
Nous avons tous en mémoire les mésaventures de la firme de sécurité privée Blackwater. Quatre enquêtes touchent directement cette entreprise de sécurité : une première enquête est menée par le département d’État avec le soutien de l’armée américaine, une deuxième par une commission américano-irakienne, une troisième a été demandée directement par la secrétaire d’État Condoleezza Rice et une quatrième par le secrétaire à la Défense Robert Gates. « Je suis impatiente d’écouter leurs recommandations sur la manière de protéger notre personnel tout en poursuivant nos objectifs de politique étrangère », a déclaré la secrétaire d’État Rice.
Le FBI a décidé de dépêcher des enquêteurs en Irak, agissait à la demande du secrétariat d’État. Ses investigations pourraient mener à des poursuites judiciaires. Dans le cas de la commission américano-irakienne, il convient de rappeler qu’elle est présidée par le ministre irakien de la Défense (Abdel Kader Mohammed Jassim Obeïdi) et un représentant de l’ambassade américaine. Elle est composée de 16 membres : 8 Américains (5 employés de l’ambassade et 3 officiers de l’armée) et 8 Irakiens. Le gouvernement al-Maliki a annoncé avoir préparé un projet de loi pour contrôler ces entreprises qui seront « tenues pour responsables des actes commis par leurs employés dans les rues ».
Rappelons enfin que le gouvernement américain a ouvert une enquête pour déterminer si des employés de la société de sécurité Blackwater avaient livré illégalement des armes dans ce pays. Selon le Washington Post, qui cite des responsables ayant requis l’anonymat, ces armes pourraient avoir été vendues sur le marché noir en Irak pour se retrouver dans les mains d’organisations qualifiées de terroristes par les États-Unis. L’enquête, dirigée par le bureau du procureur de Raleigh, en Caroline du Nord (sud-est) où se trouve le siège de Blackwater, disposerait de suffisamment d’éléments pour procéder à des inculpations.
Selon un rapport publié lundi par une commission du Congrès américain, Blackwater a dû renvoyer 122 personnes au cours des trois dernières années pour des problèmes de mauvais usage des armes, d’alcool, de drogue, de conduite déplacée ou de comportement violent. De hauts responsables du département d’État, à qui le Congrès reproche de ne pas avoir suffisamment surveillé Blacckwater, feront l’objet d’une interpellation devant une commission de la chambre des Représentants. « Dans 32 de ces incidents, Blackwater a riposté après une attaque tandis que dans 163 cas (soit 84 pour cent des fusillades), le personnel de Blackwater a été le premier à ouvrir le feu », note le rapport du représentant démocrate de Californie, Henry Waxman, un opposant ouvert à la guerre en Irak : « La controverse sur Blackwater constitue une triste illustration des périls d’une dépendance excessive envers des sociétés privées de sécurité », avait déclaré Henry Waxman, également président de la commission de surveillance de la Chambre américaine des représentants au moment des faits.
Nonobstant le fait que les enquêteurs irakiens ont assuré avoir déjà accumulé des preuves et des témoignages concordants pour incriminer Blackwater, le ton à l’égard de l’entreprise délinquante a baissé à Bagdad. Pour rappel, le gouvernement irakien avait interdit les activités de Blackwater, menacé de traduire ses personnels devant la justice irakienne et demandé à l’administration américaine son remplacement par une autre entreprise pour assurer la sécurité des personnels diplomatiques américains. Des déclarations parfois contradictoires de responsables irakiens, qui semblent avoir adopté profil bas, montrent que Bagdad se trouve en difficulté pour imposer son autorité face à des entreprises qui font partie intégrante de l’effort de guerre américain en Irak.
« Si nous forçons cette entreprise à quitter le pays, nous allons créer un vide sécuritaire », a estimé devant la presse le porte-parole civil irakien pour le plan de sécurité de Bagdad, Tahsim Cheikhly. « Cela nous forcerait à retirer des troupes d’autres terrains d’opération », a-t-il conclu le porte-parole qui s’est, par ailleurs, refusé à confirmer que l’enquête était achevée : « L’enquête est encore à ses débuts », a-t-il déclaré. Mais les conclusions pourraient être annoncées dans quelques jours, ce que le contre-amiral Mark Fox, porte-parole de la Force multinationale, a refusé de commenter.
Les enquêteurs irakiens accumulent des preuves et des témoignages pour incriminer l’entreprise américaine Blackwater. Le ministère irakien de l’intérieur disposerait d’au moins une vidéo tournée par la police immédiatement après la fusillade. Les enquêteurs s’attendent à trouver d’autres films amateurs enregistrés, notamment à partir de téléphones portables, pour établir le déroulement des faits. Bref, ce qui se dessine est que la vérité ne viendra pas nécessairement de Bagdad mais de… Washington. Au nombre d’enquêteurs dépêchés à Bagdad, il serait surprenant que le gouvernement américain puisse en taire les résultats. Selon une source irakienne, le gouvernement irakien attendrait maintenant la fin des enquêtes en cours pour décider du sort de l’entreprise américaine de sécurité Blackwater.
Selon certaines sources, ces « spécialistes » de la sécurité gagnent jusqu’à 1.000 dollars par jour. Blackwater facturerait le gouvernement américain 1,222 $ par jour pour un spécialiste de la sécurité ou 445,891 $ sur une base annuelle.
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