• Disparue

    16 août 2007 | 1 commentaire(s) | 8 affichage(s)

    Cédrika ProvencherJe l’ai eu devant moi une bonne partie de la journée. Elle semblait me fixer, de son éblouissant sourire resplendissant de bonheur, de ses petits yeux taquins, et je me suis demandé où elle était en ce moment, si elle souffrait, si elle était encore vivante. Disparue, elle l’est depuis deux semaines, et je vois chaque jour la même affiche : son visage innocent, puis au-dessus est inscrit : DISPARUE. Une belle petite fille comme tous les parents rêvent d’en avoir une, et juste au-dessus la marque de ce qu’il y a de plus laid comme geste : enlever un enfant.

    Pourtant, je me questionne. Aurait-on fait le même battage médiatique, aurait-on affiché de telles affiches à la grandeur du Québec si Cédrika avait été une enfant laide ? Pas qu’un enfant puisse être complètement et entièrement laid (il est toujours beau aux yeux de ses parents), mais en aurait-on fait autant si elle avait été une petite grosse, avec le nez croche et des cheveux en laine d’acier ? J’en doute.

    À tous les ans, il y a des enfants qui disparaissent. Je souhaite de tout coeur que Cédrika soit retrouvée (vivante), mais pourquoi les autres enfants disparus précédemment n’ont-ils pas eu droit à la même chance ? On a parlé d’eux, on a montré leurs photos, mais je ne me souviens pas d’avoir vu TVA faire autant de reportages en direct pour suivre les recherches. Je ne me souviens pas non plus d’avoir vu des entreprises de tout le Québec afficher la photo d’un enfant disparu, ou un site internet monté pour la même fin. Je ne me souviens pas non plus de tant de bénévoles, de tant de dons à la famille, de tant d’amour partout pour le père et la mère éplorés.

    Je ne me souviens vraiment pas.

    Faut dire, ils n’étaient peut-être pas aussi photogéniques ces enfants-là. Ils n’avaient pas l’air de l’enfant parfait, allant aux Scouts et aidant les étrangers à chercher leurs chiens perdus. Ils n’avaient pas ce sourire, ces yeux, cette innocence. Alors nous les avons oubliés et nous sommes passés à autre chose. Nous les avons pleuré ces enfants-là, mais nous n’en avons jamais autant fait que pour Cédrika.

    En fait, nous n’apprenons rien sur Cédrika ou son ravisseur dans cette histoire. Nous apprenons sur nous-même. Nous voyons de quelle façon nous nous sentons interpellés par le malheur des autres et de quelle façon nous réagissons différemment selon que nous nous identifions ou non à la victime. Et nous sommes ainsi, nous aimons le beau, nous aimons l’innocence, nous aimons la perfection. Un peu à notre façon, nous sommes des déviants qui dosent notre amour et notre compassion selon les émotions que nous fait ressentir ce petit visage angélique peut-être au main d’un tortionnaire.

    Nous aimons aider, nous aimons donner. Mais nous ne donnons pas à notre voisin, le laid, le puant, le « maudit B.S. ». Nous ne donnons pas aux jeunes de la rue - pourtant tout à fait perdus - car ils sont sales et ils font peur avec leurs tatouages et leurs perçages. Et nous ne donnons pas aux adultes en difficulté car ils n’ont plus l’innocence de Cédrika. Nous aimons, mais avec discrimination.

    Nous ne voyons plus l’enfant innocent et beau au coeur de chaque humain, si laid soit-il. Nous oublions qu’en chacun de nous sommeille un peu de Cédrika et c’est cette innocence et cette belle jeunesse que nous recherchons activement. À travers les recherches de Cédrika, c’est un peu nous que nous espérons trouver.

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  • Un commentaire

    • Folliculaire

    Au delà de l’apparence de la fille, je crois que son histoire à émus le Québec. Aussi, l’été il n’y a pas beaucoup de nouvelles à ce mettre sous la dent et les médias de type LCN et RDI doivent meubler le temps.

    La disparition d’un enfant demeure un événement tragique, et ce, sans égard à sa personne…

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