31 juillet 2008 |
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Eau de pluie et eaux usées à Paris, une vieille histoire
A l’augmentation du volume des eaux usées ces dernières années s’est ajouté le problème de l’eau de pluie qui concentre les polluants de surface et les envoie dans l’eau de la Seine. Les pouvoirs publics sont amenés à envisager la mise en place de nouvelles mesures de protection de l’eau. La Seine a été dans le passé un fleuve riche en faune piscicole et après la prise de conscience de ces dernières années, les plus grosses sources de pollution industrielle ont été réduites, améliorant sensiblement la qualité de l’eau de la Seine.
Denrée rare, l’eau est de mieux en mieux gérée dans les habitations individuelles grâce à la mise en place de circuits de récupération d’eau de pluie par les particuliers et par les entreprises. En ville, l’eau de pluie et les eaux de ruissellement qui en découlent, très abondantes du fait du nombre des constructions et des surfaces bitumées, sont peu recyclées et participent paradoxalement à la pollution des cours d’eau en ce sens qu’elles entraînent avec elles les polluants et les poussières issus par exemple des gaz d’échappement. Une taxe de pollution est prélevée en région parisienne pour aider au financement d’installations particulièrement couteuses destinées à protéger l’eau de la Seine. L’Etat et la région sont amenés à faire un travail très complexe pour approvisionner les millions d’usagers du grand Paris, et un regard sur l’Histoire de l’eau à Paris nous fait réaliser le chemin parcouru. La France a de qui tenir et l’expertise des administrations modernes doit sans doute beaucoup aux ingénieurs du Roi Soleil qui avaient imaginé des systèmes sophistiqués comme la machine de Marly pour faire venir l’eau de la Seine jusqu’au château de Versailles et alimenter les bâtiments et les célèbres fontaines.
L’Agence de l’Eau Seine Normandie, qui est chargée de gérer l’eau dans la région parisienne et de veiller à ce que l’eau de la Seine ne reçoive pas des rejets massifs de polluants, donne régulièrement des informations sur la qualité de l’eau des nappes et des réseaux du bassin.
La gestion de l’eau de pluie est sujette à polémique
Quelques voix dissonantes mettent en cause la gestion de l’eau de pluie de l’Agence Eau Seine Normandie, arguant qu’au-delà de slogans officiels comme « l’eau, c’est la vie », l’Agence continue sur des méthodes de gestion héritées des années 1900 et mélange les eaux de ruissellement avec les eaux usées.
Un collectif s’est ainsi constitué pour dire non au projet 2009-2015, qui doit établir les grandes lignes d’action de cette agence. Ce collectif estime qu’avec 650 mm de précipitations par an en moyenne, c’est 45 millions de m3 d’eau de pluie qui tombent sur Paris, plus 300 millions de m3 sur les départements limitrophes que sont les Hauts-de-Seine (92), la Seine-Saint-Denis (93) et la Seine-et-Marne (94), rejoignant les caniveaux, puis les eaux usées dans les égouts, les collecteurs d’eau et les usines d’épuration, au lieu de retourner directement dans le sol. Avec le bétonnement et la couverture toujours plus grande par les revêtements bitumeux, cette eau de ruissellement s’accroît de façon exponentielle, faisant déborder le réseau et augmentant la pollution dans les cours d’eau. L’eau de la Seine est ainsi exposée à des vagues de polluants lors de chaque épisode pluvieux important.
Le collectif souligne que les collecteurs des égouts ont été créés entre 1860 et 1910 sur Paris et sur ce qui s’appelait à l’époque le département Seine. A l’époque, les surfaces bitumées étaient bien plus rares, les rues pavées laissaient s’infiltrer une partie de l’eau de pluie, et la population a triplé depuis.
Le collectif demande aux usagers de la région de se prononcer négativement sur la consultation organisée par l’Agence de l’Eau Seine-Normandie afin que le système imaginé en 1900 ne soit plus appliqué compte tenu des changements survenus : l’eau de pluie doit pouvoir être récupérée immeuble par immeuble à des fins d’arrosage et de nettoyage au lieu d’être envoyée avec les eaux usées sanitaires à quelques 20 kilomètres de la capitale et de risquer de déborder dans l’eau de la seine lors de fortes pluies. Les sites d’épuration comme celui d’Achères dans les Yvelines génèrent des nuisances malodorantes, et ne suffisent plus, on prévoit déjà d’en construire une autre à Clichy pour 50 000 habitants, en pleine Seine et en plein vent.
Malgré la Loi sur l’eau du 30 décembre 2006, l’eau de pluie n’est toujours pas recyclée à part et contribue à des risques de pollution majeurs.
Les touristes, qui font en ces beaux jours d’été leur mini croisière à Paris, ne se doutent certainement pas que l’eau sur laquelle ils voguent est l’objet de farouches batailles…
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