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    Al Gore - Le Nobel se dit un politicien en cure de désintoxication

    le 12 octobre 2007 | 867 visites | 4.00 / 5 | 2 commentaire(s)
    Al Gore - Le Nobel se dit un politicien en cure de désintoxication
    photo : world ressource institute

    Al Gore reçoit le prix Nobel de la paix pour ses efforts de collecte et de diffusion des connaissances sur les changements climatiques provoqués par l’homme. Conjointement le Nobel est attribué au panel de l’ONU sur le climat, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec). Pour son président, le comité Nobel norvégien souhaite contribuer à focaliser davantage l’attention sur les processus et les décisions qui semblent nécessaires pour protéger à l’avenir le climat de la planète, et pour réduire ainsi la menace pesant sur l’humanité.

    Parmi un flot de félicitations qui arrivent de partout dans le monde, la chancelière allemande, Angela Merkel, se félicite de ce choix du comité Nobel tout en soulignant l’engagement personnel d’Al Gore qui a contribué, comme aucun autre, à éveiller la conscience mondiale. Après avoir reçu également les félicitations de Bill et Hillary Clinton, Al Gore a reçu l’assurance de la Maison blanche que, non, cette attribution n’allait pas accroître la pression sur l’administration Bush pour modifier sa politique en matière d’environnement. Karine Gavand, responsable de la campagne Climat à Greenpeace France, considère que cette attribution est « un message envoyé au gouvernement américain, qui refuse encore aujourd’hui de signer le protocole de Kyoto et qui tente par tous les moyens de torpiller le seul instrument juridique international contraignant existant à ce jour pour répondre à l’échelle mondiale aux enjeux climatiques ». Il est malheureux que le Canada n’ait pas d’interlocuteur équivalent à Al Gore pour faire entendre raison à son premier ministre minoritaire, Stephen Harper. Pour John Bennett de ClimateforChange.ca : « Nous espérons que George Bush et Stephen Harper saisissent maintenant toute l’urgence de la situation ».

    D’un côté, Al Gore reçoit le prix Nobel de la paix, de l’autre, il fait l’objet d’un jugement d’une Haute Cour de Londres : certaines informations tirées du film « Une Vérité qui dérange  » ne sont pas étayées par des preuves scientifiques, vient de conclure un juge britannique. Déjà des voix s’élèvent pour remettre en cause le prix Nobel décerné à Al Gore.

    Pour chaque représentation, dans les collèges et lycées anglais, du film « Une Vérité qui dérange  », un document écrit devra être remis, conformément à la décision du juge Michael Burton, aux enseignants afin de minimiser l’impact du « contexte d’alarmisme et d’exagération » que soulève le documentaire. Le juge Burton note que le film se fonde sur une recherche et sur des faits scientifiques qu’il qualifie de pratiquement exacts. Sauf que la science est, dans ce cas, utilisée par un homme politique et un communicateur pour soutenir un programme politique.

    Al Gore se dit satisfait de jugement de la Haute Cour de Londres du fait que le juge Burton n’a recensé en fait que neuf erreurs scientifiques sur l’ensemble des données proposées par « Une Vérité qui dérange  ». Al Gore n’a pas réagi à l’idée que, selon le juge Burton, le projet du gouvernement britannique de projeter le film dans les établissements scolaires enfreint les lois interdisant la promotion d’opinions politiques partisanes dans les classes.

    D’une durée de 94 minutes, le documentaire « Une Vérité qui dérange  » est une suite d’une présentation multimédia que présentait l’ancien vice-président Al Gore dans le cadre de sa campagne de sensibilisation sur le réchauffement climatique. Selon Wikipedia, « An Inconvenient Truth » serait le troisième plus gros succès jusqu’à présent pour un documentaire aux États-Unis. Un livre a été publié en même temps que la sortie du documentaire en salle.

    Damian Thompson, dans le Telegraph de Londres, s’interroge : qu’a bien pu faire Al Gore pour la paix ? (What has Al Gore done for world peace ?) Il n’a pas lu la déclaration du président français, Nicolas Sarkozy, qui félicite le lauréat du prix Nobel en ces termes : « la lutte d’aujourd’hui contre le changement climatique est un facteur déterminant de la paix de demain ». Aux yeux du journaliste, l’objection de fond à cette attribution du prix Nobel est la suivante : en quoi la paix internationale est-elle menacée par le réchauffement climatique ? En quoi le documentaire « Une Vérité qui dérange  » est-il intervenu pour faire avancer la paix dans le monde ? Le chroniqueur britannique n’est pas seul à partager cette opinion.

    Le réchauffement climatique - ou plutôt le non-réchauffement climatique - est devenu depuis quelques mois l’un des sujets préférés du président tchèque, Vaclav Klaus. A New York, le chef de l’État tchèque s’était, en septembre dernier, distingué du reste du monde : alors que tous les intervenants à la tribune tiraient la sonnette d’alarme, Vaclav Klaus mettait en doute l’existence même du phénomène de réchauffement du climat : « La hausse des températures mondiales ces dernières années, décennies et siècles a été minime par comparaison historique et pratiquement négligeable en terme d’impact sur les humains et leurs activités ». « Discours qui ne représentait que lui-même », a riposté le ministre tchèque de l’Environnement Martin Bursik, furieux de cette initiative. Rien de très surprenant, donc, d’apprendre, qu’à Prague, Vaclav Klaus s’est dit étonné de l’attribution du Prix Nobel de la Paix 2007 à l’ancien vice-président américain, Al Gore : « le fait qu’Al Gore mette en doute les piliers de la civilisation actuelle n’apporte pas trop à la paix ».

