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Un Qu?bec qui perd ses rep?res

Photo: MagZQu?bec
Guy Lachapelle
Il n?y a pas si longtemps, le PQ ?tait en t?te dans les sondages, et on assistait ? l?usure du gouvernement.

? retenir

    ?? mon sens, tant que le r?gime conf?d?ratif tiendra Qu?bec sous la tutelle d’Ottawa, il ne s’accomplira rien de d?cisif. Le parti politique ? quel qu’il soit ? qui nous sauvera sera celui qui mettra en t?te de son programme comme article premier et essentiel une rupture de la Conf?d?ration.?
    ? Fran?ois Hertel (Leur inqui?tude, 1936)

Le Parti qu?b?cois fait les manchettes presque tous les jours depuis mai dernier. La d?faite surprenante du Bloc lors des ?lections f?d?rales et une fin de session en dents de scie ? l’Assembl?e nationale, autour d’un quelconque amphith??tre, ont fait oublier ? nos ?lites politiques l’essentiel, la raison d’?tre fondamentale de leur engagement politique, qui est de placer les int?r?ts du Qu?bec au premier plan de leur combat.

Il est triste de voir le Parti qu?b?cois se diviser alors que sa chef avait obtenu 93 % d’appui de la part de ses militants il n’y a pas si longtemps. Le PQ ?tait en t?te dans les sondages, et on assistait ? l’usure du gouvernement. Les citoyens croient que la corruption est plus grande qu’avant. Ils esp?rent plus de coh?rence, plus d’int?grit? de la part de nos ?lites politiques, et voil? que tout le monde veut cr?er son parti politique et devenir chef.

Les rep?res

Nos ?lites politiques ont perdu tous leurs rep?res. Le Qu?bec vit toujours ? l’?re de la mondialisation et des transformations ?conomiques qui bouleversent nos structures de gouvernance. Par le pass?, le PQ a toujours eu une vision globale des maux qui affectent notre soci?t?. Ce qui caract?risait le dynamisme de ses membres ?tait de pouvoir comparer et partager avec d’autres soci?t?s sociales-d?mocrates tant nos difficult?s que nos succ?s.

Il est temps que ces ?lites se ressaisissent, et ce, quel que soit le parti politique. Elles donnent l’impression que la terre est plate et, pourtant, elle tourne toujours! Pendant que chacun pense avec son ego surdimensionn? que la solution passe par lui, par la cr?ation de nouveaux partis politiques et que le peuple suivra, on oublie de regarder en avant.

En fait, tous nos chefs politiques ont ces jours-ci des solutions ? tant ? droite qu’? gauche ? ? offrir ? nos pauvres citoyens qui se d?sesp?rent de voir le vide qu’ont les ?lites politiques et ?conomiques ? proposer: pas de vision, aucune d?finition des objectifs collectifs ? atteindre.

Si nos politiciens n’ont rien ? offrir aux Qu?b?cois, il est tout ? fait normal que ceux-ci se d?sint?ressent d’eux. Il faut ?viter les batailles futiles et vaines sur la fa?on de faire l’ind?pendance. Insistons plut?t sur la volont? et la capacit? de vouloir faire l’ind?pendance. Les nouveaux pays du si?cle dernier ont ?t? cr??s d’abord et avant tout gr?ce ? la droiture et ? la d?termination de leurs ?lites. Comme me le demandait un coll?gue fran?ais: voulez-vous vraiment faire l’ind?pendance? Il en doutait ? observer le comportement de nos ?lites.

Le go?t du Qu?bec

Nos combats collectifs ? et au premier chef le d?veloppement de notre culture en Am?rique du Nord et ailleurs dans le monde ainsi que notre fiert? nationale ? semblent choses du pass?. Il faut retrouver le go?t du Qu?bec. Pour cela, il faut aimer profond?ment ce pays qui est le n?tre et surtout ceux et celles qui l’habitent, comme nous le rappelait si souvent Ren? L?vesque. On fait un pays avec des gens, des citoyens et non avec des amis Facebook!

Le d?veloppement humain et ?conomique des r?gions, la volont? de transformer Qu?bec en une v?ritable capitale nationale, et Montr?al en une m?tropole internationale avec toutes les infrastructures et ?v?nements d’une ville qui revendique un tel titre, la mise en place des outils favorisant la responsabilit? sociale des individus, leur capacit? de d?cider quant ? leur environnement imm?diat, tout cela devrait servir ? am?liorer la qualit? de vie de tous nos concitoyens.

En relisant Fran?ois Hertel et son livre Leur inqui?tude, de 1936, on peut retrouver les m?mes malaises qu’aujourd’hui alors que la jeunesse de l’?poque se d?sint?ressait de la politique ? un moment ou la situation ?conomique ?tait pr?caire, que les ?lites politiques avaient peu ? offrir et que la corruption faisait ses ravages. C’est d’ailleurs dans ce contexte que l’Action lib?rale nationale (ALN) fut cr??e par des membres dissidents du Parti lib?ral qui finalement firent une alliance avec le Parti conservateur de Maurice Duplessis aux ?lections de 1935. S’il y a un parall?le ? faire avec cette p?riode, c’est surtout pour observer que les germes de la dissidence et du vide politique sont les m?mes. Mais ce qui est surtout inqui?tant, de notre point de vue, c’est de voir cette mont?e d’une certaine droite qui n’avait que des solutions ? court terme ? offrir. La situation actuelle au Qu?bec n’est pas unique. De plus en plus de partis de droite en Europe recueillent des appuis inattendus. L’histoire nous a pourtant appris qu’il faut ?tre prudent avec ces vendeurs itin?rants, car le vide politique peut aussi entra?ner un vide social.

