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? Trop d’?tat et pas assez de libert? ? – Pourquoi les appels de la nouvelle Droite qu?b?coise ratissent-ils si large?


En entendant les t?nors de la droite qu?b?coise clamer leur principal slogan, ??Trop d??tat et pas assez de libert? individuelle??, beaucoup de gens se sont sentis vis?s juste. On a vu les intentions de vote pour un parti purement virtuel faire sonner la cloche des sondages ? plus de 39% (CROP, octobre 2010) et les cr?ateurs du R?seau Libert?-Qu?bec n?en reviennent pas de leur succ?s. Mais dans notre histoire, la ??libert? est un ?tendard qui a ?t? brandi par la Gauche bien avant la Droite. Est-ce bien de la m?me libert? qu?il s?agit? Et pourquoi ce mythe trouve-il tant d??chos actuellement, chez des gens qui ne partagent pas n?cessairement leurs r?elles orientations politiques?

Les accoutrements de la libert?

Pendant les dizaines de mill?naires o? les humains ont v?cu en petites communaut?s sur d?immenses territoires, la notion de libert? n?avait probablement aucun sens. Elle ?tait comme l?eau pour les poissons. Pour ceux qui se sont retrouv?s soumis aux dictats d?un tyran ou d?un propri?taire, elle en avait s?rement beaucoup. Cette libert?-l?, synonyme d?affranchissement, est encore loin d?avoir ?t? conquise pour tous les humains. En m?me temps, pour la fraction riche de l?humanit? qui pr?f?re se penser comme ??libre??, la libert? des affranchis a compl?tement perdu son sens et elle en a rev?tu de nouveaux.

Le plus r?pandu de ces nouveaux habits de la libert?, c?est l??largissement de l??ventail des choix.? Combien de marques et mod?les de shampoing, d?antisudorifiques ou de rouge ? l?vres nous sont propos?s dans une pharmacie Jean Coutu? Malgr? le gaspillage d?coulant de cette conception de la libert?, on peut penser que le niveau g?n?ral de bonheur pourrait s?en trouver rehauss?, gr?ce aux 250 programmes d??tudes de premier cycle ? l?Universit? de Montr?al ou aux 500 canaux sur le cable.

Ce cr?neau de la libert? ne souffre cependant pas que d?inflation, il conduit aussi ? d?autres d?rives. C?est ainsi que la libert? en vient ? d?signer le privil?ge, c?est-?-dire la possibilit? de faire des choix que tout le monde ne peut pas se payer?: l??cole priv?e, la clinique priv?e, la police priv?e, etc. Petit ? petit, la libert? en vient ? d?signer la possibilit? de dicter ses volont?s aux autres. C?est la libert? du renard dans le poulailler, selon l?expression bien connue.

Le prix de la libert? moderne

Ce dont les citoyens des soci?t?s riches ne semblent pas n?cessairement conscients, c?est qu?en optant pour une libert? d?finie par l??largissement des choix, ils ont aussi h?rit? d?une multiplication des contraintes qui viennent r?duire la libert?. Ce sont des contraintes diff?rentes de celles de la servitude ou de l?esclavage mais leur accumulation pourrait finir par peser aussi lourd. Plus lourd parfois que les gains en libert? r?alis?s avec l??largissement des choix.

Ces contraintes sont de trois types. D?abord, il y a ?videmment les innombrables lois, r?glements, normes, obligations ou contr?les ?manant de l??tat et de toutes les administrations publiques. Qu?on pense seulement aux lois de l?imp?t, aux normes de construction ou de r?novation.

La volont? de contr?le n?est cependant pas r?serv?e aux agents de l??tat, car les administrations priv?es baignent dans la m?me culture, m?me si leurs pouvoirs sont plus dispers?s. Que ce soit ? titre d?employ?s ou de clients, nous leur sommes ?galement soumis. Qu?on pense seulement ? nos contrats d?assurances ou de t?l?phonie cellulaire, aux services financiers offerts par les conseillers financiers de nos banques. Dans les registres de la bureaucratie publique et priv?e, chacun d?entre nous aurait bien des exp?riences ? raconter quant ? l?application de normes loufoques ou absurdes.