    Parmi les voix discordantes, le Danois Bjoern Lomborg, auteur du livre « L’écologiste sceptique » et professeur à la Copenhagen Business School, aurait préféré que « le comité du Prix Nobel se focalise sur d’autres grands problèmes oubliés comme la sous-alimentation, la malaria et le manque de libre échange agricole dans le monde au lieu du réchauffement climatique ». Lomborg a ajouté sur le ton de l’humour : « il est aussi ironique qu’il (le prix Nobel) soit partagé entre le Giec et Al Gore, celui-là même qui a ignoré les recherches de ce panel  ». Le scientifique et ancien ministre français, Claude Allègre, s’est dit « complètement indifférent » à la décision du jury du Nobel. « C’est de la politique, c’est pour intervenir dans la politique américaine, c’est scandaleux !  » (AFP)

    La question circule de plus en plus. Les rumeurs vont bon train. Celui qui peut maintenant se présenter comme un prix Nobel de la paix aura-t-il des velléités d’entrer dans la course à l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2008 ? Certains observateurs spéculent déjà sur la possibilité que le Nobel ravive les anciennes ambitions d’Al Gore à un an de la présidentielle. Le comité Nobel norvégien a paré le coup : « Cela ne nous intéresse pas de savoir ce que le lauréat fait par la suite », a déclaré le président du comité Nobel, Ole Danbolt Mjoes, interrogé sur les chances pour que la carrière politique de M. Gore soit subitement relancée.

    Le site Draft Gore présente l’ancien président comme la « conscience du parti démocrate  » des États-Unis. Dans une lettre ouverte parue dans le New-York Times, l’équipe de Draft Gore considère que : « de nombreux candidats de valeur briguent l’investiture démocrate. Mais personne d’autre que lui n’a l’expérience, la vision, la place dans le monde et le courage politique qui conduisent à la victoire » (Reuters). Mais voilà : la porte-parole de Gore, Kalee Kreider, est encore plus catégorique. « Il n’a vraiment pas l’intention de se présenter à la présidentielle en 2008 » (Le Monde). Ce propos est confirmé par le principal intéressé lui-même : « Je suis tombé en désamour avec la politique, où les candidats doivent limiter leur message à une phrase pour les journaux télévisés du soir. Si je fais bien mon travail, tous les candidats vont parler de la crise climatique. Et je ne suis pas convaincu que la présidence soit le meilleur rôle que je puisse jouer  ». Avec 70 millions de dollars en caisse pour la campagne présidentielle de 2008, la candidate démocrate Hillary Clinton peut constituer un sérieux frein aux aspirations – fussent-elles secrètes – d’un Al Gore nobélisé.

    Bien évidemment, au cœur du bureau ovale de la Maison Blanche, Al Gore, en tant que président des États-Unis d’Amérique, pourrait ratifier cet accord de Kyoto tant décrié par Georges W. Bush. Un baume pour celui qui a été défait de manière si peu élégante en 2000. Le jeu en vaut-il la chandelle ? « Je suis en politicien en cure de désintoxication. Mais il faut toujours se méfier d’une possible rechute. Je n’ai pas exclu de me présenter, mais je ne pense pas que cela ait des chances de se produire », déclarait l’ancien vice-président de Bill Clinton à l’hebdomadaire Time qui fait état de cette question dans son édition du 12 octobre.

    Al Gore dresse, dans le Time, un bilan réaliste de la démocratie américaine : « Notre démocratie a eu ses ratées - c’est mon avis. Nous avons commis un certain nombre d’erreurs politiques sérieuses. Mais il serait simpliste et trop partisan de blâmer l’administration de Bush-Cheney. Nous avons les contrôles et les freins, un ordre judiciaire indépendant, une presse libre, un Congrès - ont-ils tous échoué ? Avons-nous tous échoué ?  » (We’ve got checks and balances, an independent judiciary, a free press, a Congress—have they all failed us ? Have we failed ourselves  ?)

    Al Gore se présentera-t-il à la candidature présidentielle de 2008 pour corriger les erreurs de parcours de l’administration Bush-Cheney ? Pour l’instant, nul ne saurait le prédire.

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  • 2 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Bon article.

    Dans la course démocrate, n’oublions pas M.Barack Obama et M.John Edwards.

    M.Clinton a déja été élu 2 fois ca suffit non ? On va pas continuer avec sa femme comme on a continué avec le fils Bush.

    14 octobre 2007 | répondre | permalien

    Paul

    Merci de votre visite et de votre commentaire. Tout à fait d’accord de ne pas oublier les candidats démocrates Obama et Edwards. L’élection d’Hillary Clinton donnerait l’image d’une Amérique familiale où les clans se succéderaient les uns après les autres. Les dynasties Kennedy, Bush et, peut-être maintenant, Clinton.

    Pierre R.

    14 octobre 2007 | répondre | permalien

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