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    Citoyen canadien - « Mohammed Kohail, 23 ans, condamné à la décapitation »

    le 6 mars 2008 | 1335 visites | 2.62 / 5 | 8 commentaire(s)
    Citoyen canadien - « Mohammed Kohail, 23 ans, condamné à la décapitation »
    photo : Bakar2007_2008 (Flickr)

    Pourquoi éprouvons-nous un malaise chaque fois qu’il est question de l’Islam dans ces pays où sont appliquées les règles de « justice islamique » ? Pourquoi éprouvons-nous un manque de sympathie et de compréhension à l’égard de l’Islam ? Pourquoi cette incompréhension et ce manque de sympathie se traduisent-ils, plus souvent qu’autrement, en une certaine forme d’intolérance ? Voici un exemple de dilemme que vit le Canada.

    Les frères Kohail ont obtenu leur citoyenneté canadienne en 2005. Ils sont depuis retournés, avec leurs parents, en Arabie saoudite, où ils ont grandi. Mohammed Kohail, 23 ans, est condamné à la peine de mort par décapitation à la suite du décès d’un jeune homme de 18 ans, Munzer Haraki. Par suite d’une altercation, dans une cour d’école mettant en cause le jeune frère du condamné, Sultan Kohail, qui aura 17 ans cette semaine, Mohammed Kohail est intervenu, accompagné d’un ami saoudien, Muhanna Ezzat. Une altercation s’en est suivie. La bagarre a fait plusieurs blessés et s’est terminée par le décès du jeune Haraki. L’ami de Mohamed Kohail, Muhanna Ezzat, est lui aussi condamné à la décapitation. Sultan, le jeune frère, fait aussi face à une accusation de meurtre relativement à la même affaire et pourrait recevoir la même peine. Il a été libéré en attente de son procès. D’après la section canadienne francophone d’Amnistie Internationale, le jeune Kohail a été condamné au terme d’un « processus judiciaire qui est complètement en deçà de toutes les normes internationales de présomption d’innocence, de recours à un avocat, de processus d’appel ». « En Arabie Saoudite, rien de tout ça n’est garanti », a déclaré Anne Sainte-Marie, porte-parole de l’organisme.

    Et comment. Dans une entrevue téléphonique avec le Globe and Mail en mai dernier, Mohammed Kohail avait affirmé avoir été victime de mauvais traitements. Il avait également déclaré qu’un policier l’avait poussé à signer des aveux, affirmant que c’était la seule façon pour lui de sortir de prison et qu’il ne risquait pas grand-chose puisque la victime présumée était encore vivante. Une fois les aveux signés, il avait été informé que la victime était morte et qu’il était accusé de meurtre. L’avocat du jeune homme a eu accès à la cour une seule fois, alors que son client est apparu devant les juges neuf fois. Deux des trois témoins de la défense n’ont pas été entendus. En contrepartie, le consul honoraire aurait assisté à tout le procès. Selon Human Rights Watch, le royaume wahabbite a exécuté 147 personnes entre janvier et novembre 2007.

    Le plus terrifiant, dans cette histoire, est la décision du Canada de ne plus demander la clémence de manière systématique pour les Canadiens condamnés à mort à l’étranger. Depuis l’abolition de la peine de mort au Canada, en 1976, le Canada demandait aux pays, où cette dernière est encore en vigueur, de commuer celle-ci en emprisonnement à vie. « Nous ne nous emploierons pas à demander la clémence dans les pays démocratiques, et en particulier aux États-Unis, où s’est tenu un procès équitable », avait expliqué un porte-parole du ministre des Affaires étrangères canadiennes à l’occasion de la condamnation à mort de l’Albertain Ronald Allen Smith, menacé d’exécution pour un double meurtre, aux États-Unis. Cette décision mettait fin à une longue tradition canadienne d’intervention et de compassion. Ce n’est plus la compassion qui étouffe le gouvernement minoritaire conservateur de Stephen Harper, assuré d’un long règne grâce aux libéraux de Stéphane Dion.