En plus du pouvoir des institutions, il y a aussi un autre niveau de contraintes, plus inconscient et plus subversif. C?est celui de notre culture int?rioris?e, qui nous soumet ?galement ? d?innombrables normes, obligations et contr?les. C?est la liste de tous les ??Faut que??. Par exemple, aucune loi ne nous oblige ? d?corer la maison pour l?Halloween, ? conduire les enfants ? des cours de ballet ou de hockey. Parce qu?il fait aussi l?objet d?une inflation ou d?une d?rive, ce genre d?obligations ressenties peut finir par peser tr?s lourd dans le bilan subjectif des contraintes ? notre libert?.

Libert? de la Droite ou libert? de la Gauche?

Historiquement issus de ??la Gauche??, les appels ? la libert? ont ?t? accapar?s par la Droite et traduits dans un appel ? la mise au pas de l??tat ??une transformation d?j? r?alis?e dans la plupart des pays du ??Tiers-Monde??. Dans notre propre soci?t?, il est impossible de quantifier le poids des contraintes ?manant de l??tat et celui des autres institutions (corporations priv?es, syndicats, associations, etc.) mais il est clair qu?elles baignent toutes dans la m?me sauce. Quant ? nos bilans inconscients, ils ne sont nullement li?s ? nos orientations politiques mais c?est peut-?tre l?impact de ces d?rives dans nos m?moires inconscientes qui nous rend aussi sensibles aux appels de la Droite en faveur de ??la libert?.

Peut-on penser que les orientations propos?es par la Droite contribueraient ? restaurer nos libert?s ?mouss?es?

Cette Droite lucide r?ve surtout de privatisations. Il est certain qu?un double r?seau d??coles ou de cliniques contribue ? ?largir les choix ??ceux des riches. Cependant, l?exp?rience montre que les r?gimes publics, comme Hydro-Qu?bec ou l?assurance automobile pour les personnes, sont plus efficaces et co?tent moins cher aux utilisateurs, tout en augmentant la richesse collective et en r?duisant la facture globale des imp?ts.

La Droite r?ve aussi de PPP. Or c?est justement de l? que viendront sans doute les prochains sommets de bureaucratisation et d?absurdit?. Un indice?: d?j?, le contrat de privatisation du m?tro de Londres occupe 135 volumes, totalisant 28,000 pages.

Le principe de l?utilisateur-payeur est un autre slogan de ce programme. On peut toujours multiplier les compteurs d?eau ou les postes de p?age mais il y a un co?t suppl?mentaire ? ce beau principe. Comment faire payer chaque utilisateur d?un service public sans ajouter de lourdes et co?teuses structures bureaucratiques pour la collecte des paiements? Les formulaires d?imp?t ne sont-ils pas d?j? ridiculement complexes?

L??largissement des choix ne contribue pas ? la libert? lorsqu?il s?accompagne d?une multiplication des contraintes, ce qui est le cas dans notre syst?me en d?rive. La Droite nous propose en r?alit? d?aller encore plus loin dans cette direction. Il est certain que les riches craignent moins cette multiplication des contraintes li?es ? la complexit? des institutions. C?est parce que leur bilan personnel des contraintes subies est compens? par celui des privil?ges exerc?s. Mais pour l?immense majorit? des citoyens, la libert? individuelle risque fort d??tre encore plus r?duite si les discours de la Droite actuelle se traduisent dans nos institutions.

