
Il n’y a plus de doute : aujourd’hui la société ne fait plus confiance aux journalistes. Dans l’esprit du public, un journal est un prospectus d’un homme politique puissant ou d’un grand patron bien connu et un journaliste réputé est un ami ou un admirateur de telle ou telle personnalité. Les citoyens n’ont donc plus le sentiment d’être informés, mais manipulés. C’est le soupçon qui est le sentiment premier. Et dans une démocratie, que le soupçon soit juste ou erroné, le fait qu’il existe est grave. C’est une crise. En effet, il n’est pas possible de concevoir l’existence de la démocratie sans l’existence de la liberté de la presse.
Au lieu d’être en parfaite harmonie dans la lutte des droits politiques, les journalistes et les citoyens ne s’entendent plus et vont même jusqu’à s’attaquer. Avec l’arrivée d’Internet, une nouvelle forme de journalisme est né. Il ne s’agit plus d’informer contre une rémunération, mais d’intervenir par engagement citoyen. Cette forme de journalisme développé par les internautes volontaires a pour nom le journalisme citoyen : ce qui ne fait pas plaisir à tout le monde. Des professionnels du journalisme ne comprennent pas qu’il soit possible d‘informer sans avoir été formé. Ils accusent ces citoyens de se prendre pour des journalistes professionnels. De quoi renforcer les professionnels sceptiques dans leur certitude illégitime, certains journalistes citoyens vont plus loin que l’engagement et affichent leur volonté de couler la presse. Mauvaise intention : il n’est pas possible de lutter pour la démocratie (finalité du journalisme citoyen) et de vouloir en même temps supprimer ce qui prouve son existence.
La guerre entre le journalisme professionnel et le journalisme citoyen ne peut mener qu’à la destruction de ces deux journalismes. Si ce conflit continue, la mort du journalisme (quel qu’il soit), de la possibilité d’informer, viendra et ce seront les puissants injustes qui règneront.
Il faut donc que le journalisme professionnel et le journalisme citoyen coexistent et soient complémentaires. Pour cela, chacun doit connaître ses limites et sa finalité. Et surtout, chacun doit savoir ce qu’il est vraiment.
Souvent les journalistes professionnels pensent que pour être journaliste citoyen, il faut d’abord être journaliste de profession. Afin de justifier cette thèse, ils affirment qu’un journaliste est un citoyen. C’est oublier qu’un citoyen n’est pas seulement une personne avec des papiers en règles, mais aussi la qualification d’une personne engagée dans la vie de la société. C’est aussi oublier qu’un journaliste n’est pas journaliste en tant que citoyen (volontaire et bénévole), mais en tant que professionnel. C’est un métier. Il est rémunéré. Le journalisme citoyen est donc le journalisme volontairement engagé et bénévole développé par de simples citoyens qui ne sont pas professionnels, mais qui agissent en tant que citoyens engagés. C’est le journalisme des citoyens. Il est donc logique de l’appeler le journalisme citoyen.
Le problème serait que ces citoyens essaient de copier les journalistes professionnels. Le plagiat n’aurait aucun intérêt. Ainsi donc, un journaliste citoyen ne doit pas traiter d’un sujet qu’il ne maîtrise pas, mais apporter sa contribution dans un domaine qui lui tient à cœur et qui est sa spécialité. Il doit se différencier du professionnel et être pleinement un citoyen engagé, non une personne qui veut prendre la place des autres. C’est d’ailleurs ce qui se fait aujourd’hui, mais qui n’enlève pas le préjugé à certains selon qui le cinquième pouvoir manque cruellement de crédibilité.
Pour crédibiliser le journalisme citoyen, il faut donc encore trouver une autre idée : celle d’inviter les journalistes professionnels à participer activement à ce genre de journalisme et aux différents journaux citoyens.
Le problème, c’est qu’il y a une différence capitale entre le professionnel et le journaliste citoyen :
le premier est un reporter : il rapporte des faits et n’a pas à faire intervenir l’avis personnel du citoyen qu’il est dans ses différents articles. Le lecteur ne le lit pas pour connaître son avis personnel sur le sujet traité, mais prendre connaissance de l’évènement. Le journal n’est pas une agora, mais une dépêche.
- le second, lui, est un citoyen engagé. Il n’a pas le devoir de réserves. Les professionnels sont là pour cela et il serait absurde de vouloir les remplacer. Le journaliste citoyen a le devoir de transparence pour être bien compris de ses lecteurs. Il n’a donc pas à cacher son avis personnel et peut disserter dans son texte.
Pour toutes ces raisons, il n’est pas possible d’être à la fois professionnel du journalisme et citoyen engagé publiquement dans une forme de journalisme qui demande la transparence et non le devoir de réserve. Autrement dit, il n’est pas possible d’être à la fois journaliste professionnel et journaliste citoyen. Pour un professionnel de l’information, participer au journalisme des citoyens serait décrédibiliser le journaliste professionnel qu’il est. Pourtant, il serait rassurant pour un certain public que les journalistes professionnels se libèrent dans le journalisme citoyen. L’accusation de corruption de la presse redescendrait et le journalisme citoyen n’apparaîtrait plus aux yeux de certains comme l’étalement de brouillons non finis.