    Malgré cette inaction des libéraux, centrés sur des problèmes de leadership, il s’est pourtant trouvé des voix pour s’élever contre le silence du gouvernement canadien. Irwin Cotler, ancien ministre de la justice sous les libéraux et avocat défenseur des droits de l’homme, croit que le gouvernement Harper doit protester contre tout projet d’exécution. « Nous avons la responsabilité d’intervenir pour protéger nos citoyens dans d’autres pays où ils font face à la peine de mort », a-t-il déclaré à The Gazette. Une amie de la famille Kohail, Mayada Jabri, avait affirmé avoir essuyé plusieurs refus d’aide de la part du gouvernement fédéral.

    Dans le cas du jeune Mohammed Kohail, le gouvernement veut bien faire exception, sur la pointe des pieds. « Nous sommes très déçus de la décision des autorités saoudiennes. Alors, nous ferons de notre mieux pour obtenir une autre décision. Nous voulons avoir une décision qui respecte nos valeurs », a commenté Maxime Bernier, le ministre des Affaires étrangères. Une condamnation à mort aux États-Unis ne heurte en rien les valeurs traditionnelles du Canada, selon le ministre Bernier. En quoi une décapitation en Arabie Saoudite est-elle plus condamnable ? Les autorités saoudiennes pourront juger à bon escient de cette règle de deux poids deux mesures appliquée par le Canada et de cette déclaration des plus « diplomatiques » du ministre Bernier. « Le gouvernement ferme maintenant les yeux lorsque des amis du Canada sont impliqués », rappelle Amnistie Internationale, section canadienne.

    Le quotidien La Presse rappelle le déroulement terrifiant d’une décapitation. « La procédure est toujours la même. Le détenu est amené sur la place publique. La famille de la victime lui fait face. Selon la loi du pays, les proches du défunt sont les seuls à pouvoir gracier le condamné à mort à la dernière minute. Si le pardon ne vient pas, le bourreau donne un coup dans le dos du condamné afin que sa tête se relève. Il tranche ensuite la tête de l’individu avec un sabre  ». Pourquoi serions-nous sympathique à l’Arabie Saoudite ?

    Il y a cette autre histoire terrifiante que rapporte le Figaro : « Un homme a décapité son neveu âgé de quinze mois en plein supermarché en Arabie saoudite, apparemment à la suite d’une dispute familiale, a rapporté lundi un quotidien du royaume, selon le quotidien en anglais Arab News. Il a tranché la tête du garçon devant la mère pour se venger d’elle", a rapporté un policier cité. La mère a perdu connaissance et a été hospitalisée ». Le meurtre, comme nous venons de le voir, est passible de la peine de mort en Arabie saoudite, généralement par décapitation.

    Hossain Salahuddin, 24 ans, d’origine Bengladeshi, est poète, essayiste et ex-musulman. Il a accordé une entrevue à Front Page Magazine, entrevue traduite par Point de Bascule. Salahuddin explique pourquoi il a quitté l’Islam. « Les livres m’ont appris à penser et à juger les choses logiquement, à échapper au monde des préjugés et des croyances irrationnelles. Les livres ont été mon vrai libérateur, c’est le meilleur compagnon que j’ai jamais eu. […] La plupart de mes professeurs étaient des musulmans très orthodoxes et ils n’aimaient pas mes écrits. Ils ont même interdit mes écrits du magazine de l’école, ce qui m’a vraiment bouleversé. […] Ils me rappelaient sans cesse que l’Islam n’approuve pas la poésie, la musique, la peinture, le mélange avec des non-musulmans ou la lecture des textes d’autres religions et ça m’a rendu réellement confus. […] J’ai lu le Coran encore et encore et je ne pouvais pas croire ce que je lisais. J’ai commencé à marquer les versets douteux et à écrire des commentaires à côté d’eux. Je me suis demandé, ces versets pleins de haine sont-ils propagés et prêchés tous les jours dans tous les coins de ma ville ? J’étais complètement sidéré. Au départ, je pensais que c’était la traduction qui était à blâmer. Mais j’ai recueilli de nombreuses traductions du Coran et des érudits musulmans très réputés ont traduit certains d’entre eux. Vous pouvez dire que j’ai été vraiment choqué ». Hossain Salahuddin n’hésite pas à poser la question que nous sommes en droit de nous poser : « Combien de pays musulmans pratiquent la démocratie ? Le libéralisme, le respect de la vie privée et de la liberté individuelle, la liberté d’expression et la liberté de conscience - tout ceci, et tout autre élément de la modernité auquel vous pouvez penser est en contradiction directe avec la croyance islamique ».

