Cet article de Charles-Louis Thibault est gracieusement offert par Sep7. La version originale a été publiée à cet endroit.

Un film de Jon Poll, avec Anton Yelchin, Kat Dennings, Robert Downey Jr., Hope Davis, Tyler Hilton, Jake Epstein, Lauren Collins, Dylan Taylor, Mark Rendall et Derek McGrath. États-Unis, 2008, 97 min.
Adolescent richissime et brillant, Charlie Bartlett ne cesse pourtant de se faire expulser des écoles privées les plus huppées. Trop sophistiqué pour s’intégrer, il commet délit par-dessus délit pour s’attirer la reconnaissance de ses camarades de classe. Sa mère, perpétuellement médicamentée, tolère avec désinvolture ses écarts de conduite, reléguant plutôt la responsabilité entre les mains du thérapeute familial. Mais quand Charlie se voit forcé de fréquenter l’école publique, un tout nouveau monde s’ouvre à lui. Son habitude de la psychologie et son accès facile à toutes sortes de médicaments, prescrits par une pléiade de psychiatres sans discernement, lui valent une popularité inégalée auprès les déshérités de l’établissement et même les faveurs de la fille du directeur.
Comédie sympathique, mais sans moment fort, Charlie Bartlett, malgré ses prétentions « edgy » demeure dans une zone assez confortable de film pour adolescents. De voir que les parents, et même les directeurs d’école, ne sont pas complètement exempts des affres de l’adolescence est assez satisfaisant, mais ce n’est pas une trouvaille assez formidable pour nous faire oublier les grands pans d’une construction narrative assez standardisée.
Le scénario jongle avec l’idée que les jeunes d’aujourd’hui vivent des frustrations et des anxiétés que les adultes ne comprennent pas, soit parce qu’obnubilés par leurs propres problèmes, soit par leur absence. Rien que nous n’avions pas saisis en regardant Ferris Bueller’s Day Off il y a 20 ans. Quelques échanges accrochent un sourire et quelques séquences séduisent, mais au bout du compte il n’en reste pas grand-chose. Le climax, absurdement dramatique, n’aide en rien l’entreprise et détonne presque autant que le ferait un spectacle d’ours pantomimes au milieu de La Liste de Schindler.
Il faut certes souligner le jeu fébrile de Hope Davis (About Schmidt) en mère névrosée, et la prestation fabuleusement décontractée de Robert Downey Jr. (Weird Science) en directeur alcoolique. Mais noyés dans un ensemble aussi ordinaire, ils ne pouvaient faire autrement que de sortir du lot. Le jeune Anton Yelchin (House of D) tire son épingle dans le rôle-titre, mais non sans quelques accrochages. Son interprétation, souvent très maniérée, demande un effort d’acclimatation et il donne en fin de compte l’impression de jouer avec une gamme de quatre émotions (joie, surprise, tristesse, colère), mais de toujours y aller à fond de train, à la manière d’un enfant en déficit d’attention.
Dans Charlie Bartlett, la déconstruction du modèle ne mène qu’à l’éclosion de l’adolescent roi, du « self-made-man » de 16 ans. Ses faiblesses, ses peurs et ses angoisses sont autant de tares qu’il doit surmonter pour devenir son propre modèle et toucher au bonheur (i.e. perdre sa virginité). La morale finale sert d’apologie à l’autonomisme et à l’affirmation de soi qui passe, forcément, par l’acceptation d’une réalité à laquelle on ne peut pas grand-chose. Un constat assez décevant pour un film qui se voulait hors normes, mais qui finit par nous les éclairer à grand renfort de bons sentiments.
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