• Budget Flaherty : beaucoup à l’Ontario, peu aux citoyens canadiens

    27 février 2008 | 1 commentaire(s) | 12 affichage(s)

    Sur un budget de 244 milliards, d’un côté, le Canada réduira sa dette de 10,2 milliards de dollars en 2007-2008 malgré les importantes baisses rétroactives d’impôts et de taxe annoncées en octobre dernier. D’un autre côté, le gouvernement fait son deuil du coussin de sécurité de 3 milliards de dollars canadiens qu’il s’allouait par le passé pour faire face aux imprévus. Conséquence bien prévisible, puisque le ministre Flaherty l’a répété à maintes reprises : le gouvernement minoritaire de Stephen Harper ne réduira pas le fardeau fiscal des canadiens.

    Le ministre des finances compte bien, par ailleurs, inciter la population canadienne à suivre sur la voie de l’économie : pour inciter les contribuables à épargner, il crée le Compte d’épargne libre d’impôt (CELI). Dès 2009, les contribuables pourront verser jusqu’à 5000 dollars canadiens par année dans un CELI, des épargnes qui seront totalement à l’abri de l’impôt fédéral. La perspective d’élections fédérales aurait pu faire en sorte que le gouvernement saupoudre subventions et aides financières de toutes sortes à travers le Canada. Le temps est à la parcimonie, en matière de dépenses, et à l’épargne pour la population. « Un tel compte d’épargne ne veut rien dire pour vous si vous n’êtes pas en mesure d’épargner. Beaucoup de Canadiens ne peuvent même pas contribuer à un REER. Bref, pour le gouvernement Harper, les salaires doivent être imposés, mais pas les investissements, et tant pis pour les travailleurs », a commmenté le Syndicat canadien de
    la fonction publique (SCFP).

    La croissance de 2,3% ne sera pas au rendez-vous puisque le ministre des finances ajuste ses prévisions à 1,7%, en prévision d’un ralentissement. Et si ce ralentissement devait s’accentuer ? Il semble que le ministre en ait ignoré la possibilité, dans rien n’indique dans son budget une vision à long terme sur les tendances de l’économie, ne serait-ce que la fluctuation du dollar canadien.

    En l’absence de vision, ce budget, collé trop près aux effets immédiats du marché de l’économie, n’annonce aucune nouvelle mesure de soutien additionnelle pour la forêt et le secteur manufacturier. Mais, le ministre Flaherty s’est fait fort d’annoncer à l’industrie ontarienne de l’automobile qu’elle pourra compter sur une nouvelle enveloppe fédérale bien garnie. En effet, ce secteur pourra compter sur une aide financière de 50 millions de dollars par année, sur cinq ans, pour des projets de recherche et de développement dans le domaine de l’automobile.

    Pour les municipalités, la situation est plus reluisante. Elles pourront bénéficier de la ponction de la taxe sur l’essence sur une base qui est maintenant permanente. Un transfert de près de 2 milliards de dollars par année.

    Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement conservateur de Stephen Harper est peu enclin à accroître le bien-être des travailleurs. L’industrie de la forêt et le secteur manufacturier sont en crise. Rien dans le budget n’allégera ce lourd fardeau sur l’emploi québécois. Aucune ponction supplémentaire ne sera faite à même la caisse d’assurance-emploi qui déborde et qui a généré 50 milliards $ de surplus sur 12 ans, juste cette année 3,5 milliards, pour venir en aide aux travailleurs. 10 milliards, faut-il le rappeler, iront à la seule dette du pays. L’industrie des produits forestiers doit affronter les pires conditions économiques en plusieurs décennies et bien que le gouvernement ne puisse résoudre ce problème, il ne fait pas son travail. « L’industrie a agi de façon dynamique pour améliorer sa productivité et son efficacité alors que le gouvernement ne semble pas disposé à prendre des mesures aussi importantes pour améliorer les conditions hôtes et attirer les investissements dans les usines canadiennes », explique Avrim Lazar, président et chef de la direction de l’Association des produits forestiers du Canada (APFC).

    Le président-directeur général du Conseil de l’industrie forestière du Québec, monsieur Guy Chevrette, s’est également montré très déçu par le budget : « Je suis convaincu que le gouvernement Harper vient de lancer la serviette et veut que ce soit les forces du marché qui fassent le ménage dans l’industrie forestière et non un soutien qui aurait pu éviter des dérapages ». Même le changement de gouvernement ne pourrait rien changer. « Le vote est de plus en plus concentré dans le tissu fortement urbanisé et le poids démographique des électeurs ne joue pas en faveur des régions ressources », a-t-il commenté.

    La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ)a déploré le fait que le gouvernement n’a pas bonifié son aide d’un milliard au secteur manufacturier, ni révisé la formule de distribution de cette aide. Elle déplore notamment le fait que la formule de partage est basée sur le poids démographique des provinces, ce qui désavantage le Québec, dont le secteur manufacturier a un poids économique plus important.

