• Commission Bouchard-Taylor : Cardinal Ouellet, laissez-les aller !

    22 novembre 2007 | 6 commentaire(s) | 5 affichage(s)

    Parlons pour parler, juste entre nous là, okay ? Que faites-vous lorsqu’un enfant vous invite à manger chez eux sans que ses parents soient au courant ? Je serai portée à dire non. Ainsi, je décline l’invitation de M. Ouellet, même s’il occupe un rang non négligeable dans la famille des élus de Dieu. À bien y penser, sa lettre vaut juste le papier et l’encre qui lui ont donné forme.

    C’eut été peut-être différent s’il n’avait pas fini ses écrits en ces termes : « En un mot, ne s’agit-il pas, aujourd’hui comme hier, tout simplement, de vivre l’évangile ? » Lequel ? Sûrement pas les évangiles apocryphes. Celui de Judas, par exemple, pourrait démontrer une certaine ouverture de l’Église à dire la vérité, à changer. Mais, comme la soumission et l’obéissance constituent le socle sur lequel est bâtie la foi catholique, je préfère passer mon tour et céder au suivant la place qui m’est réservée au festin de la célébration du néant incarné.

    La guérison de la mémoire blessée des Québécois n’a d’égal que la transformation, non pas un mea-culpa peu senti, que l’Église doit subir si elle tient vraiment à les retrouver au pied de la croix. Il reste bien sûr à savoir s’il y aura encore la croix - le logo le plus connu au monde - en cas de transformation de cette vieille institution. Est-il que, dans le contexte actuel, tout est à repenser dans le bercail avant que les brebis libérées ne puissent seulement distinguer la voix du berger qui, ma foi, sonne très faux. Aussi faux que le discours religieux qui déprécie l’ici-bas en prônant la haine du plaisir et, surtout, la haine de la femme.

    La femme d’aujourd’hui, Cardinal Ouellet, préfère les fables de la Fontaine, qui rendent les animaux intelligents en leur donnant la parole, aux histoires et allégories bibliques maintes fois recyclées. Cardinal Ouellet, Ève, qui s’est ouverte à la connaissance en croquant le fruit de la passion, a compris que la nudité d’Éden n’était pas un péché comme on le lui a si souvent répété, mais plutôt un légitime voyage à la découverte de soi. Prière donc de ne pas déranger, car c’est sérieux par ici…

    1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore d'évaluation)
  • 6 commentaires

    • Pierre R.

    Solange

    J’aurais deux réactions à votre article. La première est évidemment cette grande injustice faite aux femmes depuis des siècles. Vivre encore sous le dogme de St-Thomas est un anachronisme dont l’Église catholique ne se relèvera jamais. Ma deuxième réaction en serait une d’admiration pour le Cardinal. Surprenant, n’est-ce pas ? Il a fait ce que d’autres religions refusent toujours de faire : leur examen de conscience. Je voudrais voir les autres religions - rabbins et imams - être en mesure de s’imposer cet exercice d’humilité. Car les femmes ne sont pas exclues seulement de la religion catholique, ne l’oublions pas. « Aussi faux que le discours religieux qui déprécie l’ici-bas en prônant la haine du plaisir et, surtout, la haine de la femme », comme vous l’écrivez si bien.

    Pierre R.

    • Anonyme

    Bonjour Pierre,

    L’admiration que suscite en vous l’initiative du Cardinal Ouellet ne me surprend pas. Le courage dont il a fait montre mérite au moins notre respect, le mien en tout cas. Car ce n’est jamais facile de plonger le premier dans une eau dont on ignore la température, d’ouvrir l’espace au débat sur un sujet dont on ne semble pas vraiment bien mesurer la profondeur.

    Vous conviendrez toutefois avec moi que la situation des autres religions ne se compare pas du tout à celle de l’Église catholique romaine occidentale en manque cruel d’appelés. C’est justement là que l’appui « des parents » du Cardinal de Québec aurait donné du poids au débat tant souhaité. Ceci d’autant plus que la foi catholique ne représente pas qu’une pratique spirituelle apparemment délaissée, mais l’essence même de la culture québécoise.

    Remarquez-vous, Pierre, que c’est au contact des autres religions « en santé » sur son propre terrain que l’Église catholique s’ouvre peu à peu à l’exercice d’introspection ? C’est à croire qu’elle a passé son temps à croiser ses membres sans les regarder et que là, après les avoir perdus, elle souhaite tellement les croiser de nouveau et, surtout, les rencontrer. Si c’est trop tard, je l’ignore. Je suis plus curieuse de savoir le langage qu’elle emploiera cette fois-ci pour exercer son charme. La drague, de nos jours, quel mal de tête !

