Chantal Sébire attend une décision des autorités françaises sur le suicide assistée. Je trouverais indélicat de m’en mêler, comme je trouve indécent qu’on la lui laisse attendre. Je voudrais donc simplement redire ici ce que j’ai dit, il y a 3 ans, à Ottawa...
Monsieur Marcel Tremblay d’Ottawa, 78 ans, vient d’annoncer qu’il va nous quitter. Il va voyager au moyen d’un petit ballon d’hélium qui, à défaut d’emporter dans les cieux son corps bien malade, va faire que s’envole sa vie, son esprit, son âme... Appelez ça comme vous voudrez, mais le petit ballon d’hélium va emporter l’essence de Monsieur Marcel Tremblay. Aussi définitivement qu’on puisse le faire, Monsieur Tremblay va partir. C’est son droit. Personne ne conteste que Monsieur Tremblay soit majeur et sain d’esprit. Personne ne conteste son droit au suicide.
Ce qui n’empêche pas une foule de gens d’y aller de leurs commentaires. Tout le monde et son père a, qui un vieux fond de religiosité qui le pousse à dire que lui ne le ferait pas, qui une expertise qui l’autorise à nous dire que personne ne devrait le faire. Comme si, qui que ce soit pouvait s’y connaître en "vie" et en "désir de vivre". Peu de gens me mettent aussi en rogne que ceux qui veulent compliquer la décision déjà bien difficile d’un être humain de mettre fin à ses jours.
Cette fois c’est un quidam qui s’insurge que Monsieur Tremblay ait rendu public qu’on puisse se suicider - sans douleur, semble-t-il - avec une simple bonbonne qu’on trouve partout du gaz inerte dont on remplit les ballons qu’on laisse ensuite s’envoler dans les fêtes foraines. Il trouve inacceptable que les gens SACHENT comment mourir.... Si c’est trop facile, d’autres le feront, qu’il nous dit. D’autres qui sont vieux, malades, souffrants le feront...
Mais pourquoi ne le feraient-ils pas ? De quoi se mêle une société qui affirme que vivre est un bien en soi, quel que soit le mal que la vie apporte ? Pourquoi véhiculer cette idée saugrenue que le courage est de s’y accrocher sans raison ? Pourquoi ? Parce que la vie.... bon.., bref.., vous savez... Non, je ne sais pas... et eux non plus.
Dès qu’on parle de suicide ou de suicide assisté, les imbéciles font dévier le débat vers l’euthanasie, vesr la dérive d’une société qui tue, alors que ce n’est absolumentpas de ça qu’il s’agit. Il s’agit d’un être humain qui évalue le coût/souffrance et le bénéfice/joie de l’espérance de vie qui est la sienne et décide qu’il n’est plus preneur. Une décision qui peut être parfaitement raisonnable.
Ne faudrait-il pas, au contraire, que TOUT LE MONDE sache comment mourir ? Que cette inévitable épreuve soit adoucie et que le choix d’en sortir avec dignité, quand la vie n’a plus de joie à offrir, soit facilité dans toute la mesure du possible ? On dirait que notre société ne peut échapper à cette vision moyenâgeuse d’une vie qui trouve son sens dans la souffrance.
Ce n’est pas manquer de respect envers la Vie que de n’en prendre qu’à la mesure de son appétit ; ce sont ceux qui veulent gérer la vie des autres, pour apprivoiser leurs propres terreurs, qui manquent de respect à la vie et à leur prochain... et qui ne sont pas respectables. Même - et surtout - si ce ne sont pas des quidams, mais des gens qui se veulent des modèles. Car il n’y a pas que les ignares qui viennent dire des âneries quand on parle du suicide.
Margaret A Somerville, Directrice du Centre for Medicine, Ethics and Law de l’Université McGill, est sans doute ce qui se rapproche le plus d’une référence en matière d’éthique au Canada. Elle a écrit un best-seller sur la question. On s’attendrait à ce qu’elle prenne une position rationnelle . Mais c’est le politiquement correct qui l’emporte et elle vient dire, aux journalistes qui l’interrogent, des fadaises sur le rôle des médias voyeurs qui encouragent indirectement ces décisions d’en finir par leur attention... et qui ne devraient pas. C’est un crime d’encourager au suicide, et blah, blah, blah...
"Si les journaux, n’en parlaient pas, la tentation serait moins forte de vouloir faire de sa mort un message..." nous dit Madame la Directrice. Mais pourquoi, justement, celui qui va mourir serait-il privé de l’ultime satisfaction d’en faire un message ? Pourquoi celui qui se hâte un peu de mourir pour quelque chose, en donnant tout ce qui lui reste à donner, - qui sont sa lucidité et son acceptation - devrait-il se joindre au troupeau des insignifiants qui le critiquent parce qu’ils trouvent, eux, plus correct d’attendre... et de mourir pour rien ?
Elle ne nous le dit pas. Elle ne dit rien de pertinent. Mais comme on ne peut pas, quand on est une sommité, dire seulemnt les mêmes bêtises que tout le monde, Dr Somerville ajoute une perle académique de son cru en mettant sur le compte d’un "intense individualisme" ces décisions de plus en plus fréquentes de quitter la table quand la valeur de la vie est desservie.
