
Paris 18 mai (BCB) - Le monde et l’Asie compteront bientôt un pays nucléaire de plus. L’agence russe à l’énergie atomique vient d’annoncer qu’un réacteur nucléaire va être construit en Birmanie aux termes d’une convention signée récemment, à une date qui n’a pas été précisée par le directeur general de Rosatom, Sergey Kiriyenko et le ministre birman des sciences et technologies, U. Thaung. Il s’agira d’une puissance de réacteur utilisant de l’Uranium-235 enrichie à 20 pour cent a précisé l’agence atomique russe.
Le centre qui fonctionnera sous le contrôle de l’Agence international pour l’Énergie nucléaire (IAEA) comprendra un laboratoire d’analyse de production d’isotopes ainsi qu’une unité de traitement des déchets nucléaires et prévoira des moyens d’enfouissement des résidus radio actifs.
La convention russo-birmane prévoit également la formation de 300 à 350 spécialistes birmans dans les universités de Russie.
Cette information a été accueillie fraîchement par les Etats Unis. « La Birmanie ne dispose ni du cadre de régulation, ni du cadre légal, ni des mesures de protection, ni des autres instruments (nécessaires) pour gérer convenablement un programme comme celui-ci », a commenté le porte-parole du département d’Etat américain, Tom Casey. Les autorités birmanes « n’ont rien qui ressemble à une commission de réglementation nucléaire, pas de normes de sécurité, pas de normes de contrôle ou de gestion de l’énergie nucléaire », ajoutait-il.
Selon un rapport établi en 2004 par l’Université nationale d’Australie le gouvernement militaire de Rangoon qui impose sa dictature sur la Birmanie depuis le coup d’Etat mené en 1962 par le général Ne Win, entretien depuis plus quarante ans des relations étroites avec Moscou. L’implosion de l’URSS en 1989 n’a pas altéré les relations étroites d’entretenaient les deux pays. D’autant plus que la Fédération de Russie, poursuivant la politique traditionnelle de l’impératrice Catherine II, vers les mers chaudes d’Asie a poursuivi son action diplomatique dans le Sud est asiatique avec succès.
De son côté la junte birmane soumise à un blocus imposé par les Nations Unis en raison de ses graves atteintes aux droits de l’homme a impérieusement besoin d’assistance technique extérieure.
Le général Aung Aye, s’était rendu en Russie entre le 2 et 9 avril 2005, accompagné d’une délégation de soixante hautes personnalités du Myanmar, au sein desquels se trouvaient les principaux ministres de la junte militaire et des experts militaires experts des principaux secteurs de l’économie de ce pays. Quinze jours plus tard le colonel général Wladimir Molkensoi, avait été reçu par général Thura Swhe Mann, qualifié par la presse locale comme le troisième homme le plus puissant du pays pour signer les conventions envisagées à Moscou au début du mois.
Les Russes, manifestement, ne voyaient aucun inconvénient à occuper le terrain en Asie du Sud est, avant que ne le fassent les autres puissances. Il s’agissait pour eux de prendre des positions géostratégiques partout où jaillit le pétrole et où ils pourraient acquérir des participations dans le capital des sociétés pétro gazières exploitantes locales. Les résultats positifs de leurs récentes initiatives diplomatiques, économiques et scientifiques apportent une bonne indication concernant l’affinité et l’empathie qu’éprouvent les dix pays de l’ASEAN à l’égard de Moscou. Ils permettent de prévoir une intensification de l’activité des entités privées et publiques russes dans cette zone.
Les conventions signées portaient sur :
1 -Coopération militaire et industrielle : Fourniture d’équipements militaires aux forces armée birmanes et dix Mig 19 à son armée de l’air pour une valeur de 130 millions d’us dollars, contre la fourniture de gaz birman. Formation d’un nombre indéterminé d’officiers birmans dans les académies militaires de Russie.
2 - Nucléaire : Construction pour le compte du Myanmar, d’une centrale électrique nucléaire selon une déclaration d’intention datant de 2001. Ces projets n’avaient pu être réalisés à l’époque car le budget birman ne le permettait pas. La Birmanie était alors trop pauvre pour se payer un tel programme. Des gisements de gaz permettraient aujourd’hui cette coopération. La découverte faite en janvier 2005 dans le nord ouest de la Birmanie de gisements de gaz allait faire du Myanmar un des pays les plus riches de l’ASEAN ce qui serait de nature à modifier considérablement l’équilibre géopolitique du Sud-Est asiatique. Les réserves décelées par une société sud-coréenne vont permettre, selon les évaluations faites par la société Ryder Scott Co. de produire de 2,9 à 3,5 quintillions, (10 18) de pieds cubes de gaz, soit l’équivalent d’environ 600 milliards de barils de pétrole brut. De ce fait, la Birmanie/Myanmar, en dépit de son régime militaire dictatorial allait devenir une source importante de gaz naturel pour les pays d’Asie les plus riches. Sa richesse potentielle attire déjà des pays industriels pour lesquels l’argent n’a pas d’autre odeur que celle du pétrole, et qui ne trouvent pas d’inconvénients moraux majeurs à entretenir, espèrent-ils, de fructueuses relations avec elle. Dans le secteur privé ou semi-privé, on compte également près de 500 sociétés ou compagnies pétrolières, informatiques industrielles, de toutes nationalités, venues s’installer en dépit de réglementations draconiennes sur l’implantation et le fonctionnement identités étrangères au pays.
3 - Hydrocarbure et gaz - Coopération technique et l’élaboration d’une stratégie commune dans le secteur pétrolier. Fourniture de gaz en échange de livraison d’équipement et armes de guerre russes à la Birmanie. Toutefois la contrepartie birmane n’a pas été rendue publique.
4 - Contrôle des stupéfiants - Répression des trafics de stupéfiants selon un accord de coopération envisagé en 1997. Il est paradoxal que la Birmanie ait signé ce type d’accord. Premier producteur mondial - elle produit au total plus de 2 700 tonnes de résine par an. Cette culture et sa commercialisation ont fait la fortune de plus d’un des seigneurs de la guerre Shan et Birmans détenteurs du pouvoir en Birmanie. Il n’est pas précisé ce que va devenir cette énorme production.
Le voyage de l’envoyé spécial du Kremlin fait il y a un an indiquait qu’il existe à Moscou une volonté impatiente de consolider la position diplomatique russe dans cette partie du monde le plus rapidement possible. La Birmanie est située au sud-ouest de la Chine et partage avec Pékin (Peiping) une frontière de mille cinq cents kilomètres qui va de l’Assam indien au Triangle d’Or des trois frontières au Laos. La montée de la république populaire de Chine comme puissance nucléaire et économique incite le Kremlin à ravauder les traces d’usure qui sont apparues dans les liens tissés pendant plus de cinquante ans avec tous les régimes établis à Rangoon.
© Bertrand C. Bellaigue 17 mai 2007
/BOUCLE_video>Vos états de services me laissent penser que vous devez trouver passionnante la partie de go diplomatique actuelle à quatre dont cette audacieuse prise de position de la Russie en SEA pourrait être un événement marquant. J’espère que vous nous en parlerez.
Pierre JC Allard
A supposer que ce réacteur soit réellement construit, on peut espérer qu’il ne fonctionne jamais.
En effet, avec la disparition de l’uranium à moyen terme, précédée de sérieux problèmes d’approvisionnement, ce réacteur potentiel pourrait ne rien avoir à se mettre sous la dent.
C’est une heureuse possibilité.

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