    En matière écologique, des économistes environnementaux respectés, comme Marc Jaccard, de l’Université Simon Fraser, prétendent que la façon la plus efficace de diminuer les émissions de gaz à effet de serre est de taxer les émissions de carbone. Les grandes entreprises, représentées par le Conseil canadien des chefs d’entreprise, a même appuyé cette initiative. Un an seulement après sa mise en application en grandes pompes, le programme écoAUTO, qui encourageait les Canadiens à acheter des véhicules écoénergétiques en leur consentant des rabais pouvant aller jusqu’à 2000 $, ne sera pas renouvelé et les modèles 2008 seront les derniers admissibles pour ces rabais. Il de plus en plus clair, pour les environnementalistes, qu’une semaine après l’introduction d’une taxe sur les émissions de carbone par la Colombie-Britannique, il est maintenant clair que le gouvernement fédéral laisse le soin aux provinces d’établir le prix à payer en matière de pollution.

    Des groupes de pression communautaire ont fait entendre leurs doléances, comme le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) qui a déploré mardi l’absence de mesures de financement pour de nouveaux logements sociaux ou abordables dans le budget fédéral, accusant Ottawa de faire preuve de mépris envers les quelque 4,2 millions de sans-abri du pays. Le Canada ignore les recommandations de l’ONU qui presse de plus en plus le Canada de se conformer aux engagements qu’il a pris face à la communauté internationale en matière de respect des droits humains et particulièrement de celui au logement, rappelle le FRAPRU.

    S’il est vrai, selon des observateurs, qu’un gouvernement conservateur ne préoccupe pas beaucoup de la pauvreté, « est-ce qu’on exerce un leadership responsable quand on récompense des gens qui ont déjà beaucoup, et qu’on ne fait rien pour ceux qui se débattent pour surnager même en période de prospérité économique ? », se demande Armine Yalnizyan, économiste principal pour le Centre canadien de politiques alternatives. Les investissements sociaux incluent 110 millions $ pour de nouveaux projets en santé mentale, 282 millions $ en deux ans à l’intention des anciens combattants, 90 millions $ destinés aux chômeurs plus âgés vivant dans les régions économiquement défavorisées, et 60 millions $ pour les personnes âgées à faible revenu.

    Des fonds supplémentaires alloués aux autochtones, les plus pauvres d’entre les pauvres, équivalent à 135 millions $ cette année et l’an prochain - et sont principalement dévolus à la purification d’eau impropre à la consommation et à l’amélioration des services de santé et d’éducation dans les réserves. Les plus grands gagnants des mesures sociales sont peut-être les étudiants, avec le nouveau programme consolidé de subventions, au coût de 350 millions $.

    Pourtant, les étudiants sont aussi inquiets. Selon leur Fédération (FEUQ), le remplacement des bourses du millénaire par un programme fédéral de subvention, auquel s’applique un droit de retrait avec pleine compensation pour le Québec, ouvre la porte à la baisse du financement des prêts et bourses. Le programme des bourses du millénaire, annoncé sous les libéraux, se termine en 2009. Grâce à des ententes historiques, indique la FEUQ, chèrement acquises en 1999 et 2005 par le mouvement étudiant québécois, ce programme garantissait l’entrée au Québec de près de 85 millions $ par année.

    Les intervenants dans le domaine de la santé ont également manifesté leur déception. « Il est évident que la santé, qui est pourtant une priorité absolue des Canadiens, a été reléguée au second plan et que ce gouvernement porte son attention sur d’autres questions », a déclaré l’Association canadienne des soins de santé (ACS). Si le versement de 110 millions $ sur cinq ans à la Commission de la santé mentale du Canada est un pas important pour faire face aux problèmes de santé mentale qui ont longtemps été ignorés par le système de santé, le gouvernement a par contre ignoré la création d’un fonds pour l’infrastructure en santé de manière à revitaliser les établissements de santé, et d’un fonds pour de l’équipement médical et de diagnostic lié à la sécurité des travailleurs de la santé et des patients de tous les lieux de soins. En rendant permanent le Fonds de la taxe sur l’essence, le gouvernement reconnaît la nécessité de financer à long terme des infrastructures comme le transport public et les routes locales, mais il ne tient pas compte du besoin de fonds pour revitaliser les établissements de santé du Canada.

    C’est dans ce même esprit que l’Association médicale canadienne a soutenu que le budget fédéral était une occasion ratée d’investir dans des préoccupations de premier plan pour les Canadiens. L’accès des Canadiens à des soins de santé de qualité - en particulier la pénurie croissante de médecins - ne fait pas partie des priorités fédérales. « Le jour du budget permet de donner des chiffres. Hé bien, près de 5 millions de Canadiens n’ont pas de médecin de famille. C’est un nombre ahurissant et c’est un problème dont le gouvernement doit commencer à s’occuper, a dit le Dr Day. Le Canada aurait besoin de 26 000 médecins de plus uniquement pour atteindre la moyenne de pays comme la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Australie », a déclaré son président.

    Pour en savoir plus, Le Devoir publie des extraits de l’allocution du ministre Flaherty à la Chambre des Communes, et la Presse publie les faits saillants du budget.

    (Sources : Cyberpresse, CNW Telbec, Le Devoir, Presse canadienne)

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  • Un commentaire

    • François Marginean

    Pierre,

    Quel texte ! Merci beaucoup pour avoir pris le temps de nous résumer ça de façon aussi complète. Châpeau !

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