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24 mars 2008 |
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D’Leh, un chasseur de mammouth d’une tribu isolée, poursuit une troupe de guerriers inconnus qui ont saccagé son village et kidnappé sa bien-aimée. Sur sa route, il croise une multitude de peuplades, elles aussi victimes des mystérieux agresseurs qui enlèvent leurs femmes et leurs enfants. Au bout de son périple, D’Leh découvre une civilisation perdue sous le joug d’un empereur-dieu cruel qui force ses captifs à construire d’immenses pyramides. Selon une ancienne prophétie, il revient alors au jeune chasseur-cueilleur de délivrer les milliers d’esclaves et de retrouver sa fiancée.
L’intrigue de 10,000 BC, pondue avec une assurance pompeuse par Roland Emmerich lui-même et son comparse musicien Harald Kloser, suit une ligne droite narrative fort conventionnelle. Tous les retournements s’inscrivent dans une logique qui tient de l’évidence et qui ne surprend plus personne depuis le néolithique.
Rien ne semble freiner les scénaristes dans leur course vers les clichés et ils en viennent à se parodier eux-mêmes. À travers les décors de Lord of the Rings, les costumes de Conan the Barbarian, les perruques de Pirates of the Caribbean et les effets spéciaux de Jurassic Park, il devient très difficile de trouver une once d’originalité dans cette production tonitruante. L’univers installé porte outrage au concept de préhistoire et même si les producteurs, de leurs propres aveux, ne voulaient pas d’un documentaire, il existe toujours bien une nuance entre fiction et viol de la réalité. Avec ses Homo sapiens aux dredds soyeux, à la barbe taillée avec soin et aux dents blanches et droites qui s’expriment dans un anglais contemporain avec compléments d’objet direct et subordonnées relatives, 10,000 BC se condamne à perdre toute forme de crédibilité.
Tout le mystère échafaudé autour de la civilisation oubliée des Tibétains extra-terrestres (que l’on présume sortis de Stargate), se fait occulter par des scènes de mammouths qui foncent sur une foule de gens paniqués. Rien n’est expliqué de cette société, sans doute parce que les auteurs n’en savent pas plus que nous et que, de toute façon, ils n’en ont rien à foutre. Tout ce qui se déroule entre les séquences d’action, sommes toutes bien ficelées, ne sert que de remplissage et il ne faut évidemment pas trop s’y attarder.
Le récit regorge de moments ridicules (comme celui où D’Leh devient l’ami d’un tigre après l’avoir libéré d’un piège), qui sont, de surcroît, noyés dans une sauce épaise de prophéties animalistes, comme pour ajouter un peu de mysticisme à l’affaire. Mais l’insistance du procédé apparaît davantage comme un raccourci narratif facile plutôt qu’une quelconque profondeur spirituelle. Les longues prises de vu à vol d’oiseau sur les glaciers de Nouvelle-Zélande, piquées telles quelles des story-boards de Peter Jackson et narrées par Omar Sharif n’arrangent rien et ennuient profondément.
Les illustres inconnus qui peuplent l’écran de ce bourbier scénaristique (dont un leading man aux allures de Bruno Pelletier en panne d’émotion) doivent se débrouiller avec une série de dialogues vides et mielleux. Leurs performances, frôlant le marionnettiste, demeurent néanmoins ce qui fait le plus mésolithique de toute la production. L’entreprise s’effondre définitivement lorsque Emmerich, comme s’il venait d’inventer le concept, ressort un sous-texte messianique surutilisé en guise de chute dramatique, ce qui ne manquera de provoquer, au mieux des rires gênés, au pire un anévrisme au cerveau.
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