
Depuis plusieurs semaines, les discussions vont bon train dans la MRC des Sources concernant l’établissement probable d’un gigantesque dépotoir. En effet, il semblerait qu’un projet d’envergure a été présenté aux maires et aux citoyens de cette région.
Basée à Asbestos, cette multinationale du détritus permettrait la gestion de quelque 800 000 tonnes métriques de déchets par année, dont 550 000 seraient enterrés. À l’heure actuelle, la Régie intermunicipale de gestion des matières résiduelles estime que ce sont présentement entre 17 000 et 18 000 tonnes métriques de déchets qui sont enfouis chaque année dans la MRC des Sources.
Le projet Jeffrey-Mayback vise l’implantation d’un parc « écoressources-énergie » qui constituerait l’un des six plus gros sites d’enfouissement au Québec. Son promoteur, monsieur Bernard Coulombe, est le président de la mine Jeffrey, en difficulté financière depuis quelques années.
Si le projet de dépotoir gigantesque devait voir le jour, ce serait sous le signe d’un partenariat public-privé (PPP). Cette situation limiterait considérablement l’influence que pourraient exercer les municipalités de la MRC sur l’entreprise de gestion des matières résiduelles, en plus de restreindre l’accès à l’information. En outre, le fait que le projet soit régi par un PPP signifierait que plus il y a de déchets, plus les profits seraient considérables. Et, qui dit profit dit souvent abus.
Au sein de la communauté d’Asbestos et des environs, les opinions sont partagées. C’est dans ce cadre que des audiences publiques ont été organisées lors des dernières semaines. De plus, il est fort probable que d’autres rencontres soient mises sur pied afin de prendre le pouls de la population, ainsi que pour exposer de façon plus claire le projet de centre « écoressources-énergie ».
En ce qui concerne les maires de la MRC des Sources, un consensus est loin d’être réalisé, car on a du mal à s’entendre. En fait, tous s’opposent à l’idée d’un méga dépotoir, à l’exception du maire d’Asbestos, Jean-Philippe Bachand. En fait, monsieur Bachand est d’avis qu’il est plus sage d’attendre que le promoteur du projet, Bernard Coulombe, expose les détails relatifs à l’instauration de ce site d’enfouissement.
Monsieur François Bergeron, de la firme Enviro-conseil, a étudié le dossier et ses conclusions exposent une hausse des tarifs d’enfouissement des déchets résiduels. En effet, selon ce dernier, les coûts d’ensevelissement pourraient facilement passer de 35$ à 65$ la tonne, si ce n’est pas davantage.
Pour le moment, la balance des atouts et inconvénients que pourrait représenter le projet Jeffrey-Mayback penche manifestement du côté des désagréments.
En fait, au nombre des points positifs que pourrait apporter l’implantation de cet énorme dépotoir se trouve la création d’emplois. Nous savons que suite à l’affaissement de la mono-industrie de l’amiante, Asbestos connaît un taux de chômage élevé, tandis que le nombre de bénéficiaires de l’aide sociale ne cesse d’augmenter. La réalisation du parc « écoressources-énergie » permettrait la création d’environ 125 à 225 emplois en ce sens.
Cependant, le projet de cet énorme dépotoir comporte également de nombreux mauvais côtés. Au sein de ceux-ci, on retrouve les dangers concernant l’importation de boues dans le cadre des accords de l’ALENA, mais aussi les dangers relatifs à la santé des citoyens d’Asbestos et des environs.
D’abord, grâce aux Accords de libre-échange nord-américain (ALENA), il sera possible, dans le cadre du programme du centre « écoressources-énergie », d’importer des boues de toutes sortes en provenance des États-Unis. En effet, ces boues pourront être acheminées à Asbestos sans que le gouvernement puisse faire quoi que ce soit pour en restreindre l’importation, en vertu des accords de l’ALENA.
En outre, le plus ressent document Diagnostic dans la MRC des Sources, il est fait mention, à la page 55, que les citoyens d’Asbestos sont plus affectés par des tumeurs malignes que le reste de la population québécoise, notamment à cause de l’industrie de l’amiante, qui a constitué le moteur économique de la région pendant un peu plus d’un siècle.
Or, malgré les avancées technologiques relatives à la contaminaison des sols, il est tout de même impossible de garantir que le dépotoir ne polluerait pas les sols, l’air et l’eau. En fait, même si l’on applique des géomembranes synthétiques de grande qualité et que l’on s’assure d’appliquer de larges couches d’argile, les possibilités de contamination restent bien réelles.
À cet effet, monsieur Michel Ledoux, responsable de la gestion des substances dangereuses à l’Université de Sherbrooke, prévient qu’il existe plusieurs substances hautement nocives, notamment le benzène, qui sont en mesure de traverser au moins trois pieds d’argile. Bref, rien qui pourrait améliorer les fortes statistiques de contraction de cancers à Asbestos.
Enfin, même si l’implantation du projet Jeffrey-Mayback représentait un certain espoir d’essor économique pour la ville d’Asbestos, ainsi que pour les villes voisines, la MRC des Sources a depuis quelque temps des desseins plus écologiques. En fait, avec le déclin de la mono-industrie qui prévalait antérieurement, Asbestos se tournerait maintenant vers le développement durable, tout en mettant sur pied des programmes récréotouristiques.
Dans ce cadre, monsieur Claude Messier, citoyen d’Asbestos, propose une solution qui pourrait bien remplacer l’idée d’un parc « écoressources-énergie ». Par exemple, dans un esprit de développement durable et tout en garantissant la création d’emplois, monsieur Messier propose que l’on fasse de sa ville une plaque tournante du compostage.
Bref, la balle est dans le camp du maire d’Asbestos, ainsi que dans celui des autres maires de la MRC des Sources. Il reste à voir jusqu’à quel point la ville d’Asbestos s’abaissera pour espérer une relance économique.
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