"Intense individualisme".... Comme si mourir n’était pas, à bien juste titre, une décision individuelle et si décider de mourir, en effet, ne devrait pas être un moment de grande intensité. Elle propose quoi, la doctoresse, qu’on fasse un colloque et qu’on s’autorise les uns les autres à mourir quand ça ne dérange pas la société ? La doctoresse bien pensante me rappelle aujourd’hui ces médecins qui refusent de prescrire de l’héroine aux moribonds qui souffrent, sous prétexte que ceux-ci pourraient développer une dépendance.... Ce sont des gens que je ne trouve pas sympathiques.
Elle, vous, moi... on prendra tous le train. Marcel Tremblay prend le train qu’il veut. Il a tout mon respect. Bon voyage, Marcel.
Et soyons tous solidaires, aujourd’hui du combat de Chantal Sébire. Il est inacceptable qu’un adulte consentant ne puisse pas choisir de partir quand il le veut et comme il le veut.
/BOUCLE_video>L’argument stupide qui consiste à dire que Dieu nous aurait donné la vie, en conséquence de quoi Lui seul peut prendre la décision de nous l’ôter (argument de malade mental, j’insiste sur ce point) n’a évidemment aucun sens, d’ailleurs si le Pouilleux d’en Haut (car c’est ainsi que je l’appelle) nous donne quelque chose, cette chose devrait nous appartenir en propre, eu égard à la définition même du don, en conséquence de quoi, au contraire, chacun devrait pouvoir s’en séparer quand il le veut.
Je dis et répète que le suicide devrait être légalisé à tous les niveaux, y compris pour les exclus sociaux définitifs qui n’ont plus aucune chance de se refaire dans la société.
Nous sommes dans une société de peur de la mort, et si la peine de mort a été abolie dans certains pays dits civilisés, ce n’est pas pour des raisons idéologiques (les minus habentes n’ont pas d’idéologies) mais bien par trouille de la mort.
L’homme ne sera vraiment homme que lorsqu’il se sera délivré de cette peur.
Merci à vous, cher rédacteur, pour votre article.
Bonjour à l’auteur,
Vous dîtes : "Dès qu’on parle de suicide ou de suicide assisté, les imbéciles font dévier le débat vers l’euthanasie, vers la dérive d’une société qui tue, alors que ce n’est absolument pas de ça qu’il s’agit"
Je ne partage pas votre avis pour ce qui est du cas de "Chantal Sébire" car cette femme ne désire pas se suicider. Elle veut que les médecins l’accompagnent et que la justice les y autorise. Elle ne veut pas être acculée à cette extrémité qu’est le suicide. Elle veut mourir dignement et en famille, avec ses proches et de manière officielle et décente. Il s’agit bien là d’Euthanasie et non de suicide.
Cette différence est fondamentale.
Signé : un imbécile !
Je vous conseille d’aller visiter ce site et de signer la pétition en ligne sur l’euthanasie :
http://www.admd.net/
Pierre JC
Chantal Sébire, cette femme de 52 ans atteinte d’une maladie incurable et qui souhaitait être euthanasiée, a été retrouvée morte mercredi soir à son domicile de Plombières-les-Dijon (Côte-d’Or), a-t-on confirmé de source gouvernementale. Agée de 52 ans, cette mère de trois enfants, atteinte par une tumeur au visage, avait vu sa demande d’euthanasie rejetée par le tribunal de grande instance de Dijon lundi.
Pierre R Chantelois
@ T-Rex : Vous avez raison et le chapeau n’est pas pour vous. Je veux donc préciser ce qui semble avoir prêté à mauvaise interprétation. Quand je parle d’une dérive vers une société qui tue, j’ai sous-entendu - abusivement - une société qui prend sur elle la décision de tuer plutôt que de laisser cette décision à l’individu concerné. Je dénonce fermement cette forme d’euthanasie.
Il y a une autre forme d’euthanasie où la société accepte de faciliter la décision qui est celle de l’individu. C’est celle que Chantal Sebire a demandée au tribunal et que celui-ci lui refusée. Il s’agit donc bien en ce cas, comme vous le dites, d’euthanasie, mais il faut bien préciser qu’elle est conditionnelle au consentement de l’individu. Ce consentement en fait il ou non, AUSSI un suicide ? C’est une casuistique à explorer... Avec prudence, car on en fait parfois une querelle de dogmes et donc de mots, alors qu’il s’agit d’une question de vie et de mort
@ Pierre R : Merci de me transmettre cette information. Je présume qu’une personne charitable a fait que que l’État français n’a pas eu le courage de faire : donner à Chantal Sébire les moyens de sa liberté, de la maîtrise de sa vie et de ses choix. Que le destin l’en récompense.
PJCA
à PIERRE R,
Merci pour cette nouvelle. Mme Sébire a obtenu sa délivrance.
à JC Allard,
"une personne charitable a fait que que l’État français n’a pas eu le courage de faire"
L’état Français, c’est nous ! Il ne peut pas faire ce que la loi lui interdit, en principe. C’est pourquoi il faut que les citoyens demandent aux élus, aux Législateurs de légiférer sur ce sujet.
Et pour agir sur ces derniers il faut signer la pétition en ligne sur l’Euthanasie "active" :
http://www.admd.net/

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