• Avec modernité et succès, se rappeler La Nausée

    17 août 2006 | 1 commentaire(s) | 5 affichage(s)

    Bien que l’on se rappelle plus ou moins de ses dires, ce personnage n’est rien de plus qu’un écrivain modeste et amoureux des lettres. Seulement la question principale reste l’impact et la portée de sa pensée sur les générations qui l’ont côtoyé. Comment l’oublier ? Voici alors un simple texte récapitulatif, presque anecdotique exposant un aspect variablement important de ses œuvres : son premier succès.

    C’est le parcours bigarré d’une figure éminente à une époque pas si lointaine, celui d’un jeune homme qui par ses dires a pu rassembler une jeunesse, la sienne et celle qui lui succéda. Jean-Paul Sartre a permis d’entretenir une relation profondément ancrée dans une vision futuriste de l’Être, non pas qu’en tant qu’Être, mais surtout en tant que projet. C’est ce jeune écrivain, transcendant vers la philosophie et la militance qui animera toute une génération de soixante-huitards en quête d’idée, d’avant-garde et de justice. D’abord, c’est l’écriture qui anime Sartre. Ensuite viendra le théâtre. Ici, il ne sera pas question des fondements de sa philosophie d’ontologie phénoménologique, autrement dit, l’Être et le Néant, mais bel et bien de ses œuvres littéraires. Bien qu’elles soient toutes entachées de cette fameuse pensée existentialiste humaniste, le cheminement de Jean-Paul Sartre lui procurera une renommée de grand écrivain. C’est désormais un événement séculaire s’amorçant à partir de sa naissance (1905) à il y presque un an (2005) : un moment inouï où cette même année 2005 relatait entièrement cette traversé prodigieuse, parfois même mélancolique de la conscience d’un siècle et de la pensée engagée de ce petit homme timide sirotant son café, assit sur les banquettes rouges en moleskines entre deux textes au Café de Flore des quartiers Saint-Germain-des-Près.

    Commençons non pas par le début de cette aventure, mais le début d’un premier succès littéraire. Sans nous donner « la nausée », Jean-Paul Sartre nous offre un récit, sous le même titre, d’une forme particulièrement nouvelle. La Nausée suggère une direction autobiographique, passage inédit dans l’évolution des romans français. 1938 (l’année de sa parution) trace alors la ligne entre un passé et un départ littéraire annonciateur. Le roman se situant dans une période historique précise (1930 et compagnies) retrace sans conteste la vie du jeune Sartre. La version finale du livre, puisqu’il s’est construit par l’agencement de bribes de textes et citations, se constitue non seulement sous une figure autobiographique, mais se présente aussi avec une saveur philosophique, influencée par Husserl et Nietzsche ( Magazine Littéraire, Jean-Paul Sartre : la conscience de son temps, (…)). C’est alors Antoine Roquentin (le personnage premier) qui centralise le roman autour de ses pensées, ses actes et ses lieux. Ce qui fait vivre ce roman, c’est bel et bien la conscience qu’il jette sur sa personne, le fait d’exister lui fait ressentir une hardiesse sans reproche :« la chose, qui attendait, s’est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j’en suis plein. - ce n’est rien : la Chose, c’est moi. L’existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J’existe » ( Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938). Son récit apparaît comme un réel succès littéraire et laisse entrevoir un avant-goût déjà auguré. C’est une œuvre pérennisée qui fondera cette philosophie littéraire que Sartre entremêle avec sa propre vie. Le récit s’engouffre alors dans les incessantes questions, les contradictions commissent par des discours à la fois apprivoisée et refusée. Sans tendre à se disperser, la rhétorique de Roquentin évite la dispersion et la confusion en restant centré sur l’ineffable personnage qu’il se plaît finalement à être : il ne se quitte pas. Ce sont ces émotions presque indicibles qui font de lui un personnage ouvert, accessible, peut-être même trop proche de Sartre. Or, cette structure permet à l’œuvre d’éviter le statisme et d’être constamment en mouvement, revivifié, voire même empli de modernité.

    Suite à la Deuxième Guerre mondiale, la parution de Les Mouches (1943), et son bouquin inébranlable retraçant les bases de sa méthode philosophique l’Être et le Néant, Sartre se fera connaître pour sa militance suite à la période d’occupation et principalement au moment de la libération de Paris. Puis apparaîtra cette ferveur pour « l’existentialisme », honoré par son Père (Sartre lui-même) et espéré par ses fidèles : une nouvelle fonction d’« être » et de « vivre » son destin et son futur.

    Que l’on critique ses œuvres, riches, en perpétuelles ruptures, hermétiques ou encore invariables, il n’en reste pas moins qu’il imposa son innombrable richesse intellectuelle, ces « Mots » qui navrent, contristent ou encore qui instiguent. De ce fait, Sartre fut vu sous plusieurs angles ; un communiste dénué, un professeur de philosophie affligé, mais puisqu’il fut lui-même le fruit de ces polémiques, il restera Sartre, l’homme de son temps. Pour certains, il reste Sartre, l’intellectuel, « [...]Sartre dans son cercueil suivit par des milliers de personnes… Il fallait sans doute avoir vécu à cette époque pour y comprendre quelque chose. » ( http://lunch.free.fr/sartre.htm, Jean-Paul Sartre)

    Guillaume Durou

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  • Un commentaire

    • Sandrine Turcotte

    Je vous recommande très fortement le livre Une si douce occupation dont j’ai parlé ici.. Cela devrait certainement vous intéresser.

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