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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie
10 février 2010 |
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vu 493 fois Si on me demande mon opinion sur la parution récente de la réécriture en français québécois de Coke en stock, je réponds que je trouve qu’il s’agit d’une absurdité. Mon opinion, cependant, n’est pas basée sur le fait que la langue utilisée serait laide ou dénaturée, ou qu’elle ne soit simplement pas du français. Au contraire! C’est plutôt parce que cela présente une image fausse de la réalité.
On remarquera que j’ai employé le mot réécriture et non traduction. C’est que, pour qu’il y ait traduction, il faut qu’il y ait passage d’une langue à une autre. Ce n’est pas le cas ici, puisque la langue qu’on parle au Québec est la même langue que celle qu’on parle en France (et en Belgique, en Suisse, sur l’île de la Réunion, etc.). On remarquera aussi que je n’ai pas parlé de joual, mais bien de français québécois. Le joual, ce n’est pas le français québécois. À l’origine, il s’agissait du registre familier des classes ouvrières de Montréal des années 1960 et 1970. Le mot a maintenant pris une connotation très négative. La Base de données lexicographique panfrancophone (BDLP) parle du joual en ces termes : « Variété de français québécois caractérisée par un ensemble de traits (surtout phonétiques et lexicaux) jugés incorrects ou mauvais, généralement identifiée au parler des milieux populaires et souvent considérée comme signe d’acculturation. » (http://www.bdlp.org/resultats.asp?base=bdlp_quebec). C’est donc dire qu’employer le mot joual pour faire référence au français québécois implique un jugement négatif, ce qui n’est évidemment pas ce que je désire.
Pour bien comprendre mon propos, on se doit de comprendre certains concepts en linguistique. Avant de poursuivre, donc, je tiens à rappeler ce que sont les registres dans une langue. Les registres (ou niveaux) de langue renvoient aux variations stylistiques qu’un locuteur fait dans son discours, selon la situation de communication dans laquelle il se trouve. Le registre familier est le registre le plus libre, celui que l’on emploie dans les situations où l’on n’a pas besoin de faire des efforts pour « bien parler ». Ce registre s’éloigne beaucoup de la langue écrite, justement parce qu’il est plus libre (alors que l’écrit, on le sait, est fixe (ou presque) ). C’est dans ce registre que l’on retrouve le plus de différences d’une variété de langue à l’autre (français du Québec, français de la Belgique, français de Suisse, français de France, etc.). Le registre soigné, quant à lui, se trouve en quelque sorte à l’opposé du registre familier. C’est en effet ce registre que l’on emploie dans les situations formelles, dans les situations où l’image de soi est aussi importante que le message que l’on veut transmettre. Ce registre est beaucoup moins libre que le registre familier. Les règles en sont plus strictes, ce qui fait que les différentes variétés de langue, au registre soigné, sont très proches les unes des autres.
Ce que l’on a fait avec Colocs en stock, et c’est là où le bât blesse, à mon avis, c’est que l’on a réécrit au registre familier une œuvre qui était, à l’origine, écrite au registre soigné – car toute l’œuvre d’Hergé est écrite au registre soigné. Les réticences (voire le malaise) que beaucoup ressentent à la lecture de cette réécriture sont donc normales : les règles sociales qui régissent l’emploi des différents registres ont été bafouées. Les locuteurs d’une langue possèdent une connaissance intuitive des registres de langue et sont donc en mesure d’évaluer très rapidement quel registre est de mise dans telle ou telle situation. Pourquoi, par exemple, y a-t-il un tel débat au sujet de Colocs en stock, alors qu’il n’y en a pas au sujet de la traduction des Simpsons? C’est que, dans les Simpsons, le registre qui est employé correspond à celui que la situation commande.
Colocs en stock donne donc l’image que le français québécois n’est qu’un registre familier, ce qui est une grave erreur. L’imaginaire linguistique des Québécois est caractérisé par l’incertitude et l’insécurité, qui sont issues d’une mauvaise interprétation de la réalité. En effet, il arrive très souvent que l’on compare le registre familier du français québécois au registre soigné du français de France, ce qui place évidemment le français québécois dans une très mauvaise posture. Colocs en stock ne fait que perpétuer cette mauvaise interprétation et laisser les Québécois se conforter dans leur insécurité.
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