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?Reconstruction? en Ha?ti: Luxueux h?tels, ateliers de mis?re et d?r?glementation pour l??lite ?trang?re du monde des affaires

 

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Photo: Une fillette dans un camp de d?plac?s en janvier 2013 ? Swoan Parker

??La communaut? internationale est tellement d?sorient?e qu?elle laisse les Ha?tiens diriger Ha?ti?? Luigi R. Einaudi, diplomate de carri?re ?tasunien, membre du Council on Foreign Relations et ancien secr?taire g?n?ral adjoint de l?Organisation des ?tats am?ricains.

L?auteure et avocate ha?tienne?des droits humains Ezili Dant? a entendu ce commentaire choquant de Luigi R. Einaudi en 2004, alors qu?Ha?ti s?appr?tait ? c?l?brer ses 200 ans d?ind?pendance avec son premier pr?sident ?lu d?mocratiquement, Jean-Bertrand Aristide. Outre ses efforts visant ? augmenter le salaire minimum et d?autres mesures sociales favorisant la majorit? des Ha?tiens dans l?extr?me pauvret?, Aristide envisageait la nationalisation des ressources de son pays, un geste se traduisant par plus d?argent pour les Ha?tiens, moins pour les transnationales. Un mois plus tard, au nom de la ??communaut? internationale??, Aristide a ?t? renvers? dans un coup d??tat orchestr? par les ?tats-Unis, la France et le Canada.

Aujourd?hui, la ??communaut? internationale?? dirige ? nouveau Ha?ti, de mani?re coloniale, comme elle l?a toujours fait.

On peut le voir en comparant la tr?s lente reconstruction des abris et de l?infrastructure de base pour la majorit? des Ha?tiens avec le boom des h?tels de luxe pour les ?trangers, parfois gr?ce ? des fonds provenant de l?aide humanitaire, laquelle, nous disait-on, devait assurer les besoins essentiels des Ha?tiens.

Comme d?habitude, l?aide humanitaire est all?e en grande partie aux entreprises, agences gouvernementales et organismes non gouvernementaux (ONG) des pays donateurs. L???aide internationale?? est un stratag?me capitaliste bien connu visant ? d?velopper des march?s dans l?h?misph?re Sud pour les entreprises du Nord. Certes, cette ??aide?? profitera aux Ha?tiens, mais seulement aux plus puissants, ? savoir ceux au pouvoir et la riche ?lite du secteur priv?. ??Ha?ti est ouverte aux affaires?? et les h?tels de luxe accueilleront les hommes d?affaires afin qu?ils puissent ?tablir leurs ateliers de mis?re dans un environnement somptueux.

Photo (gauche)?: L?gende originale ? ??En 2011, les Nations Unies et Oxfam ont promis qu?un nouveau syst?me de citernes et de kiosques fournirait bient?t aux r?sidents de l?eau provenant de l?agence ?tatique de l?eau. Deux ans plus tard, les robinets sont toujours ? sec [voir photo]. Les r?sidents ach?tent l?eau ? 5 gourdes (environ 12 cents US) le seau de vendeurs priv?s ou des comit?s qui g?rent les quelques ??r?servoirs?? d?eau qui fonctionnent encore et datent des premiers jours du camp. Au d?but, l?eau et la nourriture ?taient gratuites, et les agences fournissaient des emplois ??argent contre travail??, ainsi que des fonds de d?marrage pour les futurs entrepreneurs. (Reconstruction?s Massive Slum Will Cost ?Hundreds Of Millions??Reconstruction?s Massive Slum Will Cost ?Hundreds Of Millions? Haiti Grassroots Watch, 17 juin 2013.)

??Plusieurs nouveaux h?tels de luxe en Ha?ti??

Il y a un an,?le Clinton-Bush Haiti Fund a investi de l?argent de l?aide humanitaire dans un h?tel cinq ?toiles, alors que 500?000 Ha?tiens vivaient toujours dans des camps de d?plac?s?:

Photo (droite)?: H?tel Royal Oasis, P?tionville, Ha?ti

Dans le cadre de la ??reconstruction?? du pays, le Clinton Bush Haiti Fund a r?cemment investi 2?millions de dollars dans l?h?tel Royal Oasis, un complexe de luxe construit dans une zone m?tropolitaine frapp?e par la pauvret? et ??pleine de camps de d?plac?s abritant des centaines de milliers de personnes??. (Julie L?vesque,?HAITI: Les dons aux victimes du s?isme investis dans un h?tel cinq ?toiles, Mondialisation.ca, 10 juillet 2012.)

