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? Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-m?mes et sur vos enfants ?

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(Luc 23, 28)

Cette phrase, prononc?e, il y a plus de 2000 ans, par un condamn? ? mort, alors qu?il portait la croix sur laquelle il allait ?tre ex?cut?, a de quoi interpeller croyants et non croyants.

C?est que cette condamnation r?pondait ? la volont? des pouvoirs religieux et politiques de se d?barrasser de ce personnage dont la solidarit? et les discours rejoignaient les humbles et les d?sh?rit?s de la terre. Qui plus est, il ne se g?nait pas pour d?masquer l?hypocrisie et la cupidit? de ceux qui vivaient de ces pouvoirs. Sa condamnation ? mort signifiait le refus de ces derniers de reconna?tre d?une part les crimes dont ils ?taient les auteurs et d?autre part les ambitions dont ils se gavaient secr?tement sous des dehors de fid?lit? ? la loi de Moise et ? celle de l?Empereur.

Ca?phe, le grand-pr?tre, H?rode, le roi des juifs, et Pilate, le gouverneur romain, sont ceux qui ont organis? et planifi? l?arrestation et la condamnation de ce personnage jug? trop d?rangeant et encombrant. Originaire de Nazareth, il avait parcouru la Jud?e et la Galil?e, se faisant proche des malades, des p?cheurs, des gens humbles, proclamant un message d?esp?rance sur l?av?nement d?un monde de justice, de solidarit?, de compassion, de v?rit?. Autant il mettait en ?vidence la sinc?rit? et l?honn?tet? qui habitaient le c?ur des gens humbles, autant il se faisait critique ? l?endroit de ceux qui se donnaient en mod?les tout en s?enveloppant d?un l?galisme sans vie, d?tach? du quotidien humain.

Il savait que Ca?phe et les Grands Pr?tres avaient mont? la t?te des gens pr?sents au proc?s pour qu?ils r?clament la lib?ration de Barabbas, un voleur de grand chemin, et exigent plut?t sa condamnation. L?usage de la manipulation et du chantage ?tait utilis? en ces temps l? comme il l?est encore de nos jours. Sur le chemin qui le conduisait au Golgotha, o? il devait ?tre crucifi?, il croisa des femmes qui pleuraient ? le voir porter si douloureusement sa croix. Il s?arr?ta et il leur dit ? Ne pleurez pas sur moi, mais sur vous-m?mes et sur vos enfants. ? Il savait que les v?ritables motifs pour lesquels il ?tait condamn? ? mort seraient utilis?s pendant des si?cles, pour arr?ter, torturer et condamner ? mort des millions de personnes.

S?il faut pleurer c?est plut?t sur cette cupidit? et hypocrisie, qui empoisonnent la conscience des personnes et des peuples et qui sont sources d?autant de souffrances et de malheurs. S?Il faut pleurer c?est tout autant sur ceux qui s?en font les auteurs que sur ceux qui, envout?s par la manipulation de ces derniers, en deviennent des promoteurs. Quant ? ceux et celles qui, comme lui, sacrifieront tout pour briser ce cercle infernal des injustices et des mensonges, il leur aura d?j? dit : ?Heureux les pers?cut?s pour la justice, le royaume des cieux est ? eux. ? Par ces paroles, ce condamn? ? mort, du nom de J?sus de Nazareth, nous renvoie ? nous-m?mes, ? ce que nous sommes et ? ce que nous faisons.

Rien ne sert de pleurer sur la mis?re et les souffrances des autres si par nos comportements et engagements nous en sommes responsables. Que faisons-nous de ces guerres qui tuent, torturent, emprisonnent par milliers hommes, femmes et enfants et que nos gouvernements alimentent en soldats, en armes et que vous, moi, finan?ons sans poser de questions ? Quels critiques avons-nous par rapport ? tout ce qui nous est dit et racont? dans nos parlements et m?dias? Combien de fois avons-nous r?alis? qu?on nous mentait carr?ment sur des motifs de guerre sans que nous y r?agissions vraiment? Les guerres en Irak, en Afghanistan et maintenant au Moyen Orient et en Afrique du Nord, sont justifi?es par des tissus de mensonges, de demi-v?rit?s qui cachent mal les ambitions de conqu?te et de domination des grandes puissances auxquelles nous appartenons.

Ces questions ne font gu?re l?enjeu des ?lections qui amusent le bon peuple avec des promesses d?un peu de sel, de poivre et de sucre dans l?assiette de chacun et chacune. Que font les ?glises qui se r?clament de ce J?sus? L? encore, il y a de quoi pleurer sur nous-m?mes. On ne peut s?emp?cher de faire un parall?le entre les synagogues et les grands pr?tres du temps de ce J?sus et les ?glises et les hi?rarchies eccl?siales d?aujourd?hui. En d?pit du fait que la foi de ces derni?res porte sur ce J?sus de Nazareth, qu?elles connaissent son message de justice, de v?rit? et de service aupr?s de gens humbles et de bonne volont?, elles n?en continuent pas moins ? se faire tout autant solidaires des puissances oligarchiques que discr?tes sur les questions pouvant en ternir l?action.

L??glise hi?rarchique de l?Am?rique latine, entre autres, en est l?illustration par excellence. Comment y reconna?tre ce J?sus en la regardant dans ses institutions et ses personnages? Il y a ?videmment des exceptions qui nous rappellent les v?ritables appartenances de l??glise. Mgr Oscar Romero, Don Elder Camara et certains autres de la hi?rarchie eccl?siale ont t?moign? de leur vie ce t?moignage ?vang?lique. L?authenticit? et la radicalit? du message ?vang?lique commandent la transformation des attitudes et comportements de toute personne de bonne volont? dans le sens d?une justice ?tendue ? tous les humains de la terre, d?une transparence de vie qui rend hommage ? la v?rit?, d?une solidarit? faite de compassion, de bont?, de mis?ricorde. Rien ? voir avec la haine aliment?e par tous les ?? ismes ? y inclut le catholicisme, l?islamisme, le protestantisme, l?ath?isme, le capitalisme, le communisme, le sionisme etc.

Pour les chr?tiens du monde, la semaine que nous vivons est c?l?br?e comme la semaine sainte. Elle fait revivre les principaux moments de l?arrestation, du jugement et de la mise ? mort de ce J?sus de Nazareth qui, selon le t?moignage de ses disciples, est ressuscit? le dimanche de P?que aux petites heures du matin. Une occasion pour les croyants d?aller ? l?essentiel de ce message et d?entendre de nouveau ces paroles du condamn? ? mort, portant sa croix, leur dire : ? NE PLEUREZ PAS SUR MOI, MAIS SUR VOUS-M?MES ET SUR VOS ENFANTS. ? C?est le temps d?un examen de conscience en profondeur sur les v?ritables enjeux du monde dans lequel nous vivons et sur nos engagements, autant comme croyants que non croyants, pour lui donner un visage d?humanit?, respirant la justice, la v?rit? et la vie.

Oscar Fortin

(Reprise de l?article publi? ? Qu?bec, le 19 avril 2011)

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