• Au Cachemire, le golf tue

    6 septembre 2007 | 0 commentaire(s) | 8 affichage(s)

    Centre-ville de Srinagar, de grands arbres centenaires, encore plus de militaires, quelques bâtisses témoignent d’un certain renouveau urbain, mais beaucoup d’autres, partiellement détruites, expriment beaucoup mieux les 60 dernières années. Au centre, agissant comme lieu de rassemblement de la jeunesse cachemirie, un terrain vague.

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    Chien de garde inutile
    Maison du centre-ville de Srinagar qui a subi les conséquences liées aux affrontements des années 90

    Les adolescents y jouent le cricket, ce jeu que les Anglais ont si bien intégré durant leurs 200 ans d’occupation. L’image est belle, des jeunes qui pratiquent un sport d’équipe en laissant tous leurs soucis ailleurs. Derrière ce terrain vague, plus petit qu’un terrain de football, se cache une histoire qui résume bien ce que vit la population cachemirie depuis 1950.

    En milieu de semaine, souvent, de deux à trois parties peuvent se dérouler simultanément. Le cricket est un sport de balle. Cette balle est composée de cuir et pèse 156 grammes. Elle est plus lourde qu’une balle de baseball (142 grammes). Les parties se déroulent à des distances respectables, ce qui permet aux joueurs de ne pas trop se croiser et ainsi, risquer de se blesser.

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    terrain de cricket
    De 4 à 6 parties se jouent simultanément sur cette photo. Le cricket est la principale activité des adolescents cachemiris

    Par contre, le dimanche, c’est le chaos.

    Muhammad Ali, Cachemiri âgé de 21 ans, explique : « Je ne viens jamais le dimanche, c’est beaucoup trop dangereux, dix parties se jouent simultanément. À chaque semaine, il y a un mort parce que frappé au visage ou sur les tempes par une balle de cuir. Tu veux voir de l’action, viens le dimanche ! »

    Ce terrain vague est pratiquement le dernier espace suffisamment grand pour y pratiquer un vrai match de cricket. Il y a quelques années, les jeunes pratiquaient leur sport sur un autre espace beaucoup plus grand, situé à proximité de celui-ci… de l’autre côté de la rue.

    Aujourd’hui, il y a un chalet, une cabane à l’entrée et un neuf trous de golf. Le parcours est vide et en 7 jours, personne n’y a fait un seul coup d’approche. Personne ne peut même s’y avancer. De larges barbelés empêchent quiconque d’accéder au chalet, au parcours ou à tout autre installation situé sur le territoire concerné. Comme si les barbelés n’étaient pas suffisants, il y a un garde qui guette l’entrée de manière permanente. Celui-ci est assis dans un abri, mitraillette fixée sur un cadre, prêt à tirer à la moindre activité louche. Il est tellement nerveux, que même la perspective de voir un touriste prendre une photo le force à orienter le canon en direction du sujet.

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    Membre privilégié
    système de sécurité original protégeant l’accès au golf. Le garde, dans la cabane à droite de l’image, pointe son arme vers tous ceux qui s’arrêtent devant lui.


    Qui joue au golf ici ? « Personne que je connais. », affirme Muhammad Ali.

    Le terrain de golf a été construit pour satisfaire les politiciens qui représentent le Cachemire et ceux qui, par le travail, doivent y séjourner. La classe politique s’est appropriée l’espace de manière arbitraire sans accorder la moindre chance aux jeunes qui y écoulaient leur journée. Pire, les autorités ne se sont pas préoccupées de réorienter les adolescents vers un terrain adéquat afin que ces derniers puissent pratiquer leur sport en toute quiétude. Les adolescents ont transformé le terrain destiné au ballon rond d’en face, en un lieu mal adapté et non sécuritaire pour les besoins du cricket.

    Plus loin, il y a un terrain consacré uniquement au cricket. Muhammad rapplique : « L’endroit est uniquement utilisé par l’équipe nationale ou par les joueurs qui performent dans la ligue interétatique. L’accès est cadenassé et des militaires ainsi que des policiers surveillent les alentours afin que personne ne puisse franchir les clôtures. »

    Les jeunes sont condamnés à subir, impossible pour eux de répliquer et manifester. Chaque jeune qui s’oppose à quoi que ce soit est pris pour cible. « L’armée ne distingue rien, une voix qui s’élève est une menace potentielle. Chacun ici a connu un ami qui s’est fait tirer pour rien. Les militaires déposent ensuite des pièces et scandent que les victimes sont des militants violents. Il n’y a rien pour nous ici », plaide-t-il.

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