Aujourd?hui, alors que 300?000 Ha?tiens vivent toujours dans des camps, un ??nouvel h?tel Marriott s??levant parmi les d?combres en Ha?ti vient de recevoir un appui financier consid?rable de 26,5?millions de l?International Financial Corporation (IFC), membre du Groupe de la Banque mondiale?:

Marriott International et le g?ant des t?l?communications Digicel ont?commenc? ? construire l?h?tel l?an dernier et celui-ci devrait ouvrir ses portes en 2015.?Ha?ti compte plusieurs nouveaux h?tels luxueux?depuis le s?isme du 12 janvier 2012. Les cha?nes espagnole Occidental Hotels & Resort et ?tasunienne Best Western ont?toutes deux ouvert des h?tels dans les six derniers mois ? P?tionville, une banlieue de Port-au-Prince.Une autre cha?ne espagnole,?NH Hotels ouvrira ?galement un nouveau El Rancho ? P?tionville?dans les prochains mois.

Les repr?sentants de l?IFC affirment que la construction du Marriott cr?era environ 300 emplois et 200 emplois permanents une fois en op?ration. Marriott Hotels & Resorts sera en charge de l?h?tel en vertu d?un accord de gestion ? long terme.

? l?heure actuelle, les investissements de l?IFC en Ha?ti se chiffrent ? environ $78,5 millions de dollars.?Le pays peine ? se redresser plus de trois ans apr?s la destruction quasi-totale de son ?conomie par le tremblement de terre.?Les investissements visent ? cr?er des emplois, l?acc?s ? des infrastructures de base et des opportunit?s de revenus pour les Ha?tiens,?affirme l?IFC.

??Ha?ti?poss?de les conditions fondamentales n?cessaires ? une croissance ?conomique durable, dont une?force de travail comp?titive et une proximit? aux grands march?s, ainsi que des attractions touristiques et culturelles uniques??, a d?clar? Ary Naim, repr?sentant de l?IFC pour Ha?ti. Cet appui financier ? long terme ? cette infrastructure importante confirme notre engagement et notre confiance en l?avenir d?Ha?ti. (Jacqueline Charles?New Marriott under construction in Haiti getting financial boost, Miami Herald, 3 juillet 2013)

Photo?: Best Western P?tionville, Ha?ti.

Il reste ? d?montrer comment un h?tel de luxe situ? dans une riche banlieue peut aider les 300?000 d?plac?s et les Ha?tiens les plus pauvres ? ??avoir acc?s ? des infrastructures de base??. Par ailleurs, les emplois cr??s n?iront pas ? ceux qui en ont le plus besoin. Il est fort peu probable qu?un h?tel de luxe dans la banlieue cossue de P?tionville engage beaucoup d?Ha?tiens d?munis et souvent illettr?s, parlant uniquement cr?ole, afin de travailler pour de riches ?trangers. Ces Ha?tiens constituent la ??force de travail comp?titive?? et se retrouvent dans des ateliers de mis?re et des mines. En r?alit?, ??force de travail comp?titive?? et ??proximit? aux grands march?s?? signifient ??main d??uvre bon march? pour les ?tats-Unis??.

Sur son site web, l?IFC affirme que ses investissements sont ??ax?s sur l?aide ? la reconstruction d?Ha?ti et la reprise de la croissance par des investissements et des services consultatifs dans des secteurs prioritaires tel que l?industrie du v?tement, les infrastructures, les t?l?communications, le tourisme et la finance??. En plus des 26,5 millions allou?s au Marriott, l?IFC a investi 7,7?millions dans l?h?tel Oasis, ?galement situ? ? P?tionville. (IFC Investment Generation in Haiti)

En tout, presque la moiti? des investissements de l?IFC ont aid? ? construire des h?tels luxueux dans une riche banlieue, o? r?side l??lite ha?tienne.

