pense que la mission du pays en Afghanistan est trop coûteuse, autant sur le plan financier qu’en matière de pertes de vies. Une forte proportion de répondants ne peuvent dire si cette mission à Kandahar peut être qualifiée de succès. Le public comprend qu’il y a une menace mondiale de terrorisme et qu’elle se concentre en Afghanistan, mais le désir des Canadiens, pour davantage d’interventions directes dans cette guerre, est très limité. 57 pour cent des répondants ne désirent pas que les troupes canadiennes demeurent plus longtemps en Afghanistan, même si une telle requête provenait des États-Unis. Le gouvernement conservateur a prévu quelque 1,9 milliards $ en aide et pour la reconstruction de ce pays.
Et en France, quel est le coût de la reconstruction eu égard à celui des combats ? Le saura-t-on un jour ?
(Sources : AFP, Cyberpresse, Le Figaro, Le Nouvel Observateur, Le Monde)
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