Pour que les journalistes professionnels contribuent au journalisme citoyen sans se décrédibiliser, la solution est simple : prendre un pseudonyme. De plus, l’important n’est pas la personne qui rédige, mais ce qui est dit.
Sous pseudonyme et avec l’envie d’informer, le journaliste censuré s’accomplira dans le journalisme citoyen. Il se livrera à ce devoir avec passion, retrouvant le métier qu’il a choisi avant de l’exercer et découvrir les premières déceptions d’un système injuste qui veut que même la presse ait des tabous, soit aux ordres de certains.
En participant au journalisme citoyen, le journaliste professionnel peut enfin œuvrer pour l’intérêt général. Ambition de tout vrai journaliste. Devoir de tout vrai citoyen. C’est pourquoi les vrais journalistes ne peuvent que participer au journalisme citoyen. Sans effacer les autres. L’exclusion et l’intérêt de tous sont contradictoires.
/BOUCLE_video>Votre idée est très intéressante. Il me semble aussi que le journaliste professionel pourrait jouer un rôle d’encadrement au sein d’une plateforme citoyenne, en commentant le travail des "amateurs".
Mais il y a quelques différences entre la situation québécoise et la situation française. Le manque de confiance envers les journalistes est beaucoup moins prononcé chez nous qu’en France, il me semble. Cela explique peut-être l’engouement moindre pour le journalisme citoyen. Il n’est pas évident d’intéresser les journalistes professionnels à la chose.
Mais bon, ça viendra sûrement, et à ce moment, leur participation anonyme ou pas, sera des plus utiles.
Oui... les journalistes professionnels devraient, sinon encadrer, prendre conscience de l’importance de cette sorte de crise de confiance envers leur métier... Seulement, il semble que les journalistes français y soient très rétiscents... et n’y voient pas d’intérêt général... Avez vous lu l’éditorial du Monde de vendredi dernier ? en voici un extrait
Le journalisme citoyen émane d’une nouvelle tendance sociale du désir de participer, nouvellement perverti par les mass medias.
Article intéressant sur le futur de la télévision, feedé par le citoyen : (Gary Carter est le président de FremantleMedia (American Idol entre autre)) : http://adverlab.blogspot.com/2007/01/gary-carter-on-death-of-tv.html
Vigilance, Vigilance, Vigilance.
Le parralèle de l’essence de cet article avec la coopération citoyenne dans la propagation des informations sur la toile est facile à faire.
Si la mission sociale du "journaliste citoyen" est différente de celle du "journaliste de profession", l’encadrement du journaliste est impératif : les méthodes de travail, sur l’éthique et sur la mission sacré du journaliste.
Il faut IMPÉRATIVEMENT une éducation citoyenne sinon le courant libérateur issu de cette nouvelle forme de participation citoyenne sera perverti. La crédibilité et l’image d’un site Web ou d’un poste de télévision n’est pas toujours basée sur des arguments objectifs.
....Et ne nous fions pas sur les barons des informations pour nous éduquer :)
Les journalistes de métier devront-ils redorer leurs blasons en se concentrant sur les articles de fond ? ;)
Le journaliste citoyen, selon ce que j’en pense, ne joue pas dans les plate-bande des pros. Les journalistes ne sont pas les seuls cerbères de la liberté de presse.
Les journalistes québécois ont une meilleure réputation que ceux de France quant à leur distance par rapport à toute forme de pouvoir, mais ils n’en semblent pas moins très peu ouverts à une forme de collaboration à la Rue89. Qui sait cependant, ça pourrait changer. D’autant que les entreprises qui possèdent les médias commerciaux ne semblent pas conscientes du tort énorme qu’elles font à leur capital le plus précieux : l’indépendance éditoriale de leurs employés journalistes. Il suffit de voir aller Québécor, et dans une moindre mesure Gesca (Cyberpresse) pour s’en rendre compte.
Par ailleurs, il ne faut pas confondre liberté d’expression et journalisme. Toute personne peut diffuser de l’information, certaines maitrisant mieux les techniques du journalisme que d’autres, mais chaque personne qui se prétend journaliste - même en ajoutant l’adjectif citoyen - n’est pas plus journaliste qu’un "avocat citoyen" ne serait avocat. Pour être journaliste, il faut maitriser les bases du métier (ça ne s’apprend pas forcément à l’université) et les pratiquer encore et encore.
Pour ma part, je n’aime pas les termes journaliste citoyen ou journaliste reporter ou journalisme civique qui me semblent mélanger inutilement les genres (quoique je comprenne que c’est plus simple à saisir pour la moyenne des ours), mais j’aime définitivement exercer mes droits de citoyen en diffusant ce que j’apprends et en donnant mon point de vue. Tant mieux si je contribue à une meilleure connaissance des sujets sur lesquels j’écrit. Est-ce que je trouverais intéressant de collaborer avec un journaliste dans une formule qui laisse à ce dernier le contrôle de ce qui se publie suite à cette collaboration ? Pas vraiment, mais j’imagine que certains embarqueraient.

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