La Banque mondiale, un outil imp?rial

L?IFC fait partie du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale a ?t? la cible de critiques pour des initiatives comme le?Projet national de d?veloppement communautaire participatif(PRODEP). ? la suite d?une enqu?te de huit mois, Haiti Grassroots Watch a conclu que PRODEP ??a contribu? ? miner un ?tat d?j? faible, a endommag? le ??tissu social?? ha?tien, a mis en ?uvre ce que l?on pourrait appeler une ??r?ing?nierie politique et sociale??, a soulev? des questions de gaspillage et de corruption [?] a contribu? ? renforcer le statut de ??r?publique d?ONG?? d?Ha?ti [?] a ab?m? les syst?mes de solidarit? traditionnels et a m?me, dans certains cas, accru le pouvoir des ?lites locales. (World Bank ?success? undermines Haitian democracy, Haiti Grassroots Watch, 20 d?cembre, 2012)

R?cemment, en mai 2013, Alexandre Abrantes, l?envoy? sp?cial de la Banque mondiale en Ha?ti, a annonc? que ??la Banque mondiale appuie le gouvernement ha?tien dans l?am?lioration des structures entourant l?industrie mini?re, incluant des dispositions l?gales, largement consid?r?es comme inad?quates pour les besoins actuels??. (Daniel Trenton,?World Bank says its helping Haiti draft mining legislation, The Gazette, 17 mai 2013)

Pour Ezili Dant?, les ?tats-Unis et la Banque mondiale ne font que r??crire la constitution ha?tienne au profit des compagnies mini?res?:

Oxfam, la Banque mondiale et d?autres faux philanthropes [sont] impliqu?s dans la protection des int?r?ts du 1?% en r??crivant les lois mini?res d?Ha?ti [?]

L?Article 36-5 de la Constitution ha?tienne stipule?:

??Le droit ? la propri?t? ne s?applique pas aux littoraux, aux sources, aux rivi?res, aux cours d?eau, aux mines et aux carri?res. Ils font partie du domaine public de l??tat.??

La loi ha?tienne actuelle ne permet pas le forage sans la signature d?une convention mini?re. Toutefois, la compagnie Newmount des ?tats-Unis a obtenu une ??d?rogation??, sans m?me qu?elle soit approuv?e par la l?gislature fantoche ha?tienne. Martelly l?a sign?e en violation de la Constitution ha?tienne. (Ezili Dant?,?Haiti: US to Re-Write Haiti Constitution to Better Service the One Percent, Black Agenda Report, 2 juillet 2013)

Les ressources min?rales ha?tiennes ? elles seules ont ?t? estim?es ? 20?milliards de dollars. ??Les investisseurs ?tasuniens et canadiens ont d?pens? plus de 30?millions ces derni?res ann?es en forage exploratoire et autres activit?s mini?res connexes en Ha?ti.?? (Trenton,?op. cit.)

La lente reconstruction, la main-d??uvre esclave et la tromperie de l?aide internationale

Photo (gauche)?: Camp Jean-Marie Vincent janvier 2013. AP/Dieu Nalio Chery

Contrairement ? la croissance rapide de l?industrie des h?tels de luxe, les efforts de reconstruction font face ? de nombreux d?lais et ? divers obstacles financiers. En juin dernier, un?rapport du Government Accountability Office (GAO)?des ?tats-Unis a critiqu? l?USAID (l?Agence des ?tats-Unis pour le d?veloppement international) pour son manque de transparence, de multiples d?lais, des d?passements de co?ts et la r?duction d?objectifs. Le rapport met en ?vidence un paradoxe frappant?: bien que les sommes allou?es aux abris aient presque doubl?, le nombre d?habitations ? construire a ?t? ?tonnamment r?duit de 80?%?:

En 2010, seulement quelques mois apr?s le s?isme d?vastateur en Ha?ti, les ?tats-Unis adoptaient des mesures?allouant 651?millions de dollars ? l?USAID afin d?appuyer les efforts de secours et de reconstruction. Trois ans plus tard,?seulement 31?pour cent de ces fonds ont ?t? d?pens?s,?alors que les d?lais s?allongent et les objectifs sont r?vis?s ? la baisse [?] Le rapport critique ?galement l?USAID pour son manque de transparence [?]

Le GAO a conclu que des estimations inexactes ont men? ? une?hausse des sommes d?di?es aux abris, lesquelles sont pass?es de 59?millions ? 97?millions de dollars, alors qu?au m?me moment, le?nombre de construction d?habitations pr?vu ?tait r?duit de plus de 80?%, passant de 15?000 ? 2649. Si le co?t d?une maison compl?t?e ?tait estim? ? l?origine ? 10?000 dollars, le co?t r?el a d?pass? les 33?000?dollars.?L?USAID a octroy? plus de 46?millions pour le logement ? des entrepreneurs. Entre-temps, environ 300?000 personnes vivent toujours dans des camps plus de trois ans apr?s le s?isme. En tout, la communaut? humanitaire a?seulement construit 7000 nouvelles habitations, soit environ 40?% de ce qui est planifi? ? l?heure actuelle?[…]

