• Arlette Farge : Des traces de vie

    11 novembre 2008 | 0 commentaire(s) | 90 affichage(s)

    Le bracelet de parchemin est un livre de 113 pages, publié en 2003 par Bayard. Son auteure, Arlette Farge, est reconnue pour ses recherches originales portant sur le 17e siècle français. Intégrité et empathie caractérisent l’historienne. Les dimensions insoupçonnées de l’histoire sont sa spécialité. Ce livre est le fruit d’une attention particulière sur une tendance surprenante : presque toutes les dépouilles trouvées au 17e siècle par la prévôté française sont porteuses d’un papier quelconque portant une écriture. Trois siècles plus tard, Farge tombe sur ces compilations détaillées. Son regard attentif fera de ces petits papiers disparates un objet historique ayant échappé à l’attention de tous.

    L’importance associée aux mots et à l’écrit
    Les supports et l’écriture seront soumis à un examen. L’auteure fera la démonstration de l’existence d’une culture parmi ceux qui justement devaient en être exclus. Résumons la situation ainsi, au 17e siècle, en France, il y a ceux qui existent et il y a les autres qui s’effacent presque anonymement. Ce terrible constat dissimule une réalité universelle : le genre humain a des caractéristiques communes peu importe ses origines et sa condition. La conscience et le désir de communiquer sont aussi présents chez les individus marginalisés. La preuve étant la présence trop singulière d’un document écrit sur soi. Cet exercice démontre que la recherche nécessite une ouverture d’esprit.

    En effet, un regard attentif est primordial pour trouver et décoder un message. Une appréciation superficielle pourrait nous garder dans l’ignorance de la réelle profondeur de la vie itinérante. Le manque d’intérêt, l’indifférence et la méconnaissance d’une réalité nuisent à la compréhension du phénomène de l’exclusion sociale. La chercheure décrit ces morceaux de vie comme fragiles et laissés à eux-mêmes dans les dédales des archives nationales. Néanmoins, ils démontrent la contradiction du genre humain. En effet, il s’évertue à traiter avec humanité les débris de ceux vivant dans la furtivité.

    À la lumière des faits exposés par Farge, nous comprenons que la pauvreté et l’itinérance sont perméables au rayonnement de la culture et malgré tout, soumises aux contraintes de l’État français. Porter une preuve d’identité est préférable, mais elle est aussi l’expression simple d’avoir une raison sociale. L’individu est un véhicule, il a horreur du vide, il est donc normal de porter en lui le désir d’être connu et reconnu lorsque nécessaire.

    La société se reproduit à chaque jour. Cependant, le contraste vient des individus qui sont en règles et ceux qui vont et viennent. Malgré les zones d’ombre, tous sont soumis au même encadrement de l’État. Sur ce tapissage étatique se déplace des itinérants. Personne n’échappe vraiment à cette attention, la preuve étant le traitement confié à la dépouille mortelle. Elle fait l’objet d’une attention particulière considérant les moyens et surtout la fréquence de ces situations tragiques.

    La mauvaise nouvelle

    La route est un lieu de partagé avec ceux qui ont choisis d’y vivre à temps plein . La mort est préoccupante, elle est source de mouvement. Les gens communiquent et transmettre le message comme une trainée de poudre . Tous sont concernés. La mort est ritualisée et la reconnaissance du défunt fait parti de ce processus . La présence de l’objet peu importe sa forme est généralisée . En nombre impressionnant et dans un fouillis total de forme, une singularité reste, on écrit pour se souvenir et pour avoir sur soi un rappel de l’existence. Le papier est forme d’appartenance et rassurant, il est une forme d’acceptation des rudiments de la société : « Il n’est rien de pire sous l’Ancien Régime que de ne pas pouvoir être enterré en terre chrétienne. La reconnaissance par autrui du corps mort est un acte fondamental » .

