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? La crise actuelle profite aux plus ais?s ?

Paul Jorion, anthropologue, sociologue, sp?cialiste d’?conomie et professeur ? l’universit? VUB de Bruxelles, commente pour?Le JDD?l’affaire Cahuzac et ses cons?quences. Interview par Laurent Valdigui?

Que vous inspirent les r?actions ? l’affaire Cahuzac??

Il y a un certain nombre de choses que l’on savait d?j? dans la fa?on dont le politique fonctionne. Dans ses grandes lignes, l’affaire Cahuzac ne nous apprend rien. Mais comme on est dans une p?riode de crise, que l’on demande aux citoyens ordinaires de plus en plus d’efforts, le niveau de tol?rance a baiss?. Pour moi, le tournant, c’est Chypre. La tro?ka qui nous gouverne, la Banque centrale, le FMI et la Commission europ?enne, a pr?par? un plan dans lequel il est pr?vu d’aller chercher de l’argent l? o? il en reste, c’est-?-dire sur les comptes bancaires des simples citoyens?! Aujourd’hui, l’affaire Cahuzac ne peut pas passer. Cette situation me fait penser aux ann?es trente en France.

C’est-?-dire??

C’est le m?me genre de p?riode de crise, o? l’on demande davantage de contributions aux gens et o? on d?couvre que ceux qui pourraient contribuer le plus ? l’effort collectif non seulement ne le font pas, mais parviennent ? y ?chapper. En 1934, il y a eu l’affaire Stavisky, un scandale qui a montr? les collusions entre les milieux financiers peu recommandables et les milieux politiques. Cahuzac, c’est la m?me chose… la collusion des milieux financiers offshore, de leurs montages dans des paradis fiscaux, avec le super-gendarme du fisc charg? de les contr?ler.

La r?ponse de Fran?ois Hollande est celle de la transparence. La trouvez-vous adapt?e??

La transparence est une notion tout droit venue de la th?orie ?conomique. En ?conomie, on est persuad? que si les acteurs sont transparents, la fixation des prix sur les march?s sera optimale. La transparence, c’est le vocabulaire de l’?conomie adapt? ? la politique. En politique, je ne suis pas s?r que le concept soit adapt?. On n’a pas besoin de transparence, mais tout simplement d’honn?tet?. Ce n’est pas davantage de transparence que r?clament les gens. D’ailleurs personne n’aimerait vivre dans une maison de verre, tout le monde aspire ? avoir une vie priv?e ? l’abri des regards, et on ne demande pas cela aux politiques. On leur demande tout simplement de faire primer l’int?r?t g?n?ral sur les int?r?ts particuliers. Comme on a l’impression que ce n’est pas le cas, le divorce est profond. Il ne se voit pas seulement dans les courbes des sondages de popularit?, mais surtout dans les taux d’abstention aux ?lections.

Quelle devrait ?tre la r?ponse??

Il y aurait des mesures lourdes, de grandes r?formes institutionnelles, ? prendre simultan?ment. De fa?on g?n?rale, il faut pouvoir r?injecter dans l’?conomie r?elle non seulement l’argent qui ?chappe ? l’imp?t via la fraude fiscale, mais aussi les 80 % de l’activit? financi?re consacr?s ? la pure sp?culation. Ce sont ces ?normes masses de capitaux flottants, qui bougent d’un pays ? un autre, simplement dans le but de sp?culer sur les prix, qui d?r?glent les ?conomies. Simplement en France, seulement 25 ? 30% des cr?dits bancaires sont tourn?s vers l’?conomie r?elle, et le reste ce sont des cr?dits sp?culatifs… Cela fait des masses gigantesques d’argent qui ?chappent au monde r?el.

Quelles sont les diff?rences avec la crise de 1929??

Il y a de nombreuses similitudes entre la situation actuelle et celle de 1929, mais il y a surtout une diff?rence ?norme. En 1929, les riches ont perdu beaucoup d’argent. Mais pas cette fois-ci. Lors de la crise de 2007, les syst?mes financiers ont r?ussi ? s’immuniser contre leurs propres pertes. De 2007 ? 2011, les ?tats sont intervenus pour r?gler les pertes de leurs banques?! En acceptant de payer ces pertes, les ?tats ont pris ? leur charge 80% de dettes qui ?taient en fait les paris perdus des financiers entre eux. Les contribuables ont donc support? non seulement les pertes de l’?conomie, 20 % des dettes seulement, mais aussi les paris perdus des financiers. En r?sum?, les riches n’ont rien perdu, contrairement ? 1929. On sait m?me gr?ce ? une ?tude de l’Insee que la concentration de richesses en France, depuis 2007, non seulement ne s’est pas ralentie mais s’est acc?l?r?e. Et c’est vrai pour tout l’Occident. En 2000, les 1 % d’Am?ricains les plus riches d?tenaient 32,8 % de la ?richesse nationale. En 2010, cela monte ? 40 %?! C’est cela la grande sp?cificit? de la crise actuelle. Non seulement elle ne touche pas les riches, mais elle leur profite…

Mais les r?gimes d’aust?rit? frappent tout le monde…

Ces politiques aggravent encore plus le probl?me. Elles font baisser le pouvoir d’achat des moins nantis, en augmentant leurs imp?ts et, au nom de la comp?titivit?, en baissant leurs salaires?! C’est absurde. Le pire, dans la situation actuelle, c’est le d?sarroi des dirigeants, que je per?ois en discutant avec certains d’entre eux. Ils ont un discours sur « le cap ? prendre« , « la rigueur« , mais ils n’y croient pas eux-m?mes. Ils ne savent plus ce qu’ils doivent faire… Ils semblent m?me avoir le sentiment d?routant qu’il n’y aurait plus de solutions.

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