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30? ? l?ombre en attendant le 11 septembre : ?pilogue (6/6)

Mon anniversaire avait une fois de plus aval? son bulletin de naissance. Culs de bouteilles fracass?s sur le bitume, concours d?immolation de bougies et bile pour tous. De la c?l?bration ? l?autodestruction il n?y a qu?un pas !

La rentr?e ?tait d?j? bien d?flor?e et les charlatans en tout genre offraient leur croupion, au nom de l?art, ? qui voulait bien l?acheter chez le disquaire ou chez le libraire. Rien de nouveau en somme, si ce n?est les feuilles guettant l?arriv?e l?gitime de l?automne pour un suicide collectif.

Pour tout vous dire, je n?avais pas le caract?re d?un boy-scout, ni l?ambition d?un mouton et encore moins la mentalit? d?un oncle Tom. Alors lorsque mes cong?n?res se promenaient fi?rement et libres, un dipl?me autour du cou en direction d?une voie universitaire et d?une int?gration par l?argent ? la cl?, je soufflais et haussais les ?paules. Je ne pouvais me r?soudre ? prendre ainsi ma place dans l?abattoir r?publicain ! Et apr?s une fraction de seconde de r?flexion, j?avais d?cid? de mettre un terme ? ma carri?re scolaire avec un C.A.P. pour tout h?ritage et un m?pris certain pour les vendeurs d??galit? et de chance. Les d?s sont de toute fa?on pip?s. Except? que moi je ne joue pas, j??pargne? Enfin j??pargne les tricheurs. Entre la laisse institutionnelle et les liasses criminelles, j?avais d?cid? de ne pas choisir tant que mon ventre m?en donnait encore l?opportunit?.

Ce jour l?, j??tais au magasin, il y avait un show-room ?! Oui j??tais devenu vendeur sur un malentendu, avec mon sourire de croque-mort et ma chaleur reptilienne, j?avoue avoir eu tous les ?l?ments pour ne pas survivre ? ma p?riode d?essai. Mais le patron des lieux m?a gard?, enfin, m?a gard? une place sur son ?tag?re entre sa bourgeoise de l?ouest lyonnais, son criminel d?oncle mi-boxeur mi-ballerine et quelques signes ext?rieurs de d?tresse pour nouveaux riches. Il accomplissait ainsi le r?ve de sa vie : avoir un pote noir? ? chacun ses frustrations.

Je n?en demandais pas tant, que mon employeur soit ma pute. Il lui fallait un point de vue n?gre sur quelque chose. Cette fois la nouvelle moquette qui supportait son canap? blanc dans la r?serve du magasin ?tait en question, la m?me que dans Scarface ! C?est vous dire les ambitions culturelles de l?int?ress?. Bref, loin de moi l?id?e de lui indiquer que Mondial Moquette n?avait aucunement contribu? ? la mystique du film de Brian DePalma. Mais bon, ne rien foutre de l?apr?s-midi ?tait un projet de soci?t? comme un autre.

En d?ambulant l?oeil hagard et la digestion omnipesante dans les all?es et les al?as d?un monde moquetteux, j?avais perdu la notion du temps et l?espoir de revoir la lumi?re du jour avant son terme. J?avais l?impression de tourner en rond, un genre de pi?ge ? con entre le marathon et le labyrinthe.

Mon patron s?adonnait ? son jeu de pr?dilection, l?auto-satisfaction ou comment avec le carnet d?adresses de papa et l?argent de maman construire de ses propres mains un empire dont lui seul connaissait l?existence. Dans ce petit monde, tous les ?ils? et les ?eux? voulaient devenir lui, le ?Je? !

Avec l?exp?rience je finissais par glisser avec une certaine maestria les ?hein, hein?, les ?c?est clair? et les in?luctables ?t?as raison?, histoire d?achever les digressions de sa masturbation ? poumons d?ploy?s. Lorsque soudain la s?ance de sucess story s?interrompit par l?arbitrage de mon portable.

? l?autre bout du fil mon acolyte, Doudou pour les intimes. Alors que nous avions rendez-vous au playground derri?re la Part-Dieu pour une partie de street-ball sans foi ni loi, l?int?ress? me r?torqua qu?il ne pouvait pas y ?tre, d?une voix angoiss?e, agac?e, effray?e et franchement nerveuse.

Une fois le silence pass? et devant mon ironie coutumi?re, Doudou pronon?a lentement la sentence :

? ? Des terroristes ont fait exploser le World Trade Center avec un avion?

– Arr?te tes conneries, tu t?es pris pour Joel Silver ou quoi !? Dis moi plut?t que tu as pr?vu une partie de bagatelle sur fond de R-Kelly ? l?arri?re d?une voiture, hein ?

– Non, Sylvain ?rares sont les fois o? mes proches perdus dans mon enfance m?appellent par mon pr?nom? il y a eu un attentat ? New York, les tours jumelles ont explos?, comme ?a, comme je te le dis, c?est tout. Nous sommes en alerte orange ? la caserne, nous devons nous pr?parer au pire. Je vais faire tout mon possible pour rassurer les gens, on re?oit des appels de panique depuis une heure. Je ne sais pas comment va finir cette histoire encore, mon fr?re. En fait, je ne veux pas le savoir. ?

Je crois que c?est l?une des derni?res fois o? je lui ai parl?, la faute au temps. La faute ? la dictature du choc des civilisations.

La haine populaire nous a ?cartel? jusqu?? nous s?parer. Pfff, je crois que ce jour-l? ma barbe et moi sommes devenus musulmans dans le regard des gens, cela sonnait comme une promotion dans leurs pupilles ? vrai dire. Le bamboula les faisait rire, le barbu silencieux, non !

Quant ? Doudou, il n?eut plus le luxe de sourire. Difficile d??tre pompier et de s?appeler Rachid juste apr?s le 11 septembre?

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