De plus, le rapport du GAO critique les investissements ?tasuniens en appui au Parc industriel Caracol. Randal C. Archibold du?New York Times?rapporte?:

Une portion importante de l?argent de l?Agence pour le d?veloppement international,170,3?millions de dollars, est all?e ? une centrale ?lectrique et un port pour un parc industriel?au nord d?Ha?ti. Ce projet constituait la pi?ce ma?tresse des efforts de reconstruction des ?tats-Unis et a ?t? fortement encourag? par le d?partement d??tat et l?ancien pr?sident Bill Clinton […]

Bien que l?agence d?aide ait compl?t? la centrale ?lectrique en de?? du budget, la construction du port, l??l?ment crucial pour le succ?s ? long-terme du parc industriel, affiche?deux ans de retard. Le rapport indique que cela est ??d? en partie au manque d?expertise de l?USAID dans la planification portuaire?en Ha?ti??, ce qui rend maintenant le projet vuln?rable ? des d?passements de co?ts. (GAO Report Critical of USAID in Haiti, Bolsters Calls for Increased Oversight, Center for Economic and Policy Research, June 26, 2013)

Les d?lais et d?passements de co?ts potentiels li?s ? la construction du port essentiel au parc Caracol s?expliquent facilement par le fait que l?USAID ait allou? 72?millions ? sa planification et sa construction, malgr? son cruel manque d?expertise. L?USAID n?a pas construit de structure semblable dans les 40 derni?res ann?es?:

Bien qu?elle n?ait construit aucun port au monde depuis 1970, l?USAID a allou? 72?millions pour en construire un, selon le rapport du GAO?publi? la semaine derni?re. Le port a pour but d?appuyer le Parc industriel Caracol (PIC), financ? par la Banque Interam?ricaine de D?veloppement et un investissement de 170?millions de dollars des ?tats-Unis pour l?infrastructure connexe.?On a fait du PIC le projet phare de la reconstruction entrepris par la communaut? internationale en Ha?ti. M?me en mettant de c?t? les critiques sur?l?endroit choisi, le type d?emplois?et?l?impact environnemental?du PIC, le ??succ?s?? du projet dans son ensemble tient au nouveau port [?]

Comme l?USAID n?avait aucune expertise interne en construction portuaire, la mission a ?t? confi?e ? des entrepreneurs priv?s.?HRRW rapportait en janvier 2012?que l?on avait?octroy? un contrat de 2,8?millions de dollars ? MWH Americas?pour mener une ?tude de faisabilit? sur une infrastructure portuaire au nord d?Ha?ti.?L??tude devait ?tre compl?t?e en mai 2012.?MWH Americas?avait d?j? ?t? critiqu?e pour son travail en Nouvelle Orl?ans. Le Times-Picayune avait rapport? que durant plus de deux ans MWH avait op?r? en vertu d?un?contrat allou? de mani?re douteuse, lui ayant permis de surfacturer la ville ? maintes reprises?m?me si le travail traditionnel de reconstruction sous sa supervision prenait du retard. (USAID?s Lack of Expertise, Reliance on Contractors Puts Sustainability of Caracol in Doubt, Center for Economic and Policy Research, 2 juillet 2013)

Ces exemples illustrent parfaitement ce qu?est l???aide internationale??. Ezili Dant? explique:

Les ONG mettent en ?uvre les politiques imp?riales en Ha?ti en ?change de ??financement caritatif?? ? ce qui signifie qu?ils blanchissent l?argent des dons et celui des contribuables ?tasuniens et?se les mettent dans les poches. Les politiques imp?riales des ?tats-Unis en Ha?ti visent ? d?truire l??conomie locale et manufacturi?re, ? exproprier les ressources naturelles et ? ?largir le march? ha?tien pour leurs monopoles subventionn?s de Wall Street.

L??lite ?conomique a fait des milliards et des milliards de dollars avant que ??les humanitaires ?tasuniens au grand c?ur?? n?ajoutent ? leurs coffres les?9 milliards?de dollars provenant du blanchiment de l?argent de l?aide humanitaire amass? apr?s le s?isme et octroy??en grande partie ? des groupes ?tasuniens.

