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Merci patron

On connait la chanson des Charlots qui flattait au second degré les vertus des patrons. (paroles)

La loi Khomri leur fait aujourd’hui la part belle, et le 9 mars, il y aura du monde dans la rue pour dire NON à cette loi, même si le gouvernement tente une retraite discrète, tout en prétendant le contraire.

Pour résoudre le chômage, les patrons seraient donc le problème au lieu d’être la solution ?

Pris dans l’enfer de la concurrence, il s’agit, pour les grandes entreprises, de gagner ou de disparaître, et s’il n’y avait pas quelques règles pour protéger ceux qu’elles emploient, nul ne doute que toutes les limites seraient franchies.

Or, les entreprises ont découvert dans notre législation quelques failles, comme celles qui permettent d’employer du personnel bon marché, en recrutant, par sous-traitants interposés, des femmes et des hommes vivant dans des pays à bas salaire, ce qui est le cas notamment pour de nombreux Pays de l’Est.

Il est difficile d’estimer exactement le nombre de ces travailleurs ressortissants de l’Union Européenne, qui travaillent en France à prix cassé et le chiffre officiel était, il y a 4 ans, de110 000, soit 3 fois plus qu’en 2006, mais, s’il faut en croire une note confidentielle publiée dans « le Parisien  » le 13 novembre 2012, le nombre réel de ces travailleurs à bas salaire se situerait entre 220 000 et 330 000. lien

Pourtant il existe une législation qui encadre ces travailleurs à « bas salaire », sous la forme d’une directive européenne qui demande aux États de veiller à ce que « les entreprises garantissent aux travailleurs détachés sur leur territoire les conditions de travail et d’emploi qui sont fixées dans l’état sur le territoire duquel le travail est effectué  ». lien

Sauf que l’Union Européenne rappelle que si les conditions de travail et de salaire sont celles du pays d’accueil, les charges sociales doivent être celles du pays d’origine.

Et puis ce serait oublier que les patrons fraudeurs recourent souvent à la sous-traitance, façon habile de brouiller les cartes, et de passer entre les gouttes des contrôles, ce qui est d’autant plus facile que le nombre de contrôleurs est bien modeste face à l’étendue de la fraude.

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L’un d’eux en fait le cruel constat : « les entreprises ont conscience qu’elles peuvent passer entre les mailles du filet. On n’est pas assez nombreux et elles le savent (…) globalement, tout cela génère un sentiment d’impunité  ». lien

Alors bien sur, l’Europe a réagit, adoptant une nouvelle directive, mais comme le dit la rédaction du Figaro : « les textes européens restent assez flous. Aucune limite de durée de la mission n’est par exemple fixée ». lien

Ça été l’occasion pour Michel Sapin de pratiquer une délicieuse langue de bois.

Tout en reconnaissant « c’est un phénomène qui est connu, qui est extrêmement présent (…) un phénomène qui est illégal », il ajoute « ce sont des entreprises françaises qui utilisent ce type de main-d’œuvre illégale », appelant ensuite chacun à être « cohérent ».

Mais la cohérence n’est-elle pas pour le ministre qui est chargé d’empêcher ces dérives, d’agir, plutôt que d’en rester aux simples paroles ? lien

Récemment, le premier ministre menaçait de prendre des sanctions, les amendes passant de 150 000 euros à 500 000, sauf qu’il n’y a eut que 54 constat d’infractions constatées, alors que 500 gros chantiers sont en cours, comme celui de l’EPR, chantier liés à une cascade de sous traitants, le tiers des 3000 ouvriers qui y travaillent venant surtout de l’Europe de l’Est.

Les polonais, pour ne prendre que cet exemple, ont été recrutés par Atlanco, agence d’intérim irlandaise, ayant des bureaux à Chypre, montage malin pour échapper à des contrôles de toute façon peu probables. lien

Ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’EPR qui, malgré l’utilisation massive de ces ouvriers si mal payés, a vu son prix exploser, passant de 3 milliards à plus de 10 aujourd’hui, dépassement qui aurait été encore plus conséquent si AREVA avait respecté la législation.lien

Valls a beau promettre un renforcement des contrôles, la COP 21 a démontré qu’il ne s’agissait que d’un vœu pieux.

Alors que le nombre de chômeurs ne cesse de grandir, malgré quelques modestes reculs, comment justifier aujourd’hui les pratiques de ces patrons voyous, sachant que tout en trichant, ils privent d’emplois quelques milliers de français ?

Au-delà de ces pratiques bien peu citoyennes, c’est aux pratiques des « grands patrons » qu’il faut s’intéresser.

L’un des plus fortunés d’entre eux, Bernard Arnault, mérite le détour.

Plutôt que d’engager de la main d’œuvre étrangère, il est plus radical, ferme les ateliers qui étaient sur le sol français, et en inaugure dans les pays à bas salaire.