Ne pas manquer le rendez-vous

Pour se ressaisir, les chefs historiques du Parti qu?b?cois et des autres partis souverainistes devraient aujourd’hui ?tre assis ? une m?me table et avoir tous ? leur programme le m?me article premier: faire l’ind?pendance du Qu?bec. Il n’y a pas de place pour les fanfaronnades ou des d?bats futiles sur le pays r?v?. Il n’y a qu’un seul pays: celui qui se fait! Qu’on soit social-d?mocrate, de droite ou de gauche, qu’importe. Il faut se m?fier de ceux et celles qui veulent toujours remettre ? plus tard ce qui doit ?tre fait sous le pr?texte que le peuple n’est pas pr?t.

Nos ?lites ?conomiques devraient, elles aussi, ?tre au rendez-vous. Il est ?tonnant d’entendre si peu d’entre eux parler de la n?cessit? pour nos entreprises de d?velopper davantage leur expertise dans le but d’?tre pr?sentes sur tous les march?s. Malheureusement, on a l’impression que l’ind?cision est plus souvent au rendez-vous que la volont? de placer le Qu?bec dans le peloton t?te des pays dynamiques et innovateurs.

Quelle tristesse ?galement de voir la Caisse de d?p?t et de placements subventionner des entreprises aux ?tats-Unis sans que personne rechigne, sauf la chef du Parti qu?b?cois! La classe ?conomique doit aussi retrouver un certain patriotisme ?conomique. C’est la force de notre voisin du sud.

Le Qu?bec a le choix. Devenir un acteur capable de faire vibrer la plan?te aux grands d?fis de ce si?cle ou s’enfermer dans un provincialisme moribond. Mme Marois a beaucoup de courage en ce moment. Et elle a raison: il faut se ressaisir, retrouver ses marques, ses rep?res, pour pouvoir avancer. Pour cela, il faut retrouver urgemment le go?t du Qu?bec.

***

Guy Lachapelle, professeur de science politique ? l’Universit? Concordia

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    Retrouver le goût de quel Québec, M. Lachapelle?

    Si on me propose l’indépendance du Québec demain, je vote oui, mais tout simplement dans l’espoir qu’au sein d’un pays plus petit il soit plus facile de se faire entendre et de donner aux dynamiques sociétales des orientations saines visant nos intérêts réels à tous.

    Ce serait le même raisonnement si j’habitais une autre province. Ça n’a rien à voir avec la « culture », dont on parle souvent en pareil contexte. Quand il m’arrive d’apercevoir ce que servent nos chaînes de télé, je vois que la culture québécoise ne me semble pas mériter de louanges particulières.

    Ça n’a rien à voir non plus avec la conscience politique, que je trouve plus ou moins aussi faible ici qu’ailleurs. La masse québécoise semble s’indigner des mêmes petites choses que les masses anglophones qui l’entourent, et, comme elles, ne point voir les périls réels ou les grandes arnaques.

    Sous le vent de la crise nucléaire qui se déroule depuis près de six mois à Fukushima, le Québec a décidé de prolonger Gentilly-2. Serait-ce que nos dirigeants sont aussi fous que ceux des anglophones?

    Vous souhaitez donner à Montréal des infrastructures et événements qui lui donneront qualité de métropole internationale. Moi, j’aimerais libérer Montréal de règlements absurdes comme l’interdiction aux citoyens de se promener dans les parcs de leur ville après minuit.

    Je suis d’accord avec vous sur le vide, mais je crains d’être en désaccord avec vous sur ce qui le remplirait de manière à rallier ce qui serait alors, réellement, un peuple distinct.

    Il y avait par ailleurs ici, sur le territoire dit québécois, des peuples fort distincts avant que nos ancêtres s’y installent. Quand on réfléchit à la situation actuelle de leurs descendants, le mouvement nationaliste québécois francophone fait un peu figure d’intrus, voire d’hypocrite, vous ne trouvez pas?

    Mais si on me propose la construction d’un Québec indépendant où nous serons différents des fous de partout, où nous nous empresserons de ne plus substituer l’autorité législative et policière à l’autonomie, au jugement et à la liberté des citoyens, où nous nous empresserons de mettre fin à la folie du nucléaire, où nous nous empresserons de cultiver une conscience politique qui détruira la naïveté et, ainsi, empêchera la corruption et le mensonge chez les dirigeants, où nous nous empresserons de refuser toute dérive sécuritaire et militaire, où nous nous empresserons de refuser toute tyrannie, notamment usuraire, monétaire (il faudra pour cela commencer par s’assurer que nos chaînes de télé cessent de mentir au sujet de l’invasion de la Lybie), sanitaire ou agro-alimentaire, eh bien alors, ce Québec, je le souhaiterai vivement, car nous en aurions grand besoin.

    Je suis d’accord avec vous quand vous dites : Si nos politiciens n’ont rien à offrir aux Québécois, il est tout à fait normal que ceux-ci se désintéressent d’eux. Mais pour moi il s’agit moins de placer le Québec dans le peloton tête des pays dynamiques et innovateurs que de le placer parmi les pays éthiques, conviviaux, intègres, libres.

    Le projet séparatiste pourrait se nourrir de raisons importantes le motivant, par exemple ne plus vouloir être associé aux aventures impérialistes et meurtrières qui sévissent depuis dix ans.

    Entend-on réclamer la séparation et l’indépendance sur de tels fondements?