Les ONG et leurs cohortes hollywoodienne, m?diatique et acad?mique jouent les pompiers pour le gouvernement ?tasunien qui joue au pyromane en Ha?ti et dans l?h?misph?re Sud. Les frimeurs professionnels du complexe industrialo-caritatif, jouent un jeu sournois. Par exemple, ??The Center for Economic and Policy Research?(CEPR)?a?analys??les?1,5?milliard de dollars promis apr?s le s?isme du 12 janvier en Ha?ti et a conclu que l?argent qu?il avait pu retrac? ?tait, ?en grande partie?, all? directement aux compagnies et organisations ?tasuniennes, dont plus de la moiti? dans la seule r?gion de Washington??. (Ezili Dant?,?op. cit.).

??Les Ha?tiens gagnent moins aujourd?hui qu?? l??poque de la dictature de Duvalier??

Le gigantesque Parc industriel Caracol a ?t? inaugur? en mars 2013 en pr?sence du pr?sident Martelly, ??de diplomates ha?tiens et ?trangers, du puissant couple Clinton, de millionnaires et d?acteurs, tous pr?sents pour c?l?brer le cri de ralliement du gouvernement?: ?Ha?ti est ouverte aux affaires???. (The Caracol Industrial Park: Worth the risk??Haiti Grassroots Watch, 7 mars 2013)

Caracol a ?t? promu comme une fa?on de d?centraliser le pays et cr?er, potentiellement, entre 20?000 et 65?000 emplois. Un an plus tard, les r?sultats sont loin des attentes?:

Un an apr?s son ouverture, seulement 1388 personnes travaillent dans le parc [?] De plus, les recherches de HGW bas?es sur un ?chantillon de travailleurs ont conclu qu?? la fin d?une journ?e de travail, il ne reste ? la majorit? d?entre eux que 57 gourdes, soit 1,36?$?US, apr?s avoir pay? pour leur transport et leur nourriture avec leur salaire minimum de 200 gourdes (4,75?$?US).

HGW a par ailleurs appris que?la plupart des fermiers chass?s de leurs terres pour laisser la place au parc sont toujours sans terre.

??Avant, Caracol ?tait le grenier du d?partement du Nord-Est??, a affirm? Bre?s Wilcien, l?un des fermiers expuls?s de la zone de 250 hectares. ??? l?heure actuelle, il y a une p?nurie de certains produits dans les march?s locaux. Nous sommes ici dans la mis?re.?? (Ibid.)

La destruction de la souverainet? alimentaire dans l?h?misph?re Sud est une pratique courante de l?h?misph?re Nord, mise en ?uvre par le biais d?organisations internationales comme la Banque mondiale et le FMI. Le but consiste ? garder le Sud d?pendant du Nord et ? cr?er des march?s pour l?exportation, que l?on appelle frauduleusement ??aide alimentaire?? pour les s?ances de photos et pour camoufler l?intention r?elle?: le dumping.

Il est ?vident qu?en plus de fournir une main d??uvre esclave aux industries du v?tement des ?tats-Unis et d?autres pays, le Parc industriel Caracol a contribu? ? r?duire davantage ce qu?il reste de l?agriculture locale en Ha?ti, ?radiqu?e au fil des ans par la politique ?trang?re barbare des ?tats-Unis. Un rapport de 2010 du Council on Hemispheric Affairs a conclu que le ??sauveur?? d?Ha?ti, l?ancien ??pr?sident Bill Clinton ainsi que d?autres r?sidents de la Maison-Blanche [ont condamn?] Ha?ti ? une pauvret? end?mique avec leur politique int?ress?e d?exportation de riz??. (Leah Chavla,?Bill Clinton?s heavy hand on Haiti?s vulnerable agricultural economy: The American rice scandal, Council on Hemispheric Affairs, 13 avril 2010.)

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Photo: Remarquez que les travailleurs qui gagnent moins de 5 dollars par jour ne sourient pas. M. Clinton est le seul qui sourit. L?gende originale?: L?ancien pr?sident et envoy? sp?cial en Ha?ti, Bill Clinton, sourit alors qu?il est accueilli par des travailleurs de l?industrie du v?tement au Parc industriel Caracol en Ha?ti, lundi le 22 octobre 2012. Le parc industriel au nord du pays devrait cr?er jusqu?? 65?000 nouveaux emplois. Ce parc est une initiative conjointe de 300?millions de dollars des gouvernements ha?tien et ?tasunien, et de la Banque Interam?ricaine de d?veloppement. (Clintons visit Haiti to inaugurate new industrial park, The Bee. Picture: Carl Juste, Miami Herald.)?

