
Paris le 5 novembre 2007 (BCB) - La visite officielle que rendent cette semaine le roi d’Espagne, Juan Carlos 1er et la reine Sophie à Ceuta et Melilla, deux enclaves espagnoles situées sur le littoral méditerranéen du Maroc où vivent actuellement un peu moins de deux cents mille habitants, prend le caractère d’un évènement historique. En effet, c’est la première fois que les souverains manifestent par leur présence depuis le début de leur règne le caractère hispanique de ces deux enclaves pluricentenaires.
Au Maroc qui revendique « le retour à la mère patrie » de ces deux villes la colère du gouvernement et du peuple monte. Ella a fait dire au premier ministre M. Abbas el Fassi, lors d’une session parlementaire consacrée lundi a la visite du roi Juan Carlos que "L’Espagne doit comprendre que le temps du colonialisme est révolu. Ceuta et Melilla font partie intégrante du territoire national et leur récupération se fera par des négociations directes comme ce fut la cas pour Tarfaya, Sidi Ifni et pour le Sahara marocain",
L’une et l’autre, comme l’Andalousie , ont une histoire musulmane dont on trouve les origines aux debut du second millénaire.
Mélilla, en 927 dépendait de l’Emirat de Cordoue, puis, successivement dominées par les dynasties maroco musulmanes des Almoravides (1079), Almohades (1141)Mérinides Wattassides (1497) avant d ’êtres prises par les Espagnols, quatre années après l’évacuation de Grenade par le sultan Boabdil.
Ceuta demeure plus longtemps sous la coupe des dynasties marocaine. Mais elle a été conquise en 1415 par Henri le Navigateur au nom du roi de Portugal puis passée à l’Espagne en 1668 . Elle subit un quart de sècle plus tard, un siège maintenu sans succès pendant 30 ans , 1694 à 1724, par Moulay Ismaïl et par la suite, en depit de nombeusses péripéties, demeura espagnole jusqu’à nos jours.
En raison de leur situation ultramarine les espagnols de ces deux cités autonomes sont farouchement nationalistes . Depuis des décennies, l’Espagne officielle et monarchique et celle du peuple, n’avaient pas réaffirmé avec tant d’orgueil ibérique sa souveraineté et les droits qu’elle estime exercer sur ces deux minuscules satellites tombés à dix lieues de l’Andalousie, par les hasard de l’histoire et le sort des armes sur un terrtoire maghébin.
Sur le plan intérieur et provincial se sont deux journées de liesse auxquelles le roi et la reine d’Espagne ont participé, prouvant ainsi qu’au moins dans ces autonomies lointaines, il y a encore des citoyens pour les respecter et leur manifester leur attachement à la couronne. Ce pourrait être, au mieux, une bonne leçon donnée à l’intention de tous les sceptiques, républicains, ou indépendantistes du royaume, dont les attitudes, les offenses commises au cours des mois derniers ont pu faire croire, à tort ou à raison, qu’un système qui, depuis trente deux ans a sauvé l’Espagne d’une récurrente anarchie, pourrait être mis en cause par des « juancarlistes, qui, on le sait, ne sont ni monarchistes ni philipistes ».
Les dizaines de milliers de petit drapeaux espagnols confectionnés pour ce « grand jour » ont été distribués à la foule comme de coutume, aux enfants des écoles.. Fait remarquable ces populations se sont comportées avec la naïveté de toutes celles qui, de 1912 jusqu’à 1956 , avaient vécu dans le nord marocains hispanophone et dans le Sud francophone jusqu’aux limites sahariennes de l’oued Draa, après d’être persuadées qu’elles allaient pourvoir vivre , pour toujours , dans le cadre d’un pays merveilleux et hospitalier qu’elles avaient cru être le leur.
Puis, était arrivé le jour de l’indépendance, précédant le retour du sultan Mohammed ben Youssef, devenu roi , sous la nom de Mohammed V accuili dans sa capitale par plus d’un milion de marocains venus de toutes les provinces du royaume libéré.
Les régimes de protectorat français et espagnol avaient été abrogés tout le Maroc avait retrouvé sa liberté . Le régime international de Tanger avait été abrogé en 1957. Tout le pays était devenu indépendant… sauf deux villes qu’on appelait « praesides » en Espagnol, des villes où tout le monde, y compris comme on disait , los « moros », comme on disait ne parlait qu’Espagnol et sinon le berbère
Rien n’avait bougé en ces lieux décrits comme stratégiques. De l’autre côté du détroit sur le cône granitique du rocher de Gibraltar flottait toujours l’Union Jack, tous les matins, avait lieu devant le palais du gouverneur la relève de la garde royale. Sur les pentes du rocher virevoltaient, « thank God » les singes gris venus il y a des siècles des montagnes situées de l’autre côté du détroit. Pour l’heure, le clan occidental était sans crainte. On était tranquille car la légende affirmait que Gibraltar cesserait d’être britannique le jour où ces primates auraient disparu. Or ils étaient toujours là et, au besoin, on renforcerait leurs effectifs en favorisant l’immigration xe nouveaux individus venus d’Afrique.
Pourtant, l’Espagne encore franquiste briguait cette partie perdue du royaume dont elle avait été séparée depuis 1702 par les traités d’Utrecht, par de hautes grilles que les touristes franchissaient au prix de parfois longues formalités administratives. Depuis, à la suite d’un référendum cette ville de banquiers, de marins de la Reine, et de militaires, et de contrebandiers possède son propre système politique autonome.
La longueur de temps n’ayant rien fait à l’affaire, les voisins immédiats de l’Espagne, monarchiques, ultra nationalistes comme elle, et plein de rancœur pour la perte , jadis, de ces deux bastions hispanophone et berbérophone dont la fidélité aux dynasties maghrébines les plus contemporaines est encore à démontrer.
De la même manière que le roi Hassan, ayant lancé du 5 au 9 novembre 1975, ses 350 000 sujets de la « Marche verte » a pu reconquérir, et en tout cas faire état de sa volonté de reconquérir le Sahara occidental, au prix d’une guerre qui lui a couté – avec la participation de l’Arabie Saoudite – des millions de dollars contre les « nationaliste sahriens » du Polisario, aidé par l’Algérie, son fils à la recherche d’un grande oeuvre a lancé récemment le projet pharaonnique d’aménagement de Tanger, ses ports, en espérant livrer au tourisme internationale les rivages occidentaux qui bornent le massif du Rif.
Cette vaste entreprise qui déjà provoque l’admiration des visiteurs étrangers n’est elle pas un signe que le moment est venu pour Rabat de réclamer et réoccuper sur les côtes orientale de ce grand massif montagneux du Nord marocain ?
Si cela était la cas, on pourrait se demander ce qui a pu pousser à un moment aussi inopportun, le premier ministre Rodriguez Zapatero, à conseiller aux souverains espagnols d’aller risquer leur vie et leur prestige dans ces deux villes, les jours même anniversaire de la « Marche verte »
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