Sans trahir ses objectifs politiques, le discours de la Gauche pourrait aussi invoquer la libert? r?elle, la cr?ation de richesse ??par exemple, la richesse collective des mines et de l??nergie, traduite aussi en richesse individuelle par la r?duction des imp?ts et l?acc?s ? de meilleurs services d??duction ou de sant?, ou la ??mise au pas?? de l??tat en termes de simplification, d?efficacit? ou d??limination des gaspillages. En plus de d?samorcer l??lan de la Droite et d?alimenter un v?ritable d?bat sur les enjeux qui nous concernent, ce discours pourrait susciter une essentielle prise de conscience, car c?est pr?cis?ment en mobilisant un sentiment inconscient d?ali?nation que le discours actuellement dominant r?ussit ? promouvoir son propre agenda.

Denis Blondin -? denisblondin.wordpress.com

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  1. avatar

    Très intéressant. Franchement.

    Ce texte de Trotsky, bien qu’il était de son temps et qu’il ne comportait pas les ajustements quant à notre consommation excessive des ressources, me semble bien indiqué pour détailler un monde comme vous le justifiez avec de bons arguments.

    «Le gouvernement soviétique américain prendra fermement possession des leviers de commande de votre système économique: les banques, les industries-clés et les moyens de transport et de communication. Il donnera alors aux agriculteurs, aux petits commerçants et négociants, un temps de réflexion suffisamment long pour que ceux-ci aient la possibilité de constater comme le secteur nationalisé de l’industrie fonctionne bien.»

    Il faut comprendre que le gouvernement soviétique est donc constitué de «soviets», et que les soviets sont des conseils populaires dont les élus se doivent d’être révocables en tout temps.

    C’est une véritable démocratie. Et franchement, j’aimerais vraiment ne pas attendre la fin du mandat de Jean Charest, ou du maire Vaillancourt avant de les mettre à la porte…

    À chacun ses principes! Mais les libertariens, eux, ne nous offrent que la dictature des bourgeois la plus totale, avec les pour les salariés, l’asservissement le plus total. Avant longtemps, avec le RLQ, l’esclavage va revenir à la mode.

    En Iran, à Téhéran, les gens qui n’ont pas les moyens vont vendre leurs reins. Les riches achètent à rabais. Ironiquement, les donneurs croyant s’en sortir de la sorte moisissent dans la pauvreté, avec un rein en moins.

    Les libertariens n’ont rien à offrir aux travailleurs salariés, parce que les intérêts qu’ils défendent sont ceux des employeurs.

    Pouvoir aux masses. Débarrassons-nous des parasites. Sans arme, nous n’avons qu’à voter pour les partis qui défendent nos intérêts de classe, rien d’autre.

    http://reactionismwatch.wordpress.com/2010/07/29/le-regime-communiste-aux-u-s-a-par-leon-trotsky/

    • avatar

      La liberté est un concept individuel que les collectivistes semblent incapables de comprendre.

      La liberté est la reconnaissance de certains droit fondamentaux, innés et inaliénables propres à chaque homme et femme.

      Un travailleur salarié a de la difficulté à comprendre le concept de liberté, car le statut de salarié implique un lien de subordination qui est une forme volontaire d’asservissement et qui limite donc la liberté de l’individu.

      Les libertariens ne défendent pas les intérêts des employeurs, contrairement aux prétentions du communiste de service de ce site.

      Les libertariens exigent plutôt qu’on leur foute la paix avec les concepts collectivistes et programmes étatiques, et que l’on reconnaisse leur droit inné de vivre libres de toute ingérence politique, sociale et autre.

      Les collectivistes ne comprennent pas ce concept, car ils croient que tout doit être réglé et règlementé par l’état, que celui-ci soit national, provincial, municipal ou de quartier.

      Les libertariens savent que c’est mal de tenter d’imposer sa volonté à son voisin. Les collectivistes croient que le bien commun justifient de priver les autres de leur liberté.

      Fondamentalement, les collectivistes n’ont aucun respect pour la liberté d’autrui, ni pour leur propre liberté, qu’ils ont depuis longtemps abandonné, préférant plutôt s’en remettre à d’autres pour leur dire quoi faire, quo penser et comment agir.