
La campagne électorale se déroule rondement au Québec. Le Web y occupe une place non négligeable. Mais nous sommes à des années lumières d’une révolution dans les relations entre partis politiques, candidats et citoyens. À preuve, il n’y a pratiquement rien, ni vision, ni propositions, sur ce que les nouvelles technologies de l’information (NTI) pourraient changer dans l’exercice de la démocratie.
De tous les partis politiques, le seul qui esquisse le début d’une vision est le Parti Québécois. Dans son programme électoral, il s’engage à "faciliter, grâce aux technologies de l’information et de la communication, la mise en réseau des individus et des organisations et développer des nouveaux lieux d’échanges et de démocratie participative."
Pour le PQ, l’établissement de cette démocratie participative passe obligatoirement " par la construction d’un nouveau type de société totalement ouverte, la société de l’information. " Le hic, c’est que ce jargon ne veut pas dire grand chose faute de propositions concrètes.
L’autre parti indépendentiste, Québec solidaire, ne va guère plus loin que de promettre, lui aussi, une démocratie participative.
Du côté du parti au pouvoir, le parti libéral du Québec, le programme électoral est muet sur la question. Pourtant, n’est-ce pas le gouvernement que dirige ce parti qui vient à peine de publier Vers un Québec branché pour ses citoyens ? Ce document va aussi loin que de dire : " il s’agit d’avoir recours aux nouvelles technologies de l’information et des communications afin de recréer une agora virtuelle qui permette aux citoyens de prendre part aux débats entourant les enjeux auxquels fait face un gouvernement donné. "
Cette belle rhétorique nous met l’eau à la bouche, mais la suite coupe l’appétit. Les propositions concrètes du gouvernement libéral se résument au vote électronique par Internet, le jour où celui-ci sera enfin sécuritaire, et à la création de forums " régis par une autorité indépendante du gouvernement ". Aux claviers, citoyens !
L’Action démocratique du Québec et le Parti vert du Québec n’ont pour leur part rien à offrir aux électeurs sur le sujet. En toute justice pour le Parti vert, il faut préciser qu’il n’a pas livré tout son programme électoral.
Le peu d’intérêt des partis politiques pour l’impact des NTI sur la démocratie ne doit pas nous étonner. Le sujet est aussi excitant, pour l’électeur moyen, que l’impact de l’avancement du changement d’heure sur le vote. Gageons que plusieurs ne savent pas encore qu’il faut changer l’heure le 11 mars cette année.
Avouons qu’on part de loin. Les nouvelles formes de participation à l’exercice de la démocratie ne sont même pas expérimentées au niveau le plus proche du citoyen, la municipalité (Le Québec, laboratoire des NTI et de la démocratie électronique ; ne vous fiez pas au titre, la lecture du texte démontre qu’il n’y a rien qui s’expérime au Québec, sauf si vous considérez la navigation sur des sites Web statiques comme le nec plus ultra de la participation citoyenne).
Peut-être faut-il, après tout, se réjouir de ce désert électoral à propos de la démocratie et des NTI : aucun parti ne propose quoique ce soit à propos du vote électronique. Une ombre au tableau : le Parti québécois veut introduire une carte de l’électeur. Quand on sait que ces cartes ont de plus en plus tendance à se munir de puces à radio-identification et que par souci d’économie le législateur pourrait bien être tenté de combiner divers usages dans une seule carte, il y a de quoi être inquiet.
/BOUCLE_video>Je partage votre scepticisme, mais je ne suis pas aussi cynique que vous. Il y a tout de même des démonstrations de la valeur d’une approche plus participative, avec ou sans les NTI. Il faut juste tracer les limites entre participation et beau prétexte qu’est la participation pour repousser un choix politique aux calendes grecques. Certes ce n’est pas évident, mais le jeu en vaut la chandelle.
Bonsoir, Michel. Je m’étonne que tu disqualifies ainsi le Parti Vert. À mes yeux, c’est le seul qui ait exprimé une volonté claire d’utiliser le plein potentiel démocratique du Web lors de la campagne. J’en veux pour preuve ce communiqué :
« Les Verts comptent également sur l’utilisation omniprésente du Web dans leur campagne. Une première version du site de campagne est lancée ce matin. Ce site Web, qui est un élément central de la stratégie de communication du parti, favorisera un réel échange avec les citoyens.
Par l’utilisation des plus récentes technologies Internet, les verts visent à faire participer activement les internautes au débat. Les candidats, dont les blogues individuels seront en ligne à compter de lundi prochain, seront en mesure d’échanger avec les électeurs de leur circonscription.
