24 juillet 2008 |
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Lisant la liste des condamnations par un tribunal pénal autoproclamé dans un lieu secret de Bucarest, Nicolae Ceauşescu et sa femme, Elena Petrescu furent condamnées pour génocide et crime contre l’humanité. Pas plus de cinquante-cinq minutes, puis ils furent instantanément fusillés sur le mur de la cour arrière d’une école de Timişoara : le mal n’était plus. C’était le 25 décembre 1989 aux yeux du monde entier. Jamais une peine avait été aussi vite édicté et exécuté.
Plus de huit milles croates et musulmans bosniaques sauvagement assassinés à Serbrenica en Bosnie de l’Est. Radovan Karadžić fut l’un des cerveaux de ce nettoyage culturel et ethnique qui noircit la guerre de Bosnie. C’est le même terme, tristement inchangé, portant en germe les mêmes atrocités : le génocide. Le « plus jamais » aussi vindicatif qu’il a pu l’être s’est momentanément évaporé dès la mort de Tito en Yougoslavie et la chute de l’URSS. Son passé de psychiatre laisse à désirer et provoque cet écoeurant parfum de mépris. L’érudition parfois – puisqu’il a poursuivi ses études à New York- n’est pas le sacre de l’homme, mais son pire ennemi. Pourquoi ainsi ? Puisqu’il exauce une fois de plus Cioran qui entretenait une profonde aversion envers la connaissance et le savoir. Un savoir qui une fois pris en considération de son potentiel laissait entendre l’agonie comme perpétuel. Ainsi, le naïf avait raison de fermer les yeux alors que l’érudit quant à lui connaissait le mal.
Voilà, c’est fait. Karadžić a été rattrapé par la Justice, et une justice, il y aura droit, même à une défense conforme aux exigences de la Loi internationale. Semblable à son comparse Slobodan Milošević, l’horreur aura une fois de trop le droit de se défendre. Le sang qui déjà avait trop coulé aura un poids dans la balance. Laisserions-nous moralement un génocidaire avoir le privilège de construire des arguments, de se voir obtenir une peine limitable, de « tenter » son innocence pour des raisons d’orgueil et de fierté ? Nuremberg ne se représentera plus. Inutile de déléguer à plus hiérarchisé que soit les ordres rendus. Les responsabilités sont réelles, palpables et s’incarnent dans une minorité qui a eu foi d’exterminer ses voisins, l’Autre.
L’arrestation est mythique. Elle entérine l’importance du politique sur la perversion de la politique, et démontre que celui qui se retrouvait accusé en 1995 des pires crimes depuis 1945 est toujours un homme. Si l’ONU a échoué à refréner le massacre, le Tribunal International de La Haye s’illustre quant à lui comme le passage obligé après la récréation.
Tristement, l’histoire peut mentir. Mais le sang tache tellement qu’il trahit les occiseurs et obtient raison. Vraisemblablement, on étiquette Karadžić comme « suspect », ayant trois jours d’appel suite à son arrestation et ayant la possibilité d’obtenir plusieurs avocats pour se défendre. Il est « cerveau présumé », « criminel de guerre » supposé. Pourquoi donc la haine a-t-elle droit au doute ?
Peut-être est-ce une victoire du TPIY (Tribunal international pour l’ex-Yougoslavie), mais en est-ce une pour la justice. Cette justice qui selon plusieurs ne fera son apparition que dans quelques années. Jusqu’à présent, il faut attendre. Attendre que Néron s’exprime et qu’on lui réponde.
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