    Pouvons-nous, nous aussi, être choqués ? Dans l’attente du sort qui attend trois jeunes hommes, de moins de 25 ans, nous ne pouvons que dénoncer cette nouvelle prise de position du gouvernement canadien de ne plus défendre à l’étranger ses ressortissants condamnés à des peines de mort, que ce soit aux États-Unis ou en Arabie Saoudite.

    (Sources : Canoë, Cyberpresse, Presse canadienne)

    Publie.ca!
    Mots-clés : Société , Politique et arabie saoudite

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  • 8 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    La peine de mort est vraiment barbare et preuve d’une faiblesse devant un problème qui pourrait être résolu de bien d’autres façons plus bénéfiques.

    Le Canada ne peut évidemment pas trop chiâler parce qu’il s’exposerait à nos yeux comme étant hypocrite. Vers la fin de 2007, le Canada a été dans l’eau chaude après avoir mis sur la liste des pays qui pratiquent la torture Israël et les États-Unis. La liste était apparue dans un manuel de formation pour les ambassadeurs. Bien que ce soit un fait documenté que ces deux pays pratiquent la torture, ils ont mis tellement de pression sur le Canada que ce dernier s’est sentit obligé de les retirer de la liste.

    De plus, le Canada s’est fait prendre à transférer des prisonniers aux autorités afghanes et américaines alors qu’ils savaient qu’ils risquaient la torture et la mort.

    Alors faire la morale aux autres, alors que notre voisin du Sud exécute des prisonniers, pratique la torture et des procès militaires extra-judiciaires à Guantanamo, ne paraît pas très bien et est plus difficile à faire avaler.

    Avec la guerre en Iraq et en Afghanistan à laquelle le Canada a participé depuis le début, car elle est belle et bien une même guerre, nous avons les mains dégoulinantes de sang de plus d’un million de civils morts depuis 2001. Et on va s’offusquer de l’Arabie Saoudite parce qu’ils vont décapiter trois têtes ? C’est vraiment révoltant pour nous citoyens, mais pour nos "représentants", c’est business as usual.

    Si on veut se poser exemple moral et éthique, il va falloir qu’on le soi nous-mêmes, individuellement et comme nation. D’ailleurs, le Canada va reprendre le transfert des prisonniers aux Afghans... Qu’allez-vous faire ? Dénoncer votre pays en premier ou celui des autres ? Se souvient-on de la signification profonde de l’intégrité ?

    6 mars 2008 | répondre | permalien
    • Christophe Guilbault

    Je trouve que ca n’a aucun sens. Si un pays accepte la peine de mort et qu’un citoyen canadien y enfrein la loi de facon à être condamné à la peine capital, je crois que les lois dudit pays doivent s’appliquer. Le problème ici n’est pas une question de valeurs ou de compassion, c’est une question d’équité. Ce n’est pas deux poids deux mesures que de laisser les États-Unis exécuter un canadien après un procès équitable et d’intervenir dans le cas présent. Comme vous l’avez dit, en Arabie Saoudite, les principes de droits naturels ne sont même pas respectés. Le Canada ne ferait aucunement démonstration d’hypocrisie en intervenant. Je suis parfaitement d’accord avec ce qui est arrivé à l’Albertain, ce que nous devons demander n’est ni la compassion ni la charité, c’est l’équité, principe de base de l’humanité.

    6 mars 2008 | répondre | permalien

    François

    Depuis l’avènement du gouvernement Harper, force est de reconnaître que notre rapport à la peine de mort est ambigüe. Nous abolissons la peine de mort au Canada et nous tolérons que nos ressortissants subissent ce châtiment suprême chez nos voisins du Sud. Il ne serait pas surprenant, dans un gouvernement conservateur majoritaire, de revoir poindre un débat sur la réinstallation de la peine de mort en territoire canadien.

