Cet article de Claude Jasmin est gracieusement offert par Claude Jasmin. La version originale a été publiée à cet endroit.
L’art -la littérature surtout- souffre de I’indifférence des gens et alors certains ont très souvent recours aux marginaux pour attirer l’attention du monde. Aux sujets tabous. Réels ou apparents. Pour se gagner de l’audience, on voit des créateurs désespérés faire appel à des personnages, à des situations, que l’on dit « extravagants ». L’inceste, par exemple. Il est encore un bon moyen de titiller les foules amorphes. L’art n’est pas souvent au rendez-vous, hélas. C’est voyeurisme sur exhibitionnisme. Ces auteurs « guidounes », bateleurs de bas de gamme, n’hésitent jamais à farcir leurs histoires de caractères bizarres. « Le monde va venir ou b’en on va dire pourquoi ».
Tel semble le moto de ces soi-disant audacieux en scénarios divers. On pousse « son » histoire aux limites du supportable. On sait que « Les monstres attirent la foule » selon l’adage connu. Le cirque ancien exposait volontiers des infirmes invraisemblables. En 2008, il ne reste aux exploiteurs avides que la bestialité. Ça viendra, voulez-vous parier ? Dernier tabou à faire tomber. Faut que « les caisses » sonnent, pas vrai ?
Tout le monde ne peut rédiger avec subtilité sur l’homosexualité, par exemple, tout le monde ne possède par les dons d’une Marguerite Yourcenar qui signait « Les mémoires d’Hadrien » à propos d’un César homophile. N’est pas André Gide -« Coriolan »- qui veut non plus. Alors on verra au feuilleton radio-canadien, titré « Tout sur moi », un jeune pompier embrasser à pleine bouche l’un des héros de la série. Brusque trait d’une affection subite et cela au beau milieu d’une station aux portes pliantes grandes ouvertes ! Voilà qu’ensuite -petite gène à retardement- une personne en poste à la SRC conseille, assez pertinemment je trouve, de stopper la production de « Tout sur moi ».
Vite on verra s’organiser des protestations qui viennent à n’en pas douter de ceux qui confondent censure et dévergondage visuel aux frais du public. J’affirme que des producteurs, réalisateurs, scripteurs font un jeu -qu’ils ignorent- liberticide. Ce sont des fabriquants d’homophobie dans ce cas de « Tout sur moi ». Exagérant les paramètres du tolérable, ils font surgir tôt ou tard les censeurs énervés, les archi prudents. En fin de compte, leur zèle, leur goût d’attirer la foule à n’importe quel prix, conduit aux lois du genre C-10. Ces imbéciles friands d’images osées, prosélytes de vaines tentatives d’agrandir une permissivité futile nuiront à la moderne liberté. Ces écrivaillons à gros sabots, épaulés par les montreurs-du-cirque, seront responsables des contraintes à venir. L’homosexuel fut trop longtemps, un sujet invisible, un sujet de cachette niais. Mais, excès contraire, en introduisant à la mode actuelle, partout, l’homosexualité -effrontément, grossièrement illustrée- on nuit carrément à une cause normale. Provocation infantile.
Pour faire monter « l’indice d’écoute » qui stagne, ou pour grossir la file au cinéma, des scripteurs nous encombrent d’ivrognesses pitoyables, de jeunes putains droguées, de vicieux « hors-normes », de loques humaines en tous genres. Pas fou, le bon public, le bon peuple, refusera bientôt cet indigeste gavage intéressé.
Je suis de ceux qui croient au bon sens, au jugement sain de nos contemporains. Je fuis et je renie le mépris -pas d’autre mot- de ces attrapeurs grotesques. Surgissent des émissions, du théâtre, des films sans cette complaisance morbide, ces portraits abusifs à la mode et ils qui connaissent des succès populaires. Je songe autant à « Le Ring » qu’à « Le scaphandre… ». Redisons-le, les créateurs détraqués, mondains désaxés, sont les assassins de la vraie liberté.
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