Plusieurs autres fonctionnalités, dont la portion vidéo du site, seront également mises en ligne au début de la campagne. Le PVQ qui peut compter sur un nombre toujours grandissant de bénévoles expérimentés espère ainsi faire évoluer sa présence Web tout au long de la campagne. »
Comprenons-nous bien. À l’heure où les journalistes et les entreprises ont "blogue sur Web" (on disait autrefois "pignon sur rue") et où les deux tiers des adultes québécois naviguent sur Internet, les TIC deviennent sous-jacentes à n’importe quel sujet ou presque. Ce n’est donc plus un enjeu de campagne et c’est bien normal.
Les Verts se disent ni à droite ni à gauche, mais en avant. Il est donc légitime qu’ils ne se gargarisent pas de discours démagogiques à propos d’Internet et assez enthousiasmant, je trouve, de les voir mettre en pratique le concept de démocratie virtuelle. Jugeons-les donc sur leur utilisation réelle des blogues et de la vidéo. Rendez-vous dans quelques semaines pour en rediscuter :)
Je faisais référence au programme politique des Verts et j’ai pris soin de préciser qu’il n’était pas complet au moment où je l’ai lu. L’initiative des Verts est fort intéressante, mais qu’en est-il de l’utilisation des nouvelles technologies dans le rapport entre l’État et les citoyens. Il faut aller fouiller du côté de Dowire.org pour voir comment la démocratie électronique peut se traduire en initiatives qui produisent une réelle participation citoyenne. De là, pourquoi pas faire un petit détour par Debapedia.org et, plus près de nous, OpenPolitics.ca. Imagineons un wiki portant sur les propositions et l’argumentation des divers partis politiques. Imagineons la même chose, cette fois-ci dans le cadre d’une commission parlementaire, lors d’un débat sur la vente au privé d’une partie d’un parc provincial. Et si on débutait par des exercices de démocratie électronique dans nos municipalités ou arrondissements. Ce ne sont pas les occasions qui manqueraient.
Bonjour Michel
Ce qui m’attriste le plus est de constater que le gouvernement du Québec, depuis quatre ans, n’a pas évolué sur la question des services en ligne donnés à la population. Lorsque j’étais au gouvernement, j’avais évalué à environ 2 milliards de dollars les dépenses, sur quatre ans, du gouvernement au poste informatique de l’ensemble des ministères et organismes. Le citoyen lui, qu’en reçoit-il ? Bien peu de choses. Il suffit de voir l’évolution extraordinaire de la France (https://www.administration24h24.gouv.fr/) en la matière pour constater que le Québec a perdu la course.
Le Parti libéral du Québec avait promis, dans son manifeste politique, de faire du Québec le leader mondial des services en ligne. On repassera.
Sur la démocratie en ligne, le Conseil du trésor avait créé un task force. Plus rien. Nothing at all.
Il fut un temps où on avait deux ministres qui s’occupaient des services en ligne : Pierre Reid et Jean-Francois Gautrin.
Monsieur Gautrin a pondu une brique sur les services en ligne. Il devient ministre. Plus rien. Nothing at all.
J’ai pris ma retraite. Il était temps. Le Québec a perdu la course en matière de NTI et de services aux citoyens. Un point c’est tout.
Pierre R.
Est-ce que le task force avait au moins déblayé un peu le terrain ? Et qu’en est-il de la démocratie électronique en France ? Y-a-t-il des initiatives dont on pourrait s’inspirer ?
Bonsoir Michel
Allez jeter un coup d’oeil ici :
https://www.administration24h24.gouv.fr/
Le citoyen transige maintenant avec l’État vingt quatre heures par jour. Un modèle de service en ligne.
Pierre R.
Citoyen Français, j’observe votre débat avec attention et intérêt. J’ai écrit un livre : "Construisons une démocratie participative". Parmi les solutions avancées pour dynamiser la relation entre le citoyen et les politiques, l’internet est un outil essentiel. Toutefois, la technologie est un bon outil, mais il faut l’inscrire dans une organisation, pour que la démocratie y trouve son compte. Venez jeter un coup d’oeil sur mes humbles propositions d’outre-atlantique sur
Bonjour Monsieur Monette,
Je partage votre avis ; cette campagne électorale donne très peu d’indications sur la direction que les divers partis politiques entendent prendre face aux questions de l’administration et la démocratie en ligne. Et pourtant, il y a bel et bien de vrais enjeux qui ne peuvent se résumer, par exemple, à transformer les candidats en blogueurs. Aucun parti, ni même les libéraux (qui depuis 4 ans ont posé des gestes concrets, dont certains plutôt inquiétants), a traité véritablement ces questions. Je vous invite à prendre connaissance du rapport synthèse de Communautique sur le point de vue des groupes communautaires sur le projet de gouvernement en ligne. Leur communiqué de presse, émis lundi dernier, résume bien les préoccupations des groupes à ce sujet.
Merci de m’en avoir informé, car cela m’avait échappé. J’ai parlé, dans le passé, de Communautique sur techmocratie.org
Groupes communautaires et cyberdémocratie
Je vais sûrement lire et réagir à leur communiqué de presse.

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