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500 mots plus les frais (10) ? chaque fois derri?re ce micro

Un seul micro. Plant? l?, je fais partie de ce d?cor fig?, habit? de tables bancales, orn? d?un distributeur de pr?servatifs rouill?. Je demeure immobile sous un chapiteau habill? de verres f?l?s vaguement sales et de quelques piliers de comptoir solvables, perdus au milieu des touristes du soir. Un royaume de poche qui tient en ?quilibre sur le flan d?une montagne sans sommet.
Sur les pentes accident?es de la Croix Rousse, la culture officielle en manque d?adr?naline a le don de venir s??chouer par troupeaux entiers ?il ne reste qu?? signer le constat ? l?amiable ou une demande de subvention?! Tandis que les ?thylotests alignent les hommes en italique contre des murs qui n?avaient rien demand?. La fermentation pour tous.
Ce soir le public est mon pantin et je suis celui de quelqu?un d?autre avec un cachet d?intermittent et un plan de carri?re sous les spotlights en guise de carotte universelle. Et bien disons que je galope en tra?nant la patte, mais pour un moment d??ternit? devant ce micro, je mettrais bien mes 21 grammes au clou. L?infini ? dur?e limit?e devant t?moins, j?ai d?j? tout oubli? avant d?avoir commenc?. Il ne me restera qu?une image fixe sans le son, ni la couleur. Un bar, du bois, une tombe, une noble assembl?e, un enterrement, ? l?heure de la mise en bi?re ma vie d?file devant ma bouche, en improvisation?

La salle miniature peine ? se taire par elle-m?me. Elle garde la chaleur pour les comas bucoliques des mineurs. Pour le moment, elle joue les frigides en tournant du cul quitte ? touiller son index manucur? langoureusement dans son mojito avant de le l?cher au ralenti tout en me fixant. Par la suite, elle hurle au viol collectif blottie dans sa mini soutane. Mais ses principes, sa morale, ses valeurs, sa passion, ses convictions et sa peur d?guis?e en chuchotements complices frappent dans les mains sans savoir pourquoi. Parce que le voisin, inconnu, a commenc? le premier dans l?espoir vain de donner des ordres au spectacle. Qu?elles continuent ? tapoter de plus belle, toujours et encore, elles ne feront pas le show loin qu?elles sont de mon micro. Nous ne sommes pas ?gaux, mais seulement en affaires, donc cordiaux dans la mesure du possible, car je ne veux rien et je peux tout dire ? la fois. Alors il ne vous reste qu?? regarder quelqu?un qui n?est plus l?. Voil? pourquoi ? cet instant, je vous donnerai tout jusqu?? la derni?re parcelle de mon ?me sans que vous ne puissiez jamais me poss?der. Certains ont une bouche, d?autres des oreilles, la cha?ne alimentaire est ainsi?!

Ici-bas dans l?underground, pas de trois coups, pas de respect pour les planches afin de donner le bon ton. Tout ceci parce que la foule a la mauvaise habitude d?imprimer le rythme al?atoire du comptoir. Le calme reprend bri?vement le contr?le, le temps que le foie passe commande au cerveau. Et puis, au royaume des incompris, les cons sont rois. Alors, mieux vaut ?tre accoud? qu??tre ?cout? ? bien y r?fl?chir?! Peu importe le d?bat de la nuit, seul compte le d?bit, en d?cilitres bien s?r. Un demi pour mon quart de si?cle et les 2/3 de la salle. ?pousez ces gobelets en plastique n?s pour ?tre froiss?s, serrez ces verres ?br?ch?s priant pour mourir d?une main maladroite. Puisque la vie n?est qu?une question de pression. Je vous ferai vivre l?enfer, loin de la joie et de la tristesse.

Mes nerfs pour seuls compagnons, j?ai choisi le fer ?mon MIC? que l?on peut croiser en duel singulier, froid comme le silence, fid?le comme le son de ma voix, emprisonn? dans sa cellule, cern? de toute part. Si je pouvais, je le porterais ? la ceinture pr?t ? le d?gainer de son fourreau ? la moindre incartade. D?un geste, un seul, je dispenserais la sentence dans une ruelle aux abois, en centre-ville clinquant, sur un march? populaire, chez ta femme par pure philanthropie. En attendant le retour des gentilshommes, que quelqu?un s?occupe de la table de mixage?! Que je me vide de mes tripes avant de cracher mes poumons pour enfin tirer sur mes cordes vocales jusqu?au point de rupture, les tempes compress?es, des larmes plein les yeux.

Je ne dis ni bonsoir, ni mon nom et encore moins mon surnom. Je me contente de prendre la place qui est la mienne ? la droite du premier freestyle de l?humanit?. Je suis juste l? pour raconter une histoire. Rien plus, rien de moins. Rien d?exceptionnel, rien que mon ordinaire. Un truc simple qui ressemble ? ma gueule, avec les cernes de la veille, l?haleine de l??picier, l?odeur d?une inconnue et le son de ma playlist. Maintenant, ici, vous et moi, pour toujours et ? jamais en t?te ? t?te ? t?te?

Soudain? Hum? Enfin le peuple des hommes ne trouve plus rien ? dire ? son miroir m?prisant. Alors le brouhaha g?n?ral laisse place ? la lourde respiration anonyme de mes narines collant ? la cellule du SM 58 bossel?, us?, contamin? du XLR ? la membrane. J?ai des choses ? dire et vous allez les entendre jusqu?? ce que l?oxyg?ne n?irrigue plus ma cervelle. De chaque c?t? de la fronti?re du dialogue les gorges se r?tractent, la salive s?avale, le temps fait une pause, la tension s?insinue dans tous les muscles disponibles. Les rictus masquent la g?ne unanime dans un ?quilibre en p?ril et des minutes irr?cup?rables

Il est temps, Mesdames et Messieurs, appelez-moi (L.E.) F.L.E.A.U*?! Celui qui plane au-dessus de vos t?tes, d?j? accroch? ? vos tympans, pr?t ? devenir le plus proche des amis, l?amour de votre vie, votre meilleur ennemi. Le ma?tre de c?r?monie qui n?a pas son pareil pour taxer votre esp?rance de vie sans bouger de ces planches, juste l? derri?re ce micro. C?est moi. J?ai continu? ? voler du temps nuits apr?s nuits, planches apr?s planches avec mon compagnon. Mais un jour, je l?ai mang? et mes mains ont commenc? ? parler?

*Lyrical Encricide, F?lon L?thargique Exhumant l?Ali?nation Urbaine ?1997

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