    Christophe

    Personne ne conteste le droit à un pays d’appliquer ses lois. Comme il n’est pas interdit pour un pays qui a aboli la peine de mort d’intercéder en faveur de l’un de ses ressortissants. Je ne vois aucune contradiction dans une telle démarche. Ce qui est contraire toutefois à la tradition, c’est le fait de fonder les interventions du gouvernement sur des valeurs culturelles qui n’existaient pas auparavant. Un pays ne fonde pas sa crédibilité en basant ses interventions sur des clivages culturels. Le Canada a abandonné lâchement et dans l’indifférence totale Omar Khadr, emprisonné depuis l’âge de 15 ans, dans le déni de toute justice et de ses droits fondamentaux. Cela se passe aux États-Unis. Pas en Arabie Saoudite.

    Pierre R. Chantelois

    6 mars 2008 | répondre | permalien

    J’ai sur ces question une position admirablement simpliste que je ne veux en aucune façon changer.

    J’accepte le relativisme culturel dans une esprit de paix, je ne veux aucun mal à ces gens, je crois que nous ne devrions pas être chez eux... mais je serais fou de joie s’ils étaient sur un autre planète et je n’en veux pas en Occident.

    Fermons les frontières et donnons à ceux qui sont déjà entrés le choix de s’assimiler en renonçant sur le champ à toute prétention à modifier la sphère... ou de repartir. On devrait même leur payer le voyage de retour.

    Soyons aussi conséquent avec cette position, en ne nous mêlant pas des affaires internes de ces pays et en avertissant nos ressortissants que nous leur déconseillons d’y mettre les pieds ou d’y faire des affaires et que nous n’irons pas les y chercher s’il choisissent d’eux-même de descendre dans ces nids de fourmis rouges.

    Je sais que cette position peut sembler aujourd’hui extrême et intolérante, mais je n’ai aucun doute que, dans 10 ans, elle apparaîtra humaniste et qu’il faudra se battre pour la défendre contre ceux parmi nous qui auront des intentions beaucoup plus agressives.

    Pierre JC Allard

    6 mars 2008 | répondre | permalien

    Bonjour Pierre JC

    Position intéressante mais qui pose la question de l’étanchéité des frontières. Autre question. Sur cette théorie, qu’en est-il du commerce transfrontalier ? Ce que nous appliquerions aux question culturelles devrait-il s’appliquer également aux transactions commerciales, industrielles et aux échanges culturels ?

    Remarque : les liens ne fonctionnent pas.

    Merci pour cette intervention hors de l’ordinaire.

    Pierre R. Chantelois

    7 mars 2008 | répondre | permalien

    @ Pierre R.

    Je répond à toutes ces question sur mon site et l’ensemble forme un tout cohérent. Je résume ci-dessous, mais j’espère que les liens fonctionneront, permettant à ceux que ça intéresse d’avoir les explications nécessaires ;

    1. Il n’est pas essentiel d’assurer la parfaite étanchéité des frontières si une preuve de citoyenneté/résidence est exigé pour l’accès à tous les services.

    http://geocities.com/newsociety_2000/5150.html

    2. Il faut revenir - par étapes, mais le plus vite possible - à un protectionnisme à l’échelle du monde occidental.

    http://geocities.com/newsociety_2000/5169.html

    3.Les liens en défaut dans mon commentaire précédent sont ici ; ils complètent ma pensée sur cette question

    http://geocities.com/newsociety_2000/5147.htmll

    http://geocities.com/newsociety_2000/5173.html

    PJCA

    P.S : J’ai répondu à votre commentaire à mon article sur AV

    7 mars 2008 | répondre | permalien

    Désolé encore une erreur :

    http://geocities.com/newsociety_2000/5147.html

    n’est pas pertinent au sujet traité. Sur le relativisme culturel, il faut voir plutôt :

    http://geocities.com/newsociety_2000/5149.html

    PJCA

    7 mars 2008 | répondre | permalien

    Pierre JC

    Les liens fonctionnent et je ne manquerai de les consulter. J’invite les lecteurs à le faire également. Merci pour le commentaire sur AV.

    Amicalement

    Pierre R. Chantelois

    7 mars 2008 | répondre | permalien

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