Experte d?Ha?ti, Isabeau Doucet souligne?:

Dans les ann?es 1950, l?agriculture repr?sentait ?90 pour cent?des exportations ha?tiennes. Aujourd?hui,?90 pour cent?des exportations proviennent du domaine du v?tement, alors que plus de la?moiti??de la nourriture du pays est import?e.

Ha?ti et les ?tats-Unis ont conclu des accords pr?f?rentiels de libre-?change ? appel?s HOPE (Haitian Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement Act, 2006), HOPE II (2008) et HELP (Haiti Economic Lift Program, 2008) ? dans le cadre d?un effort visant ? d?velopper l?industrie du v?tement en Ha?ti. Pour ce faire, on a donn? aux v?tements ??Made in Ha?ti?? une ?tiquette se voulant humanitaire, socialement responsable et bonne pour le ??d?veloppement?? du pays, tout en donnant un acc?s hors taxe aux march?s ?tasuniens.

Selon une ?tude de 2011 de l?American Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO, principal regroupement syndical aux ?tats-Unis), le co?t de la vie ? Port-au-Prince est estim? ? 29?dollars par jour. Deux cents gourdes pour un quart de travail de huit heures ?quivaut ? un sixi?me du salaire de subsistance estim?. Le co?t de l?aller-retour au travail et d?un repas modeste peut facilement s??lever ? 120?gourdes pour un travailleur. En r?alit?,?les Ha?tiens gagnent moins aujourd?hui qu?ils ne gagnaient sous la dictature de Duvalier. Les salaires ont ? peine augment? et valent maintenant la moiti? de leur pouvoir d?achat de 1984. (Isabeau Doucet,?Made in Haiti, Dumped in Haiti: Slave Labor and the Garment Industry, The Dominion, 10 juillet 2013.)

Expuls?s de la ville et abandonn?s sur un terrain vague

Alors que l?industrie du tourisme cro?t rapidement, des Ha?tiens ont ?t? expuls?s de la ville et abandonn?s sur un terrain vague dans un camp nomm? Corail-Cesselesse, ?galement connu sous le nom de ??Canaan??, ??Jerusalem?? et ??ONAville??. Ce camps en p?riph?rie de Port-au-Prince pourrait ??devenir le bidonville le plus vaste et le plus co?teux du pays, o? il n?y a pas de travail et l?eau est difficile ? trouver?:

En 2011, l?ONU et Oxfam ont promis qu?un nouveau syst?me de citernes et de kiosques fournirait bient?t aux r?sidents de l?eau en provenance de l?agence ?tatique de l?eau. Deux ans plus tard, les robinets sont toujours ? sec. Les r?sidents ach?tent de l?eau ? 5 gourdes le seau (environ 12 cents US) de vendeurs priv?s ou des comit?s qui g?rent les rares r?servoirs d?eau toujours fonctionnels et datant des premiers jours du camp, lorsque l?eau et la nourriture ?tait gratuites, et que les agences fournissaient des emplois ??argent contre travail?? et des fonds de d?marrage pour les entrepreneurs en devenir.

Photo?: Annexe de l?h?tel de ville de Croix-des-Bouquets, Canaan.

Aujourd?hui toutes les grandes agences ont abandonn? le camp Corail et ses 10?000 r?sidents. Claironnant leur succ?s et affirmant avoir pr?par? une ??transition?? aux ?lites locales, l?OIM [Organisation internationale pour les migrations], l?ARC [American Refugee Committee] et Vision mondiale se sont toutes d?sengag?es (Vision mondiale appuie cependant toujours l??cole Corail qu?elle a construite). (Reconstruction?s Massive Slum Will Cost ?Hundreds Of Millions?, 17 juin 2013.)

La communaut? internationale n?aide pas ? reconstruire Ha?ti. Elle y renforce le colonialisme avec ses compagnies qui utilisent la population ha?tienne comme main-d??uvre esclave afin d?augmenter leurs profits. La diff?rence saisissante entre la lente reconstruction favorisant les Ha?tiens comparativement ? la croissance rapide de l?industrie des h?tels de luxe d?montre qu?en Ha?ti, c?est l??tranger d?abord. Malheureusement, la??supr?matie blanche???et l?esclavage se portent toujours tr?s bien dans la Perle des Antilles.

Julie L?vesque

?Texte publi? initialement en anglais:?Haiti ?Reconstruction?: Luxury Hotels, Sweat Shops and Deregulation for the Foreign Corporate Elite


Julie L?vesque
?est journaliste et chercheure au Centre de recherche sur la mondialisation

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