    Salut, Pierre, et au plaisir de vous relire.

    Solange

    • Pierre R.

    Solange

    Nous nous rejoignons. N’étant point pratiquant, il faut quand même connaître, au plan humain, des efforts qui mènent à un amendement des comportements erratiques qui ont eu cours pendant des décennies au Québec. Au plan des vocations, vous avez raison de souligner que ce fait est bien particulier à l’Église catholique. Dans une culture judéo-chrétienne comme la nôtre, vous savez, comme moi, Solange, que tout repose sur la rédemption. Obnubilés que nous sommes par nos élans de mortification.

    Suivons donc l’évolution de l’Église québécoise avec ses espoirs et nos désespoirs.

    Pierre R.

    • Anonyme

    C’est un plaisir d’échanger avec vous, Pierre. C’est certainement avec plaisir que je suivrai l’évolution de ce dossier qui me passionne tant. Comment en serait-il autrement puisque la culture judéo-chrétienne est à la base de la majorité des institutions qui régissent notre société. Je me demande si nous le réalisons vraiment. Serait-ce loufoque d’imaginer qu’une quelconque reforme de l’Église puisse avoir une influence, si minime soit-elle, sur l’administration de la société d’aujourd’hui ?

    Qu’à cela ne tienne, je reconnais que c’est le choc du contact des autres religions et des cultures d’ailleurs qui nous renvoie à nous-mêmes, nous obligeant à retrouver ce NOUS que nous avons perdu de vue. La beauté de la chose, c’est vraisemblablement là qu’elle est nichée.

    Solange

    • Jean T

    Chère Solange,

    il est clair d’après vos propos que vous n’êtes plus catholique si vous l’avez été. De plus, à mon avis, vos opinions représentent celles de la majorité des québécois.

    Pourtant le divorce n’est pas encore finalisé. S’il l’était, les propos du cardinal ne vous toucheraient pas plus que ceux, semblables, d’un imam ou d’un rabbin.

    Il est grand temps que l’Église du Québec se redéfinisse autour des 400 ou 500 mille croyants qui restent, qu’elle cesse de croire qu’il y a 6 millions de catholiques au québec et qu’elle largue ceux-ci.

    Quant à vous, je vous recommande, si vous êtes chrétienne, de considérer l’église unie du Canada qui est particulièrement ouverte aux idéaux progressistes ou l’anglicanisme.

    Si c’est toute la tradition judéochrétienne qui vous répugne, vous devriez chercher un véhicule de rituels communautaires (marriages, funérailles…) qui reflète vos convictions.

    Ne vous inquiétez pas, bientôt les propos du cardinal Ouellet vous seront aussi indiférents que ceux d’un patriarche Sikh.

    • Solange Upar

    Bonjour Jean T,

    Merci d’avoir pris le temps de réagir à ma chronique.

    Catholique, je le suis ou, plutôt, le fus sans trop savoir pourquoi. Je sais au moins comment j’y ai abouti. La plupart des gens ont reçu la foi de leurs parents, mais les miens ne m’y ont jamais poussée. J’ai plutôt suivi la masse (esprit grégaire de jeunesse sûrement), happée par le plaisir d’appartenir à un groupe en vue de réalisation des projets communautaires. C’est ce que j’ai aimé et que j’aime encore de l’Église.

    J’ai donc grandi en fréquentant l’Église et je garde un bon souvenir des écoles dirigées par les religieuses. Franchement, je n’ai pas d’histoires personnelles d’horreur à raconter sur ceux et celles qui se sont donné au service des autres. Est-il qu’au contact de l’Église, j’ai vu et a appris des choses, bonnes et mauvaises, déphasées et dépassées qui ont soulevé en moi des questions auxquelles les réponses tardent à venir.

    Pendant que l’Église niaise, la quête du savoir poursuit son bonhomme de chemin et, malheureusement, me détache davantage de l’Église. L’attitude de cette dernière est d’ailleurs à remercier, Jean T. Elle a suscité la réflexion et poussé à voir autrement la quête de la spiritualité.

    « De considérer l’église unie du Canada qui est particulièrement ouverte aux idéaux progressistes ou l’anglicanisme. » Ça ne servira plus à grand-chose parce que je suis plutôt rendue à questionner le besoin auquel répondent les diverses croyances.

    Comme vous, je souhaite vraiment que l’Église se redéfinisse autour de ce qui lui reste encore de sûr. Comment atteindra-t-elle ses brebis déçues ? Je trépigne d’impatience, moi.

    Bon après-midi, Jean T.

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.