Centpapiers
 

    Chroniques

    • Richard Patrosso
    • Richard Patrosso

    • profil | site
    • 37 articles
    • 10 commentaires
    • 3.19 / 5 sur 536 votes
    • 5 fois en vedette
    • Fil RSS des articles de cet auteur:
    A A

    Opinion : Bernard ne se moquait pas de Guy

    le 24 octobre 2007 | 357 visites | 3.27 / 5 | 3 commentaire(s)

    22 Octobre 1941 : Mort de Guy Môquet. Le jeune otage communiste du camp de Châteaubriant en Loire-Atlantique (France), arrêté le 13 Octobre 1940 à la Gare de l’Est à Paris pour infraction au décret portant dissolution des organisations communistes, est fusillé par les nazis avec vingt-six de ses camarades en représailles de l’assassinat du lieutenant-colonel allemand Karl Hotz commis par Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco. Tous trois envoyés de Paris à Nantes par la résistance communiste.

    22 Octobre 2007 : C’est la journée nationale d’hommage au jeune otage exécuté. Ses derniers mots -une lettre d’adieux à sa famille qu’il a rédigé avant de mourir- devaient être lus dans toutes les classes des lycées de France comme l’avait annoncé le Président de la république, Nicolas Sarkozy, le jour de son investiture (le 16 Mai dernier). Avec une raison à cela : « un jeune homme de dix-sept ans qui donne sa vie à la France, c’est un exemple non pas du passé, mais pour l’avenir ». Les enseignants révoltés se font entendre : ils dénoncent une instrumentalisation de l’Histoire. L’État ne doit pas remplacer les chercheurs. Malgré ce grand bruit, Reuters France annonce que l’hommage national voulu par Nicolas Sarkozy a été bien suivi dans l’éducation nationale et que plus de 95% des lycées par académies et départements ont eu leur lecture. Une lecture difficile pour le Ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos. Très critiqué lors de son déplacement. Une lecture sous les sifflets pour la Ministre de la Justice Rachida Dati. Pas de lecture du tout pour le Président de la République en voyage au Maroc pour vendre le TGV alors qu’il est à l’origine de cet évènement national sans précédent.

    07 Septembre 2007 : le sélectionneur du XV de France de Rugby, Bernard Laporte, (devenu depuis Secrétaire d’État au Sport soixante-six ans jour pour jour après la fusillade des vingt-sept de Chateaubriant) prend de l’avance sur celui qui l’a nommé au Gouvernement et demande à Clément Poitrenaud de lire à ses coéquipiers la lettre de l’otage communiste avant le match contre l’équipe d’Argentine. TF1 rapporte les images dans un reportage et un scandale se déclenche alors. Les pseudo-intellectuels, qui n’ont jamais pratiqué de sport et qui possèdent une tribune régulière dans la presse, s’empressent de consacrer leur papier à cette histoire et de condamner cette initiative. Les argentins ne sont pas des nazis, prétextent-ils. En cas de victoire de l’équipe adverse, les joueurs français ne seront pas attachés au poteau.

    Non, bien sûr ! Mais, avancer de tels arguments, c’est oublier toute la concentration nécessaire au sportif avant son épreuve. Avant le match, avant la course. Rien d’autre ne doit exister. La pensée doit être vidée de tout et totalement obsédée par le rendez-vous. C’est ainsi que naît l’exploit. Le sportif n’a pas droit à l’erreur. S’il n’est pas à la hauteur, c’est la mort qui l’attend. Tout est bien sûr métaphorique. Et c’est la raison pour laquelle le sport et la guerre sont deux combats opposés. Lire la lettre d’un jeune homme de dix-sept ans qui va mourir et qui est mort pour la liberté de celui en qui repose toute l’espérance du peuple du rugby français ; ce n’est pas confondre l’adversaire avec le nazisme, mais se persuader que sa tâche de rugbyman n’est rien à côté de l’enfer de la vie de Guy Môquet et que donc il n’y a pas d’excuses pour la défaite.

    Remise dans son contexte : Bernard Laporte est un intime de Nicolas Sarkozy, cette lecture de cette lettre dans les vestiaires d’une équipe française apparaît cependant comme un effet de mode qui tangue vers l’absurdité, mais non sur la faute. Il ne faut quand même pas exagérer jusqu’à être pire que l’accusé !

    Mots-clés : france , Nicolas Sarkozy et Sports

    Évaluez ce texte

    • Currently 3.27/5
    • 1
    • 2
    • 3
    • 4
    • 5

    3.3 sur 5.0 (22 votes)

  • 3 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Richard

    La vie est ainsi faite. Le peuple a un besoin effréné d’icônes. Après la religion, vidé de ces images percutantes, l’État lui en fabrique. Étant étranger à la France, il me semble que l’icône que pouvait représenter Guy Môquet est maintenant quelque peu dévoyé. Avec grands regrets. S’il n’y pas faute du fait d’avoir motivé une équipe sportive à partir de la lecture, dans les vestiaires, de la lettre d’un mourant, force est d’imaginer qu’il ait pu y avoir « erreur de jugement ».

    Pour qu’il y ait appropriation par le peuple d’une commémoration, quelle qu’elle fut, doit-elle s’imposer ou se proposer ? C’est là toute la question. Aucun débat n’a précédé en France, je crois, cette décision présidentielle que nous pourrions facilement qualifier «  d’improvisée  ». Qu’en sera-t-il dans un an ? Ce jeune homme de 17 ans sera-t-il de retour dans le monde de l’oubli ? Je ne crois pas qu’il mériterait cela.

    Pierre R.

    24 octobre 2007 | répondre | permalien

    Bonjour,

    Pierre, je ne suis pas d’accord avec vous. Le peuple c’est nous. Je n’ai pas "un besoin effréné d’icones", comme vous dites. Si c’est le cas pour vous, alors dites : "j’ai un besoin effréné d’icones", mais ne généralisez pas avec moi.

    Dire que Guy Moquet a fait partie de la résistance est un contre-sens historique.

    La question qu’il faut se poser à mon avis, que les médias n’ont pas posée et à laquelle ils ont encore moins répondu, c’est : quelles leçons retenir de l’histoire de Guy Moquet ? Qu’est ce que cette histoire nous enseigne pour l’avenir ?

    28 octobre 2007 | répondre | permalien

    Fares

    Et vous, qu’en pensez-vous ? Puisque vous soulevez la question, j’imagine bien que vous devez avoir un début de réponse.

    Pierre R.

    28 octobre 2007 | répondre | permalien

Du même auteur

Les plus populaires

la communauté centpapiers

Ailleurs sur le Web

Loading...

Droits

Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.