Ainsi l’entreprise Kenzo, du groupe qu’il dirige, LVMH, salariait des ouvrières de la petite ville de Poix-du-Nord, qu’il payait au smic…mais c’était encore trop couteux pour lui, et il a mis ces ouvrières au chômage, délocalisant les ateliers d’abord en Pologne, puis enBulgarie. lien

Que l’on se rassure, ses complets cintrés ne se vendent pas moins cher pour autant, un millier d’euros en moyenne, et la fortune de Bernard Arnault est maintenant de 37,2 milliards.

Il a fait de même avec Givenchy, qui lui appartient aussi, fermant les usines de Normandie, pour les ouvrir en Pologne, et ce sont maintenant des ouvrières polonaise, payées 200 euros de l’heure qui assurent la production de l’entreprise.

Ce n’est pas un exemple isolé, une partie de la fabrication Vuitton vient de Roumanie, voire des Indes, 4% des costumes de l’allemand Hugo Boss vient de Shanghai, Burberry s’est délocalisé à Canton, et la liste est longue ce ceux qui sont prêts à tout pour gagner toujours plus. lien

Malgré tout ils ne refusent pas les aides de l’État, l’occasion de rappeler ce qui s’est passé dans les années 80, lorsque la commission européenne contestait la légalité des subventions versées par l’état français lors de la reprise de l’ex-empire Boussac.

Laurent Fabius avait choisi Bernard Arnault pour reprendre cette société dans laquelle on trouvait Dior, Cardin etc… et avant ça, le groupe ne survivait que grâce aux aides de l’État.

Bernard Arnault s’était engagé à garder 12 000 salariés, alors que le groupe en avait auparavant 30 000, mais en fin de compte, il n’en a gardé que 9000, alors que les aides de l’état avaient été à la hauteur d’un milliard de francs.

L’Europe a dû batailler ferme pendant 7 longues années pour obtenir enfin que le groupe rende à l’état français 356 millions de francs. lien

Aujourd’hui, malgré les promesses hollandaises, on délocalise à tout va, les stocks options sont généralement maintenues, les parachutes dorés aussi, ce qui n’empêche pas le patron des patrons, de réclamer plus de « flexibilité », menaçant de mettre toujours plus de travailleurs à la porte, se plaignant des lourdeurs administratives, des punitions infligées par le Conseil des Prudhommes, et encourage le gouvernement à maintenir la proposition de refonte du droit du travail en l’état.

Aujourd’hui, le gouvernement comprend qu’il ya le feu au lac, d’autant qu’il se souvient que68 avait commencé par une révolte massive d’étudiants, et tente de rassurer, de prendre du recul, promettant d’amender le texte initial…

Mais à part quelques syndicats troublés qui seraient prêts à accepter quelques amendements, la grande majorité des citoyens ne veut plus entendre parler de cette révision du code du travail qui fait passer l’intérêt du patron avant celui du travailleur, comme le prouve la pétition qui, en quelques jours, va atteindre le million de signatures.lien

Tentez donc ce quizz, afin de voir si vous avez bien compris le projet de Khomri.

Mais le mot de la fin revient à François Ruffin, réalisateur du film « merci patron  » :

«  On le sait, désormais, ils iront jusqu’au bout.

Ils raseront les forêts, ils videront les mers des thons, des baleines, des sardines. Ils pressureront les roches.

Ils feront fondre les pôles, ils noirciront l’Alaska, ils réchaufferont l’atmosphère jusqu’à ébullition, ils nous vendront un air côté en bourse, ils affameront des continents, ils sauveront les banques avec nos retraites, ils solderont les routes, les iles, les jardins publics au plus offrant.

Ils spéculeront sur nos maisons, notre santé, notre éducation. Ils mettront, à force de stresse, la moitié des travailleurs sous antidépresseurs, et l’autre moitié au chômage.

Ils lèveront des impôts sur nos égouts, nos chaussettes, notre haleine, plutôt que de toucher à leurs bénéfices. Le doute n’est plus permis : qu’on les laisse faire et tout ça ils le feront.

Voila leur programme pour ne rien changer, ou si peu.

Pour préserver leurs privilèges leurs dividendes, leurs jets privés, leurs allers-retours en classe affaire.

Pour se bâtir des ghettos sociaux, sécuritaires, climatiques, où les plus riches de nos enfants, les plus serviles, les plus laquais seront admis en leur compagnie  ».

« On vaut mieux que ça  », disent les citoyens, jeunes ou vieux, sur leur site. Lien

Comme dit mon vieil ami africain : « l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la foret qui pousse  ».

Le dessin illustrant l’article est de Jiho

Merci aux internautes pour leur aide précieuse.

Olivier Cabanel

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