    Dans les poches des défunts se trouve aussi l’emprise des institutions, le monde militaire ou bien les activités économiques ni sont d’ailleurs pas étranger. Définitivement, le papier forme une mosaïque aux multiples facettes. Le mouvement et le droit de passage sont l’objet d’une grande attention considérant le grand nombre d’individu en circulation. Raison sociale ou encore certification de la bonne conduite, ces accessoires sont une vraie panoplie pour faire face à l’État de droit français.

    Un trompe-l’œil

    La simplicité apparente d’un écrit dissimule la complexité de la vie du porteur. Les sentiments et les intentions de celui-ci restent à deviner. En effet, écrire peut être aussi l’action de se travestir et de maquiller une réalité. En contrepartie, identifier une dépouille est une action voulant démontrer une certaine supériorité de l’esprit. C’est aussi un geste absurde dans la mesure où le vivant n’est pas considéré mais son corps inerte lui fait part d’une attention particulière.

    Écrire c’est se réduire dans un format portable. Pour sa part, la culture est vénérée, quasiment magique, elle permet de s’élever. L’appropriation par l’état de ces restants d’humanité ne garanti en rien leur compréhension. Le sens de ces trouvailles, il est fort possible qu’il ne soit jamais vraiment saisit. Est-ce vraiment nécessaire de comprendre ? Cette présence humaine sans éclat perce malgré tout et laisse sa trace. Après avoir accroché le lecteur sur cette découverte intime, l’auteure nous met en garde . L’appréciation d’une source doit rester dans la sobriété même si l’absence peut être troublante. En effet, si le message est toujours physiquement accessible, l’émetteur et surtout le destinataire eux manque à l’appel. La parole est selon Arlette Farge un élément primordial qui fait toujours défaut. Que retenir de ces milliers d’exemple : le respect et l’empathie

    Pour terminer, la compréhension d’un phénomène ne peut jamais être complète à moins de détenir l’ensemble de la preuve. La problématique ? Le jugement de valeur des historiens empêchent d’apprécier à sa juste valeur les documents qui auparavant étaient ignorés ou qui maintenant peuvent faire l’objet d’une attention trop enthousiasme. L’hypothèse ? La paupérisation d’une partie de la société française au 17e siècle ne l’a pas empêché d’aspirer à la culture et d’en connaître certains de ses rudiments.

    L’individu, la société et l’État français sont étroitement liés. L’existence humaine est facilitée par la reconnaissance écrite. Même si l’orbite de certains semblent lointaines ou franchement hors du système, ils sont tous animés par la même force de gravité. Arlette Farge a voulu nous démontrer que l’individu quel qu’il soit agit par mimétisme : il écrit ou porte sur lui l’écrit pour exister. Deuxièmement, cette appropriation de la culture par les exclus est fort symbolique, elle démontre que ceux-ci ne rejettent pas les valeurs de la société et en reproduisent les comportements. Finalement, l’auteure nous prescrit une bonne dose de retenue et de précaution face aux traitements de la source historique, aussi infime soit-elle, pour éviter d’avoir un regard trop pointu sur l’objet historique et ainsi perdre l’œil critique qui caractérise la recherche historienne.

    Conclusion

    Pour résumer, ce bout de parchemin est une manière comme une autre de se lier à l’humanité et ainsi de combattre l’anonymat. C’est aussi un moyen de se forger une identité et de prendre place dans la société. La récupération et l’analyse de ce document par les autorités confirment donc l’appartenance du porteur à la communauté. Finalement, accorder de l’importance à ce document et en effectuer la « lecture » remettent en question notre vision étroite de la pauvreté et sa place dans l’histoire . Cette pensée devrait se refléter dans notre appréciation des problématiques contemporaines.

    1 étoile2 étoiles3 étoiles4 étoiles5 étoiles (Pas encore d'évaluation)
    Mots-clés :

    Laisser un commentaire

    Vous devez être connecté pour publier un commentaire.